Sir John Carling.

Sir John Carling, brasseur et politicien

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : l’artisan de la Ferme expérimentale, Sir John Carling.

Bien qu’il ne soit pas reconnu comme un grand personnage de l’histoire du Canada, Sir John Carling, a joué un rôle important comme brasseur, mais aussi comme parlementaire en étant reconnu comme le trait d’union entre les élites politiques et économiques du pays.

À Ottawa, il s’est faire remarquer à titre de maître de postes (1882 à 1885) puis comme ministre fédéral de l’Agriculture (1885 à 1892) dans le gouvernement de John A. Macdonald. 

C’est à M. Carling que l’on doit l’idée d’établir la Ferme expérimentale dans la Capitale fédérale.

La ville d’Ottawa lui a d’ailleurs consacré une place de choix puisqu’une de ses artères principales, la rue Carling, qui s’étend d’est en ouest, porte son nom. 

Il y a également eu l’édifice Sir-John-Carling, situé à proximité de la Ferme expérimentale, qui logeait les bureaux du ministère fédéral de l’Agriculture. 

Il a été détruit en 2014.

Né le 23 janvier 1828 dans le canton de London, dans le Haut-Canada, John est le dernier fils de Thomas Carling et de Margaret Routledge. Il a épousé Hannah Dalton le 4 septembre 1849 à London. 

Ensemble, ils ont eu huit enfants, quatre filles et quatre garçons. Sir John Carling est décédé à London le 6 novembre 1911.

La ferme de son père est florissante et John apprend à aimer la vie de cultivateur. Ses parents espéraient qu’il devienne un avocat, mais John n’était pas intéressé les livres. Il admettra plus tard qu’il en avait lu un seul au complet. 

La fille de John Carling, Louisa Maria, décrit son père comme « un entrepreneur né, à l’aise dans les grands projets et les grandes entreprises », relate Peter E. Paul Dembski dans le Dictionnaire biographique du Canada

M. Carling commence sa carrière dans le monde des affaires à London à la Hyman and Leonard Tannery. 

Puis, il lance sa propre tannerie avec un de ses frères non loin de London. En 1843, son père Thomas ouvre une brasserie où il fabrique de la bière à partir d’une recette qu’il a eue de son Yorkshire natal. 

La brasserie prospère rapidement et en 1849, elle est transférée à ses fils William et John. 

La W. and J. Carling Company est la première grosse entreprise de John Carling et la base de sa réussite financière et politique.

John Carling achète ensuite plusieurs terrains dans la région de London qu’il revend avec d’importants profits. 

« La vie, c’est comme un jeu d’échecs. Chacun essaie de gagner et chacun essaie de mettre l’autre échec et mat », disait John Carling, un homme affable qui employait ses qualités aux relations publiques de la brasserie. 

Après un incendie important des installations, John reconstruit et redémarre rapidement la production de bière et en 1882, l’entreprise devient une société à actions. M. Carling ne buvait jamais de bière, il disait que son système ne pouvait la tolérer.

Pour mousser les affaires, M. Carling intervient dans la construction de chemins de fer, utilisant son pouvoir considérable auprès du gouvernement fédéral et auprès des compagnies de chemins de fer. 

C’est John Alexander Macdonald, futur premier ministre du pays, qui le convainc d’être candidat de sa formation dans London. 

Soudoyer les électeurs ou leur payer un coup était courant à l’époque. 

On raconte que John Carling avait donc un avantage indéniable de posséder une brasserie en campagne électorale. 

Les journaux de l’époque rapportaient que des agents tories conduisant les partisans éventuels à la brasserie Carling juste avant le scrutin.

Comme ministre de l’Agriculture, il présente des produits canadiens à des rencontres internationales, et instaure le premier système efficace de quarantaine pour empêcher l’entrée d’animaux malades au pays. 

Il a aussi eu recours à diverses méthodes pour attirer les immigrants afin de favoriser le peuplement de vastes superficies des Territoires du Nord-Ouest. 

À la fin des années 1890, le gouvernement libéral de Wilfrid Laurier utilisera les moyens mis en place par Carling pour peupler les Prairies.

M. Carling a aussi eu beaucoup de succès comme ministre de l’Agriculture avec son réseau national de fermes expérimentales, ce qui allait devenir sa plus grande œuvre. 

« Nous avons l’intention de fonder une ferme ou une station expérimentale dans le voisinage de la capitale. On y procédera à des tests sur toutes les sortes de semence, des expériences sur l’élevage du bétail, la plantation des arbres et la culture fruitière, et l’on y analysera différents types d’engrais artificiels. » 

Plus tard, les députés du comité de l’agriculture et de la colonisation ont oublié leurs désaccords et lui ont rendu hommage avec une résolution de remerciements pour services rendus en milieu agricole.

Après avoir servi fidèlement son parti pendant 35 ans, et un passage au Sénat, M. Carling se retire de la politique et reprend la direction de la brasserie. Il a ensuite occupé plusieurs fonctions honorifiques. 

Il meurt d’une pneumonie à son domaine de London, appelé Cedar Grove, le 6 novembre 1911.