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Louis-Adolphe Olivier, premier juge francophone à la Cour de L’Orignal
Louis-Adolphe Olivier, premier juge francophone à la Cour de L’Orignal

Louis-Adolphe Olivier, premier juge francophone à la Cour de L’Orignal

Michel Prévost
Michel Prévost
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Une grande fête se déroule à l’Université d’Ottawa, le soir du 10 octobre 1889, pour souligner l’obtention d’une charte catholique décernée par le pape Léon XIII. Le rêve de Monseigneur Joseph-Thomas Duhamel, premier archevêque catholique d’Ottawa, devient enfin réalité. Pour les Oblats de Marie-Immaculée, qui dirigent l’Université d’Ottawa depuis sa création en 1848 sous le nom de Collège de Bytown, l’obtention de cette charte s’avère une reconnaissance exceptionnelle qu’il faut célébrer en grand.

Pour l’occasion, le président de l’Association des anciens élèves du Collège d’Ottawa, l’honorable juge Louis-Adolphe Olivier, prononce un discours enflammé qui retient l’attention de tous. Puis soudain, le magistrat s’effondre et meurt peu après dans une salle attenante au banquet. C’est la consternation, puisque le juge n’a que 38 ans et laisse une épouse ainsi que plusieurs jeunes enfants.

L’Ontario français vient alors de perdre l’un de ses principaux porte-parole. Il faut dire que le juge Olivier a marqué la justice franco-ontarienne en devenant, l’année précédente, le premier francophone nommé juge à la Cour de L’Orignal.

Louis-Adolphe Olivier naît le 10 mars 1850, à Saint-Joseph, au Canada-Est (Québec). Il fait son cours classique au Collège d’Ottawa et ses études en droit à Osgoode Hall, à Toronto. Après avoir fait son apprentissage dans des bureaux d’avocats de la capitale fédérale et de Toronto, il est admis au barreau de l’Ontario en 1879 et ouvre son bureau d’avocat à Ottawa.

Le 23 janvier 1883, il épouse Marie-Sarah-Edouardina Rivard (v.1865-1940), de Joliette, au Québec, avec qui il aura cinq enfants.

Palais de justice de L’Orignal 
Bien que les Comtés unis de Prescott et Russell, dans l’Est ontarien, soient devenus majoritairement francophones à la fin du XIXe siècle, le français est bien peu présent au palais de justice de L’Orignal. D’ailleurs, l’élite franco-ontarienne dénonce vivement la situation. Par exemple, Alfred Évanturel, qui deviendra le seul francophone à occuper le poste de président de l’Assemblée législative de l’Ontario de 1897 à 1902, dirige à cette époque, à Alfred, un hebdomadaire qui porte le nom de L’Interprète afin d’exiger les services d’interprètes francophones à la Cour de L’Orignal.

En fait, comme l’indique l’expert-conseil en ressources historiques, Jean Yves Pelletier, dans son ouvrage Nos magistrats : « Les Franco-Ontariens n’auront jamais leur juste part si l’on compare les nominations faites dans certains districts judiciaires où la minorité francophone forme plus des deux tiers de la population. Toute proportion gardée, les magistrats et juges provenant de la couche franco-catholique sont infiniment moins nombreux que leurs confrères irlando-catholiques. Même dans les districts judiciaires de Nipissing et de Prescott-Russell, les juges sont d’origine britannique ou écossaise, donc de langue anglaise. »

Premier juge francophone 
Les autorités judiciaires répondent enfin favorablement aux demandes des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes en nommant, le 4 avril 1888, Louis-Adolphe Olivier comme premier juge de langue française au palais de justice de L’Orignal. Hélas, le mandat du nouveau juge sera de bien courte durée, puisqu’il meurt subitement, l’année suivante, sur les lieux mêmes de son alma mater. Il est enterré au cimetière Notre-Dame d’Ottawa.

Premier doctorat honorifique 
L’Université d’Ottawa avait d’ailleurs reconnu le premier juge francophone dans les Comtés unis de Prescott et Russell en lui décernant en 1888 son premier doctorat honorifique. L’établissement voulait alors rendre hommage à son ancien élève devenu un magistrat reconnu en Ontario français.

L’honorable juge Louis-Adolphe Olivier a marqué non seulement l’histoire de la justice en français dans l’Est ontarien, mais aussi celle de l’Université d’Ottawa, la plus ancienne et importante université bilingue en Amérique du Nord.