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Le pape Jean-Paul II arrive à Ottawa.
Le pape Jean-Paul II arrive à Ottawa.

Le pape chez les Servantes de Jésus-Marie

Raymond Ouimet
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Jean-Paul II aura été le pape qui a sans aucun doute le plus marqué le XXe siècle. En 1984, il est venu saluer la population outaouaise grâce aux initiatives de l’ancien maire de Hull, Michel Légère, et de l’évêque du diocèse de Gatineau-Hull, Mgr Adolphe Proulx.

Plus d’un spécialiste de l’histoire et de la politique tient Jean-Paul II pour le responsable du démantèlement du « rideau de fer » et de l’effondrement du communisme. C’est aussi le pape qui a le plus voyagé. Son pontificat est le deuxième plus long de la papauté. Le plus long a été celui de Pie IX (31 ans : juin 1846 à février 1878). Toutefois, certains prétendent que le pontificat de saint Pierre a duré encore plus longtemps, mais c’est loin d’être assuré.

Jean-Paul II a été le 268e pape (il y a eu 33 antipapes – tous ne s’entendent pas sur le nombre de papes) de l’Église catholique romaine et le neuvième pape du XXe siècle. Quand il a été élu le 16 octobre 1978 par le Sacré Collège, il est devenu le premier non italien, depuis 1522, à occuper le siège dit de « saint Pierre ». Son prédécesseur étranger était Adrien VI, un Allemand élu en… 1522 !

Karol Wojtyla, dit Jean-Paul II

Né en 1920, Karol Wojtyla aura été le premier pape polonais de l’histoire de l’Église catholique romaine. Notons que 212 papes (dont 112 Romains, 56 « étrangers ») étaient originaires de la péninsule italienne. Encore aujourd’hui, les Italiens sont majoritaires au Sacré Collège. Il faut dire que le pape est l’évêque de Rome. Et quand les papes résidaient à Avignon (1378-1429), ils étaient tous originaires du sud de la France.

La tradition veut que le premier pape de l’Église romaine ait été saint Pierre lui-même. Mais plusieurs historiens mettent aujourd’hui cette affirmation en question. D’abord parce que saint Jacques, le frère de Jésus, aurait été le premier dirigeant de la petite communauté de Jérusalem et, surtout, parce que l’on ne compte pas la moindre donnée historique sur les trois premiers papes. Ce n’est d’ailleurs qu’en 177 qu’Irénée, évêque de Lyon, a dressé une liste des papes. Tous les papes des quatre premiers siècles ont eu droit au titre de saint, à l’exception d’un seul : Libère (352-366). Le mieux connu des papes des deux premiers siècles est saint Clément (88-97). Il a d’ailleurs écrit une Épître, datée de 95 ou 96, qui est le plus ancien texte chrétien original connu. Toutefois, la plus grande partie de sa vie a plus à faire avec la légende qu’avec la vérité.

Jean-Paul II a été un pape très médiatique. Mais savez-vous que le premier à être filmé a été Léon XIII, et cela a été fait à sa demande ?

Souverain pontife est l’un des titres du pape. Ce titre lui vient directement de Rome où les empereurs étaient des Maximus Pontifex. De fait, la papauté est une monarchie absolue où seuls les princes (cardinaux) sont invités à choisir le pape. On pourrait dire que l’Église catholique est l’héritière de l’Empire romain qui s’est perpétué à travers elle. Cette monarchie, sans doute la plus ancienne de notre histoire, fascine toujours les peuples même si elle est quelque peu anachronique. Et quand le pape voyage, il attire des foules plus qu’aucun autre chef d’État.

Le pape Jean-Paul II embrasse la petite Mélanie Doris, alors âgée de 7 ans, de Hull. La fillette avait eu l’insigne honneur de présenter une gerbe de fleurs au Saint-Père lors de son arrivée au monastère des Servantes de Jésus-Marie, à Hull.

Chez les Servantes de Jésus-Marie

Septembre 1984, le pape Jean-Paul II fait une visite au Canada. Il est prévu qu’il vienne à Ottawa, mais pas du côté québécois de la rivière des Outaouais, et cela chagrine une partie de la population catholique pratiquante. Et ce, d’autant plus que l’Église catholique outaouaise est plus ancienne que l’Église ottavienne : la paroisse de Montebello a ouvert ses registres en 1815 alors que celle d’Ottawa date de 1827.

Le maire de Hull, Michel Légère (maire de juin 1981 à novembre 1991), croyant et pratiquant, commence alors des tractations avec les autorités religieuses pour obtenir que le pape vienne rencontrer la population outaouaise. Rapidement, il s’aperçoit qu’à l’exception de l’évêque de Hull, Mgr Adolphe Proulx, les autorités religieuses d’Ottawa, archevêque en tête, ne favorisent pas la visite du pape Hull.

Michel Légère, maire de Hull de juin 1981 à novembre 1991

Le maire Légère est un homme qui ne manque pas de front. Ainsi décide-t-il de s’adresser directement au pape. C’est ainsi qu’il lui envoie un long télégramme lui demandant de bien vouloir faire une visite à Hull, ville où l’immense majorité des citoyens est catholique. À Ottawa, certaines autorités religieuses ne sont pas trop contentes de l’intervention du maire qui, contre toute attente (son conseil municipal était plutôt sceptique quant à ses chances), finit par obtenir une réponse favorable. Afin de ne pas déplaire aux autorités religieuses d’Ottawa, on décide en haut lieu ecclésiastique que le pape viendra à Hull non pas pour y rencontrer les autorités religieuses ou civiles hulloises, mais les humbles Servantes de Jésus-Marie. Cet ordre de contemplatives a été fondé par Éléonore Potvin, en collaboration avec l’abbé Alexis-Louis Mangin, à Masson en 1895 et s’est établi à Hull moins de 10 ans plus tard.

La visite du pape chez les Servantes de Jésus-Marie, religieuses, que la population a longtemps considérées comme les paratonnerres de Hull, se fait dans l’enthousiasme et avec la participation d’une foule nombreuse évaluée à 70 000 personnes. Les cris de « Vive le pape » retentissent, des petits drapeaux blancs et jaunes sont brandis dans les airs à la vue du pape qui salue de gauche à droite ceux qui sont venus l’accueillir aussi chaleureusement.

Même si le pape sort du couvent avec plus d’une heure de retard sur l’horaire prévu, les milliers de personnes venues le voir à son arrivée en fin d’après-midi sont encore là à 20 h 50. « Viens nous voir, Jean-Paul II », « Mon cher Jean-Paul, c’est à ton tour... » chantent-ils quand le pape sort du monastère.

En souvenir de sa visite, le conseil municipal offre à Jean-Paul II un vélo, blanc et or, fabriqué ici par Cycle Bertrand. Le pape fera don de la bicyclette aux religieuses. Comme elles sont pour la plupart âgées et qu’elles ne peuvent pas s’en servir, le conseil municipal leur a échangé contre deux tricycles. Le vélo du pape est maintenant exposé au Centre sportif de Gatineau.