Jean Alfred en 1981

Le pont Jean-Alfred

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Jean Alfred.

Jean Alfred, politicien et pédagogue, aura marqué l’histoire politique du Québec en étant le premier Noir élu à l’Assemblée nationale.

En plus d’avoir consacré une partie de sa vie à tisser des ponts entre les Québécois et la communauté haïtienne du Québec, il s’est aussi distingué par ses interventions comme député de Papineau en faveur de la construction de l’Hôpital de Gatineau et de l’autoroute 50 de l’Outaouais.

Le 6 février 2019, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, la Commission de toponymie lui a rendu hommage en nommant le pont à deux voies qui permet à l’autoroute de l’Outaouais 50 d’enjamber la rivière de la Petite-Nation, entre la municipalité de Plaisance et la municipalité du canton de Lochaber.

Ce pont a été désigné ainsi parce qu’il se situe au cœur de la circonscription de Papineau que M. Alfred a représentée comme député pour le Parti Québécois entre 1976 et 1980.

Né en 1940 à Ouanaminthe (Haïti), M. Alfred était le fils d’Horace Alfred, un boucher, et de Prunélie Océan, une commerçante. Il avait épousé à Gatineau Michèle Vanier, en 1972.

Il a fait ses études chez les Frères de l’instruction chrétienne à Ouanaminthe et au Collège Saint-Louis-de-Gonzague à Port-au-Prince.

En 1965, il obtient son baccalauréat en français, puis en 1968 une licence en philosophie à l’Université d’État d’Haïti. Il a enseigné dans son pays natal pendant cinq ans, le français, le latin et la littérature française.

Jean Alfred, le «père» de l’hôpital de Gatineau, avait raison de jubiler hier. «J’étais seul pour négocier avec une bureaucratie qui ne voulait rien savoir, a déclaré M. Alfred. La réponse était toujours non. Je vais dramatiser la situation. J’ai tellement harcelé le ministre de la santé, Denis Lazure, qu’il changeait de direction lorsqu’il me voyait dans un corridor».

Après un stage à Montréal à l’Institut BRIC (Bureau de recherche et d’intervention clinique), il en complète un autre au Bureau des langues à Ottawa.

Il obtient ensuite, à l’Université d’Ottawa, une maîtrise en psychopédagogie en 1971, un doctorat en éducation en 1975, puis une maîtrise en gestion scolaire en 1981.

Entre 1969 et 1976, il enseigne à la Commission scolaire de l’Outaouais. Pendant cette période, il s’implique comme membre du conseil d’administration de l’Association des enseignants du Sud-Ouest du Québec, et de l’Association récréative de Gatineau et du club Optimiste de Hull. Puis, il se fait élire conseiller municipal à Gatineau.

Il est élu député du Parti québécois de Papineau en 1976, lors de l’arrivée au pouvoir du gouvernement de René Lévesque.

Pendant son mandat, il multiplie les interventions publiques en faveur de la construction d’un hôpital à Gatineau, puis de la réalisation de l’autoroute de l’Outaouais. Il est d’ailleurs reconnu comme le « père de l’Hôpital de Gatineau ».

Il décide de siéger comme député indépendant en août 1980, puis réintègre le caucus du PQ en mars 1981.

Après sa défaite dans Chapleau lors de l’élection de 1981, il ne se représente pas en 1985. Il tentera en vain de se faire réélire en 1989.

Il subira aussi la défaite à l’investiture du PQ dans la circonscription de Sauvé en 1994, puis à celle du Bloc québécois dans Repentigny en 1997.

M. Alfred retourne ensuite à l’enseignement comme coopérant du Québec au Maroc de 1983 à 1986.

Il est décédé à Gatineau le 20 juillet 2015 à l’âge de 75 ans.