Hydro Ottawa vient de conclure une entente avec Hydro-Québec pour l’achat de la centrale Hull 2, sur la rive gatinoise des chutes de la Chaudière, ainsi que la participation restante de 33 % dans le barrage-voûte sur la rivière des Outaouais.

Le site patrimonial des Chaudières

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : les chutes Chaudières.

Le site des Chaudières, situé à un kilomètre de la Colline du Parlement, chevauche la frontière entre le Québec et l’Ontario, ainsi que les villes de Gatineau et d’Ottawa.

C’est à cet endroit où la rivière des Outaouais s’abaisse abruptement d’une berge à l’autre dans un ensemble de chutes qui sont entrecoupées d’îles. On en distingue deux principales. La première a la forme d’un fer à cheval et tombe d’une hauteur d’environ dix mètres. On l’appelle communément « la Grande Chaudière ». La seconde, « la Petite Chaudière », disparaît sous les édifices qui appartiennent aujourd’hui à la Domtar, sur la rive québécoise.

Cette Petite Chaudière est aussi appelée « le Trou du diable » depuis le début du XXe siècle.

D’autres petites chutes tombent aussi entre les bâtiments du côté ontarien de la rivière.

La commission de toponymie du Québec identifie le lieu comme « la chute des Chaudières ».

Les Algonquins y ont occupé le site où ils tenaient des cérémonies d’offrande de tabac à proximité des chutes.

Samuel de Champlain mentionne dans un de ses écrits de 1613 que les Indiens désignaient la chute par le vocable « asticou », qui signifiait « chaudière ».

Il faut souligner qu’à la suite de Champlain, le nom « Chaudières » sera retenu par différents auteurs anglophones qui préféreront la locution française à la traduction anglaise (« Kettle »).

Dès le début du XIXe siècle, Philemon Wright y construit une première jetée pour utiliser la force hydraulique de la chute du Trou du diable, révèle un document sur le barrage des Chaudières du Musée canadien de l’histoire.

De nombreuses jetées furent construites par chacun des propriétaires industriels établis sur les rives et les îles, près des chutes, pour diriger l’eau vers leur outillage et leurs turbines.

Ces barrages ou jetées faisaient l’objet de disputes qui se sont accentuées avec l’arrivée de l’électricité. En 1905, les propriétaires et locataires des pouvoirs hydrauliques des Chaudières s’unirent pour faire construire un seul barrage, utilisable par tous, au-dessus de la Grande Chaudière.

Le barrage est construit en 1908 et mis en opération en 1910 afin de contrôler et d’uniformiser le niveau d’eau et répartir l’utilisation des forces hydrauliques. Il est un des premiers barrages hydroélectriques au Québec et le premier sur la rivière des Outaouais. L’ouvrage qui épouse la forme géomorphologique originale de la chute est un exemple rare de barrage à poutrelles de retenue.

Par ailleurs, le site des Chaudières est un véritable microcosme de l’histoire canadienne en lien avec celle de l’Amérique française, rappelle Louise N. Boucher, dans un texte publié dans l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française.

« Le sentier des Voyageurs, les glissoirs à radeaux, le pont des Chaudières et le cadre bâti industriel sont autant de vestiges porteurs d’un vécu francophone interrelié à d’autres communautés », écrit l’auteure.

Sites protégés

Une partie du site a connu une reconnaissance patrimoniale. Ainsi, des édifices construits par la compagnie E. B. Eddy faisant face à la rue Laurier à Gatineau, ont été reconnus historiques par le ministère de la Culture du Québec. La valeur patrimoniale de ces édifices protégés repose sur leur potentiel d’évocation de l’histoire industrielle de l’Outaouais au XIXe siècle.

Le sentier de Portages des Chaudières (l’autre nom du sentier des Voyageurs) a été désigné lieu historique national en 1927 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Sur l’autre rive, l’édifice de la Bronson Company, l’usine de Carbure Willson et la Centrale thermique à vapeur de l’Ottawa Electric Railway Company ont été reconnus par le Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine, alors que la Centrale électrique 2 d’Hydro Ottawa a été aussi été classée par cet organisme.