Charles Theophilus Metcalfe, peint par l’artiste George Chinnery.

Metcalfe, gouverneur de la province du Canada

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Charles Theophilus Metcalfe.

La rue Metcalfe, située au cœur de la capitale fédérale, à un jet de pierre de la colline parlementaire, tire son nom du baron Charles Theophilus Metcalfe, qui s’est inscrit dans l’histoire comme gouverneur de la province du Canada, dès 1843, à un moment où la colonie était en pleine période de crise.

Né à Calcutta en Inde, en 1785, Charles Theophilus Metcalfe est le deuxième fils du major Thomas Theophilus Metcalfe et de Suzanna Selina Débonnaire.

Selon le Dictionnaire biographique du Canada, le père de Metcalfe avait amassé une grosse fortune à Calcutta comme responsable des approvisionnements militaires de l’East India Company. À son retour en Angleterre avec sa famille, le paternel a été élu au conseil d’administration de l’entreprise, avant d’être élu au Parlement et fait baronnet en 1802.

Après avoir eu l’ambition de poursuivre ses études à Oxford et Cambridge, Charles Theophilus Metcalfe quitte avec regret, en mars 1800, pour un poste de commis aux écritures que son père avait décroché pour lui au Bengale dans l’East India Compagny. Il gravit les échelons pour être nommé au Conseil suprême de l’Inde, devenant gouverneur général par intérim, puis gouvernement général provisoire jusqu’en 1838.

De retour en Angleterre après 37 ans d’absence, avec une solide réputation, une fortune personnelle et un titre de baronnet, il accepte le poste de gouverneur de la Jamaïque, avant d’être nommé gouverneur en chef de la province du Canada par lord Stanley, qui occupait le poste de secrétaire d’État aux Colonies dans le gouvernement conservateur de sir Robert Peel.

À l’époque, on estimait que le Canada était une colonie en crise comme la Jamaïque. Deux aspects de la politique impériale avaient été compromis par son prédécesseur sir Charles Bagot, soit l’anglicisation des Canadiens et le maintien d’un gouvernement dirigé par un gouverneur avec l’appui d’un exécutif ne se réclamant pas d’un parti politique. Les autorités britanniques choisirent donc Metcalfe dans l’espoir qu’il puisse restaurer les assises de la politique britannique dans la colonie.

La politique d’anglicisation

Dans sa première évaluation de la situation coloniale, Metcalfe surprend tout le monde en indiquant que les Canadiens ont protesté « à bon droit » contre leur exclusion du gouvernement et que le remède prescrit par son prédécesseur Bagot était un résultat très heureux de son mandat.

Au sujet de la politique d’anglicisation, l’historien Donald Robert Beer rappelle que les arguments de Metcalfe révélaient un rejet de la politique d’anglicisation forcée. « Ainsi, il déclara : “Pour en arriver à gouverner les Canadiens français à leur satisfaction – et comment désirer les gouverner autrement ? – toute tentative pour les métamorphoser systématiquement en Anglais doit être abandonnée.” »

Metcalfe insistait aussi pour qu’on modifie l’Acte d’Union de telle sorte que le français et l’anglais aient une place égale en Chambre.

Si son opposition à l’anglicisation accrut sa popularité auprès du bloc francophone de l’Assemblée, elle reflétait également de fortes convictions qui provenaient de sa première éducation et s’étaient manifestées dans sa politique en Inde, explique Beer.

Avant la fin de son mandat, le gouvernement britannique capitula sur les enjeux qui étaient chers à Metcalfe, notamment la question linguistique. « Dans ce dernier cas, il s’agissait d’une question particulièrement importante – ni plus ni moins que la renonciation à l’anglicisation comme l’un des éléments de la politique impériale. »