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Jos Montferrand a régné en maître sur l’Outaouais pendant 30 ans. Il a été «conducteur d’hommes, défenseur des siens et redresseur de torts».
Jos Montferrand a régné en maître sur l’Outaouais pendant 30 ans. Il a été «conducteur d’hommes, défenseur des siens et redresseur de torts».

Le légendaire Jos Montferrand

Raymond Ouimet
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Qui n’a pas entendu parler des exploits de Jos Montferrand, figure mythique de l’Outaouais du XIXe siècle ? Né le 25 octobre 1802 à Montréal, Jos Montferrand, fils de François-Joseph Favre dit Montferrand (1773-1908), voyageur, et de Marie-Louise Couvret (1782-?), grandit dans le faubourg Saint-Laurent, à deux pas du Fort-Tuyau et du Coin-Flambant, deux tavernes situées à l’angle des rues Lagauchetière et Cadieux.

Il est devenu une véritable légende grâce aux combats qu’il a remportés au cours de sa vie. En 1818, il devient une célébrité quand il flanque une raclée à trois brutes qui terrorisent les gens du faubourg Saint-Laurent à Montréal. En 1828, il remporte un combat contre le champion de la marine anglaise au quai de la Reine, à Québec, devant une foule considérable.

Il commence par gagner sa vie en 1820 comme charretier à Kingston (Ontario) pour ensuite entrer, peu après la mort de sa mère, au service de la Compagnie du Nord-Ouest qui vient enfin de se joindre à la Hudson Bay Company, qui fait le commerce des fourrures. En 1827, Montferrand quitte la Compagnie du Nord-Ouest pour entrer au service de Joseph Moore qui exploite des coupes de bois sur la rivière du Nord ; il est conducteur en chef pendant deux ans. En 1829, il passe au service de Bowman et McGill, riches marchands de bois dont les scieries sont situées sur la rive droite de la rivière du Lièvre. C’est là son premier voyage en l’Outaouais où il régnera en maître pendant 30 ans, et où il sera « conducteur d’hommes, défenseur des siens et redresseur de torts ». Pendant plus de 30 ans, Montferrand est tour à tour contremaître, chef de « cages » et l’homme de confiance de ses employeurs, pour lesquels il se fait médiateur de conflits. Ces derniers se l’arrachent et font appel à lui pour régler ce genre de problèmes.

Un gentilhomme fort

Haut de 1,93 m, Jos Montferrand avait, rapporte l’historien Benjamin Sulte, de grands yeux bleus, les cheveux blond foncé, le teint clair et les joues roses. « Danseur incomparable, précise Sulte, un peu poseur comme tous les beaux garçons [...] À table, gai et poli, à la mode des anciens seigneurs. » Sulte a conclu : « La postérité se tromperait grandement si elle en faisait un hercule mal dégrossi, avide de luttes et rude envers les autres comme il l’était parfois pour lui-même... Il y avait un fonds de chevalerie dans son cœur et dans son imagination. Au Moyen Âge, il eut porté la lance et la hache d’armes avec éclat, pour Dieu, sa dame et son roi. »

Dans les années 1830, Wrightstown (les Chaudières, Hull) et Bytown (Ottawa) subissent la violence des Shiners, des raftsmen irlandais déterminés à monopoliser le travail dans les chantiers aux dépens des Canadiens français. Les deux rives de la rivière des Outaouais servent alors de théâtre à de titanesques combats au cours desquels Jos Montferrand ferait preuve d’une force et d’un sens de la justice exceptionnelle. C’est pour rendre hommage à son courage que l’on a donné son nom à l’actuel palais de justice de Gatineau.

Le palais de justice de Gatineau

Une bataille mémorable

À plus d’une reprise, Montferrand défend ses compatriotes contre les Shiners qui prétendent faire la loi dans Bytown et n’hésitent pas à mettre le feu aux maisons, à battre les passants et même à tuer. Dans l’atmosphère surchauffée qui règne sur la région, Montferrand prend vite la stature du chevalier sans peur et sans reproche en triomphant des Irlandais. Son haut fait le plus célèbre et légendaire remonterait à 1829. Plus de 150 Shiners, armés de gourdins, s’étaient embusqués du côté de Wrightstown à l’extrémité du pont Union (site de l’actuel pont des Chaudières) qui traversait la rivière des Outaouais. Avant de s’y engager, Montferrand, soupçonneux, interroge la tenancière d’un débit de boisson situé tout près du pont du côté de Bytown. Sur l’assurance que le pont est désert, il s’y aventure. À peine est-il arrivé au milieu que l’ennemi fonce sur lui. Tentant de revenir sur ses pas, il se rend compte que la femme a perfidement fermé les portes du pont. Après avoir fait le signe de la croix, il passe à l’attaque : il saisit un des assaillants par les jambes et s’en sert comme d’une masse pour abattre les autres. En pleine bataille, l’un des adversaires l’implore du regard et se signe. Montferrand lui dit de se placer derrière lui. La lutte acharnée n’en continue pas moins et Montferrand abat homme par-dessus homme. Alors que la troupe ennemie est mise en déroute, le traître qu’avait protégé Montferrand l’assaille par-derrière et lui assène un coup de gourdin. Vivement, le héros se retourne, assomme son agresseur et le jette dans le gouffre. La scène est horrible, le sang coule du tablier du pont diront plus tard des témoins qui ont sans doute exagéré le déroulement de l’action. De la rive hulloise, un groupe de gens regarde les Shiners fuir à toutes jambes par le chemin d’Aylmer et Montferrand traverser, victorieux, le pont Union.

En 1852, à Champlain, Montferrand épouse Marie-Anne Trépanier qui meurt 11 ans plus tard sans descendance, puis en 1864 à Montréal, il marie Esther Bertrand qui lui donnera un enfant posthume : Napoléon-Louis (1865-1896).

Montferrand est mort à Montréal, à son domicile de la rue Sanguinet, le 4 octobre 1864 et il a été inhumé au cimetière Côte-des-Neiges où se dresse, sur sa tombe, un monument de granit gris.