Louis St-Laurent, premier ministre du Canada de 1948 à 1957.

Louis St-Laurent, premier ministre malgré lui

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Louis St-Laurent, un premier ministre calme et rationnel.

Premier ministre du Canada de 1948 à 1957, Louis St-Laurent a laissé sa marque à Gatineau en donnant son nom à un édifice accueillant le ministère de la Défense nationale, sur le boulevard de la Carrière (secteur Hull), de même qu’à une rue située dans le secteur Aylmer.

Né le 1er février 1882 à Compton dans les Cantons-de-l’Est au Québec, il était le fils d’un commerçant québécois et d’une mère irlandaise. Il s’adressait à son père en français et à sa mère en anglais.

Son bilinguisme lui a servi comme un atout important tout au long de sa carrière d’avocat puis comme chef d’État, révèlent les archives consultées à Bibliothèque et Archives Canada.

Après ses études en droit à l’université Laval, il se joint à un cabinet de Québec. Sa carrière d’avocat s’échelonnera sur plus de 25 ans. Bilingue, il peut ainsi représenter des clients de Québec à Ottawa, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il excelle dans le droit des sociétés et le droit constitutionnel.

Depuis son enfance, Louis St-Laurent est en relation avec le Parti libéral. Grâce à son père, un ancien candidat libéral lors d’élections provinciales, il rencontre même Wilfrid Laurier en 1896.

Malgré son appui au Parti libéral et le fait que plusieurs de ses amis sont candidats aux élections, il n’est pas attiré par une carrière politique.

Une offre impossible à refuser

Mais la situation change en 1941. Âgé de 59 ans, St-Laurent, qui connaît déjà le succès professionnel et financier, reçoit une offre qu’il ne peut refuser.

Ernest Lapointe, ministre de la Justice et lieutenant québécois du premier ministre Mackenzie King, vient de mourir. Plusieurs conseillers et membres du caucus recommandent au premier ministre King le nom de St-Laurent pour succéder à Lapointe. Pour des motifs patriotiques, et en stipulant qu’il prendra sa retraite dès la fin de la guerre, St-Laurent accepte l’offre. Il remporte l’élection partielle de 1942 dans Québec-Est, puis devient membre du cabinet.

Dès son arrivée dans l’arène politique, il se démarque par son attitude calme, sa logique rationnelle, sa connaissance du droit et son dégoût des ruses politiques. Il gagne ainsi le respect du premier ministre King, de ses collègues du cabinet et même de l’opposition.

En 1944, lors de la querelle de la conscription, sa loyauté sauve le gouvernement et l’effort de guerre de l’effondrement. Tout de suite après la victoire, il prend part à la création des Nations unies. Il croit que le Canada doit jouer un rôle actif d’intermédiaire dans les affaires internationales.

L’après-guerre

En 1948, St-Laurent pense à la retraite. Mais Mackenzie King et le Parti libéral veulent qu’il se présente à la direction du parti. Devant les pressions, il accepte, et remporte la victoire lors du congrès d’août 48.

L’année suivante, il est témoin de l’intégration de Terre-Neuve dans la Confédération comme dixième province du Canada. Puis, il instaure les paiements de péréquation aux provinces et améliore les pensions et l’assurance-maladie.

Pendant son règne, le Canada joue un rôle important dans la résolution de la crise de Suez en 1956, et apporte sa contribution aux forces des Nations unies pendant la Guerre de Corée. Le Canada envoie près de 30 000 soldats en Corée. Plus de 500 Canadiens y sont tués et près de 1200 autres blessés.

L’adoption d’une loi visant la construction d’un pipeline allant de l’Alberta jusqu’au Canada central mène à un affrontement à la Chambre des communes. L’adoption de la loi par la force de la clôture discrédite les libéraux aux yeux du public, menant à leur défaite aux élections de 1957.

Après avoir démissionné de son poste en 1958, Louis St-Laurent profitera d’une retraite paisible, avec sa famille, jusqu’à son décès à Québec le 25 juillet 1973, à l’âge de 91 ans.

Il a été marié à Jeanne Renault (1886-1966), et a eu trois filles et deux fils.