Une série de casernes fabriquées en bois et papier goudronné au coin de la rue Somerset Est et de l’avenue King Edward, libérées par le Service féminin de l’Armée canadienne, ont été transformées en laboratoires et en amphithéâtres, où la première promotion de 56 étudiants en médecine (52 hommes et 4 femmes) s’est réunie pour apprendre leur profession.

Le succès improbable d’une faculté de médecine

Chaque semaine, Le Droit vous replonge dans le passé pour vous faire découvrir, une page à la fois, l’histoire de la région. Aujourd’hui : la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et ses héros méconnus.

Malgré des débuts en apparence assez bancals, la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa a réussi à faire sa place et célèbre son 75e anniversaire en 2020 en occupant une place de choix à l’international.

Selon Dre Susan Lamb, titulaire de la chaire Jason A. Hannah de l’histoire de la médecine à l’Université d’Ottawa, l’idée même d’établir une nouvelle faculté de médecine au milieu du 20e siècle alors que la pratique de la médecine se complexifiait était perçue comme étant irréaliste.

Les Oblats ont toutefois confié la mission de fonder cette faculté à un homme créatif et déterminé : le père Lorenzo Danis.

Le Dr. Joseph Auer prononce un discours en anatomie en 1948.

Il choisit d’ex-casernes militaires comme bâtiments pour offrir ses cours et y installer ses laboratoires pour la recherche, un choix judicieux selon Mme Lamb puisqu’il s’agit de structures durables, fiables et qui peuvent facilement être adaptées en fonction des besoins.

Malgré ses contacts limités dans le milieu de la médecine, il réussit à mettre sur pied une équipe de qualité en se tournant vers l’Europe décimée par la Deuxième Guerre mondiale. Il attire des scientifiques renommés notamment en leur promettant de leur offrir les ressources nécessaires afin de poursuivre leurs recherches.

Le biochimiste français Jean Ettori fait partie de ceux qui traversent l’Atlantique pour joindre l’Université d’Ottawa. Un ancien de la Faculté a raconté que Dr Ettori s’est senti investi d’une mission dès qu’il a vu les casernes dans lesquelles cette faculté de médecine allait lancer ces activités.

« Je pourrais répéter cette histoire à six ou sept reprises », souligne Dre Susan Lamb.

Le Dr Desmond Magner a été le premier chef du département de pathologie. Il était un cancérologue d’origine irlandaise diplômé de médecine à l’Université de Toronto et a dirigé un corps de médical pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le père Danis a aussi recruté le montréalais Léonard Bélanger qui aurait raconté qu’après avoir vu les casernes militaires, il savait que la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa pouvait être une réussite.

Les fondations d’une réussite

« On a eu des débuts très modestes, souligne le doyen de la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, Dr Bernard Jasmin. Il y a eu beaucoup de croissance, particulièrement depuis 20 ou 25 ans. On a connu un essor important, tant au point de vue national qu’international, de sorte qu’on est maintenant classé parmi les meilleures universités au monde en santé. On se classe facilement parmi les 100 premières institutions. »

La croissance de cette faculté a été assez rapide. Dès le milieu des années 50, la construction d’un nouveau bâtiment pour l’héberger est nécessaire, soutient la Dre Lamb.

Le pavillon Roger-Guindon où se déroulent encore aujourd’hui les activités de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa a pour sa part été inauguré en 1982, après un investissement de 36 millions $.

La Dre Margaret Beznak, chef du département de physiologie de 1960 à 1969, a été médecin, chercheuse en cardiologie et la première femme au Canada à diriger un département médical universitaire.

Le Dr Jasmin indique que les célébrations du 75e anniversaire de la faculté en 2020 coïncident avec la fin de l’élaboration d’un plan stratégique afin de poursuivre cette expansion de la faculté.

« C’est une belle opportunité de célébrer les succès de la faculté depuis 75 ans et de regarder vers l’avenir, dans la direction qu’on veut aller pour mieux servir nos communautés et le monde, soutient Bernard Jasmin. Ce qu’on veut continuer à développer, c’est des secteurs de fine pointe en recherche et on veut continuer d’être des chefs de file en innovation pour un monde meilleur. »