Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Des résidents de la rue Guigues à Ottawa, dont la mère de Diane De Grandmont, ont été incommodés par un « mégaparty » qui se déroulait devant les maisons au beau milieu de la nuit.
Des résidents de la rue Guigues à Ottawa, dont la mère de Diane De Grandmont, ont été incommodés par un « mégaparty » qui se déroulait devant les maisons au beau milieu de la nuit.

Nuit d’enfer sur la rue Guigues

CHRONIQUE / Diane De Grandmont n’en croyait pas ses yeux.

En visite chez sa mère de 86 ans à Ottawa, le week-end dernier, elle a été réveillée au beau milieu de la nuit par des éclats de voix à l’extérieur.

Elle a jeté un regard par la fenêtre. Dehors, elle a compté au moins 65 jeunes qui jasaient, criaient, buvaient dans la rue et devant les maisons.

Éberluée, Diane a découvert qu’un mégaparty se déroulait au beau milieu de la rue Guigues, une rue résidentielle de la Basse-Ville d’Ottawa. Sa famille y habite de génération en génération depuis 1860…

Tout de suite, Diane a pensé au voisin d’à côté. Un homme qui, depuis trois ans, loue sa maison via des plates-formes comme Airbnb. Au plus grand désespoir du voisinage qui tente sans succès de faire fermer la place.

Malgré leurs plaintes répétées à la police et à la Ville, ils constatent que des « activités douteuses » s’y poursuivent. « Des hommes arrivent vers 22 h, suivis par des dames un peu plus tard, raconte Diane. Elles repartent juste avant l’aube… Il y a souvent des livraisons tôt le matin. Et des “activités” dans les autos stationnées dans la cour arrière ».

Mais jamais rien d’aussi grave que le party du week-end dernier.

Il était une heure du matin quand Diane a téléphoné à la police. À l’autre bout du fil, la préposée du 911 s’est informée : «est-ce que la vie de quelqu’un est en danger, madame ? Non, mais j’en vois un qui urine dans le jardin de ma mère», a rétorqué Diane.

Par la fenêtre, elle voyait d’autres jeunes arriver par taxi. Une femme se déhanchait joyeusement, perchée sur une voiture… D’autres fêtards s’étaient installés sans gêne sur les chaises de parterre du voisin d’en face. Tout cela au mépris des règles de distanciation sociale…

Diane s’est impatientée. « Pouvez-vous envoyer des policiers ? », a-t-elle craché dans le combiné. La dame du 911 lui a répondu que puisque la vie de personne n’était en danger, il lui fallait plutôt composer le 311 — le centre d’appels non urgents de la Ville d’Ottawa.

Diane a soupiré. Des dizaines de jeunes fêtards envahissent sa rue, en se foutant des règles sanitaires et du respect de la propriété privée. Et on lui dit d’appeler le 311 ? Comme si elle dérangeait la police pour une bagatelle !

Tout ça pour dire que trois autres plaintes et une heure plus tard, la police a fini par arriver, en soutien aux agents de règlements municipaux.


« Ma mère de 86 ans, qui habite la maison depuis 62 ans, songe à déménager. Quelle injustice ! »
Diane De Grandmont

Bilan de l’opération : une amende de 490 $ pour bruit excessif et un avertissement verbal pour refus de présenter des pièces d’identité. Une enquête est en cours pour déterminer si la propriété voisine de celle des De Grandmont est utilisée comme une location à court terme par son propriétaire — en violation du règlement de zonage.

Le reste de la nuit s’est passé dans le calme. « Le lendemain matin, la rue était remplie de cochonneries, de bouteilles, de verres vides… On a même trouvé un soutien-gorge accroché à notre clôture ! », raconte Diane.

Le plus triste ?

« Ma mère de 86 ans, qui habite la maison depuis 62 ans, songe à déménager, poursuit Diane. Quelle injustice ! » À ses côtés, l’octogénaire acquiesce : « Mon mari est né dans cette maison. Son père est né dans cette maison. Et jamais on n’a eu de problème avec les voisins », regrette-t-elle.

Le conseiller du quartier, Mathieu Fleury, dit être intervenu auprès d’Airbnb afin de faire retirer l’inscription problématique.

Mais il faudra sans doute attendre l’entrée en vigueur du nouveau règlement renforcé de la Ville d’Ottawa sur les locations à court terme, prévu l’automne prochain, avant de voir le problème se régler pour de bon. La future réglementation forcera notamment les gens à habiter la résidence qu’ils souhaitent louer, en plus de s’inscrire à un registre.

En attendant de retrouver la quiétude, le voisinage ronge son frein. « L’incident du week-end, c’est la goutte qui fait déborder le vase, s’insurge une autre voisine, Monique Martin. Voilà déjà trois ans qu’on se plaint. Avec le sentiment très net que la police et les agents de réglementation n’agissent pas avec la célérité nécessaire. Nous souhaitons simplement retrouver notre tranquillité et notre sécurité… »