John Rudolphus «J.R.» Booth

Le roi du bois

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : le roi de l’industrie du bois.

Tout jeune, John Rudolphus « J.R. » Booth construisait des moulins et des ponts miniatures sur le petit ruisseau traversant la ferme de son père. Il était alors loin de se douter que son passe-temps allait faire de lui un riche industriel et une figure marquante dans le développement de la région de la capitale. À Ottawa, la rue Booth lui fait honneur comme bâtisseur. Roi de l’industrie forestière, sa fortune a été évaluée à plus de 100 millions $. Jamie Benidickson raconte, dans une biographie publiée dans le Dictionnaire biographique du Canada, que Booth comprenait l’économie régionale de la vallée l’Outaouais et ses liens avec le commerce international aussi bien, sinon mieux que ses pairs.

Né le 5 avril 1827 dans les Cantons-de-l’Est, John Rudolphus est le fils de John Booth et d’Eleanor Rooney. En janvier 1853, il épouse Rosalinda Cooke, avec qui il a cinq filles et trois fils. M. Booth est décédé le 8 décembre 1925 à Ottawa, à l’âge vénérable de 98 ans.

Après ses études primaires, John Rudolphus quitte le foyer familial avec l’ambition de devenir chercheur d’or en Californie. Il ira plutôt travailler à la construction d’une scierie près de Hull. Par la suite, il dirigera une fabrique de bardeaux dans des locaux loués à Alonzo Wright, à Hull, fabrique détruite par le feu quelques mois après son arrivée.

C’est en 1854 que J.R. – comme on le surnommait à l’époque – et sa femme décident d’aller vivre de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Ottawa, choisie trois années plus tard comme capitale du Canada. C’est là qu’il fera son apprentissage dans le commerce de bois et l’énergie hydraulique.

Il obtient en 1859 un contrat d’approvisionnement en bois pour la construction des édifices du parlement. Avec ce contrat fort rentable, Booth acquiert en 1864 la scierie de l’île Chaudière, entre Hull et Ottawa, qu’il louait. Sa réputation d’homme d’affaires sérieux lui donne accès à des capitaux.

Avec ses entreprises de sciage et flottage, il ajoute un centre de distribution de bois d’œuvre dans l’État de New York, un atelier de rabotage et une fabrique de boîtes dans le Vermont, de même qu’un bureau de vente à Boston en 1877. Il était alors le seul entrepreneur forestier canadien à manufacturer son propre bois dans sa propre usine aux États-Unis. En 1896, sa production s’élevait à 115 millions de pieds-planches, soit plus du double de celle de ses principales concurrentes de la vallée de l’Outaouais.

En développant son entreprise forestière, Booth a aussi acquis un vaste réseau de transport. En 1882, il complète la construction du tronçon entre Ottawa et Coteau-Landing, sur le fleuve Saint-Laurent, à partir duquel le chemin de fer Atlantique canadien aura accès au Vermont. Il construit aussi une voie ferrée pour acheminer le bois de ses concessions de la baie Georgienne jusqu’à la rivière des Outaouais.

Il sera par ailleurs le premier à remplacer les bœufs par des chevaux pour traîner les billots de bois jusqu’à la rivière. Il achètera une ferme au sud-ouest d’Ottawa pour faire paître ses chevaux, ferme qui deviendra plus tard la Ferme expérimentale.

L’empire de Booth risquait toujours d’être dévasté par le feu, en forêt, sur les chemins de fer et aux Chaudières. Il a perdu plus d’un million de dollars dans le grand feu de 1900, qui a détruit une bonne partie des villes de Hull et d’Ottawa.

Après l’adoption d’une loi fédérale interdisant le déversement d’ordures dans l’eau, en 1873, Booth est condamné à une amende. Cependant, Booth refuse de modifier ses pratiques jusqu’au début du XXe siècle. Il semble n’avoir décidé d’observer la loi qu’au moment où la destruction par le feu d’une bonne partie de son usine lui fournit l’occasion d’adopter de nouvelles méthodes.

Le personnage
Petit homme à la barbe blanche, doué d’une remarquable vitalité, Booth était un personnage pittoresque, mais que la bonne société d’Ottawa jugeait « tout à fait infréquentable » à cause de son langage grossier, de son mépris de la publicité et de ses vêtements quelconques. Homme extrêmement autoritaire, loin d’être un employeur modèle, il embauchait des travailleurs saisonniers souvent hostiles à la syndicalisation. « Ses employés faisaient ce qu’on leur disait de faire, ou partaient », raconte-t-on à son sujet. Ses usines sont plus d’une fois paralysées par la grève. Ce serait toutefois lui qui, en 1911, aurait introduit la journée de travail de huit heures pour les travailleurs forestiers de l’Outaouais.