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Ferdinand Larose devient en 1919 le premier agronome franco-ontarien embauché par le Département d’agriculture de l’Ontario.
Ferdinand Larose devient en 1919 le premier agronome franco-ontarien embauché par le Département d’agriculture de l’Ontario.

L’homme qui plantait des arbres

Michel Prévost
Michel Prévost
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Ferdinand Larose devient en 1919 le premier agronome franco-ontarien embauché par le Département d’agriculture de l’Ontario, afin de conseiller les agriculteurs des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR). Cet agronome est surtout connu comme le père de la forêt Larose, la plus grande forêt plantée à main d’hommes en Amérique du Nord. On connaît cependant moins sa contribution remarquable à la formation, à la valorisation et au développement de l’agriculture en Ontario français, particulièrement dans l’Est ontarien.

Ferdinand Larose est né à Sarsfield, non loin d’Ottawa, le 1er avril 1888. Il étudie d’abord en arts et en philosophie à l’Université d’Ottawa, puis obtient en 1918, un baccalauréat de l’Institut agricole d’Oka, au Québec. Cet établissement, dirigé par les pères Trappistes et affilié à la Faculté d’agriculture de l’Université Laval à Montréal, jouit d’une excellente réputation.

Le ministère de l’Agriculture de l’Ontario embauche tout de suite le jeune diplômé comme conseiller agricole pour les CUPR. Le ministère ouvre un bureau à Plantagenet. L’agronome commence par offrir aux agriculteurs franco-ontariens une assistance technique.

Un agronome dynamique

Larose ne se contente toutefois pas de conseiller les fermiers afin d’améliorer leurs productions laitières et agricoles. Bien au contraire, il sera sur tous les fronts pour la communauté agricole franco-ontarienne. Ainsi, pendant les années 1920 et 1930, il fonde des clubs agricoles destinés aux garçons et aux filles intéressés à l’agriculture. Les élèves sont sensibilisés à l’importance de l’utilisation des nouvelles semences, à la qualité des produits et surtout à l’amélioration des rendements qui ne sont pas toujours au rendez-vous. Pour lui, il s’avère essentiel de transmettre de bonnes connaissances aux agriculteurs et agricultrices de demain.

Le monde agricole est particulièrement frappé par la Grande Dépression des années trente. Afin d’aider les fermiers à passer à travers la crise, Larose encourage de nouvelles cultures dans les Comtés unis, notamment le houblon, le lin et le trèfle rouge.

Par ailleurs, Larose œuvre à développer une industrie laitière plus productive en militant pour le remplacement des troupeaux laitiers par des animaux pur-sang de vaches Holstein, Ayrshire et Jersey.

À la même période, l’infatigable agronome contribue à créer l’Association des producteurs de semences de la Vallée de l’Outaouais, l’Association des producteurs de semences des CUPR et l’Association des laboureurs de l’est de l’Ontario.

En 1934, Larose développe des cours d’agriculture en français dans les comtés de Kent et d’Essex, dans le sud-ouest de l’Ontario, où les agriculteurs franco-ontariens sont bien présents. L’année suivante, il inaugure des cours en français d’agriculture, de cuisine et de couture pour les fermières de Prescott et Russell.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les fermiers se tournent vers l’agronome le plus connu de l’Ontario français afin que leurs fils soient reconnus comme main-d’œuvre agricole indispensable sur les fermes familiales. Grâce aux interventions de Larose, de jeunes hommes sont exemptés du service militaire et continuent à travailler dans leur domaine pendant la guerre.

De toutes les contributions de Ferdinand Larose, retenons la création de la forêt qui porte son nom. Dès son arrivée en poste, l’agronome fait l’inventaire des terres des Comtés unis de Prescott et Russell. Il constate que l’érosion des sols, qui s’explique par l’exploitation forestière intensive et les feux de forêt, ont créé de grands espaces infertiles de sable surnommé « le désert de Bourget ».

La forêt Larose est l’une des plus grandes forêts plantées par l’homme au monde.

Afin de remédier à ce triste constat, Larose propose de reboiser la forêt dans les secteurs de Bourget, Casselman et Limoges. L’ambitieux projet de l’agronome visionnaire débute en 1928 avec la plantation de quelque 6 000 pins rouges et blancs. Aujourd’hui, cette plantation de plus de 18 millions d’arbres s’avère l’une des plus grandes forêts plantées par l’homme au monde.

La retraite

Après plus de 30 ans de loyaux services auprès des cultivateurs franco-ontariens de l’Est ontarien, l’agronome part à la retraite en 1950. Il meurt à Montréal le 29 janvier 1955, à l’âge de 66 ans. L’ancien agronome André Pommainville résume bien, dans le journal Agricom, la carrière de Larose : « Il devient un catalyseur et un promoteur d’idées afin d’améliorer la gestion des pratiques agricoles du temps. »

En 1988, l’Union des cultivateurs franco-ontariens décerne à Ferdinand Larose, à titre posthume, le prix du Mérite agricole franco-ontarien. De plus, en 2007, l’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott et Russell crée le Prix Ferdinand-Larose décerné à des personnes ou des entreprises ayant contribué à l’avancement du domaine agricole des Comtés unis.

Ferdinand Larose demeure toutefois surtout bien vivant dans nos mémoires grâce à la grande forêt qu’il a créée, au début du XXe siècle, et qui porte aujourd’hui fièrement son nom.