L’immeuble situé en face de la colline Parlementaire, au coin des rues Wellington et Elgin à Ottawa, était autrefois connu sous le nom d'«édifice Langevin»

Le controversé Hector-Louis Langevin

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Hector-Louis Langevin.

L’immeuble situé en face de la colline Parlementaire, au coin des rues Wellington et Elgin à Ottawa, a pendant longtemps été connu sous le nom de l’édifice Langevin. 

En 2017, le gouvernement de Justin Trudeau a toutefois décidé de le rebaptiser tout simplement en lui donnant le nom de Bureau du premier ministre et du Conseil privé. 

La décision a été prise à la suite des demandes des Premières Nations, qui voulaient faire rayer le nom de l’ancien député conservateur québécois Hector-Louis Langevin, surintendant des Affaires indiennes, dans le cabinet du premier ministre John A. Macdonald. M. Langevin était considéré comme un des architectes du système des pensionnats autochtones mis sur pied vers la fin du XIXe siècle.  

Le changement d’appellation est survenu deux ans après le dépôt en décembre 2015 du rapport accablant de la Commission de vérité et de réconciliation, qui touchait notamment le système des pensionnats autochtones. 

« Reconnu comme un des Pères de la Confédération, M. Langevin a eu à faire face à l’hostilité à maintes reprises pendant sa longue carrière de politicien », rappelle Andrée Désilets, dans Langevin, sir Hector-Louis, un texte publié dans Dictionnaire biographique du Canada.  

Né à Québec en 1826, sir Hector-Louis Langevin épouse en 1854 Marie-Justine Têtu. Le couple aura neuf enfants. M. Langevin sera journaliste, avocat, puis politicien. En 1856, il est élu conseiller municipal, puis deux ans plus tard, maire de la ville de Québec, poste qu’il occupera jusqu’en 1861. 

Ambitieux, il est ensuite élu à l’Assemblée législative de la province du Canada aux élections de 1857-58. Il participe aux derniers travaux du gouvernement de l’Union, puis assiste aux conférences préparatoires à la Confédération, prenant une part active à l’élaboration de la constitution de 1867. 

 À la conférence de Londres, en 1866, il avait eu une influence importante sur ses collègues afin que le texte constitutionnel respecte l’entente conclue avec le Canada. Il partage avec George-Étienne Cartier la direction politique de la province de Québec et l’organisation du nouveau Canada, et sera au nombre des 18 députés du Québec siégeant à la fois dans les deux chambres, provinciale et fédérale. 

À Ottawa, il occupe aussi le poste de secrétaire d’État et surintendant général des Affaires indiennes. Puis en 1869, le premier ministre Macdonald lui confie le département des Travaux publics, poste important qui demande beaucoup de son temps puisque le pays n’a alors que deux années d’existence. Il sera responsable de projets majeurs dont la construction du célèbre édifice qui a porté son nom jusqu’en 2017. 

Construit entre les années 1883 et 1889, l’immeuble est reconnu depuis 1977 comme un lieu historique national du Canada. Il est l’un des plus beaux exemples d’immeuble de bureaux de style Second Empire construit par le gouvernement fédéral. Il s’agit de l’œuvre de Thomas Fuller, architecte en chef du ministère des Travaux publics de 1881 à 1896. 

Malgré son rêve de devenir premier ministre du Canada, M. Langevin voit sa carrière finir mal alors qu’il est mêlé à des marchandages peu scrupuleux dans l’affaire McGreevy, qui ont raison de sa réputation et de son avenir politique.  

Après avoir quitté son poste de ministre des Travaux publics, il se retire de la vie publique aux élections de 1896. Il retourne vivre à Québec, où il décède le 11 juin 1906. 

« Même si elle s’est terminée dans la disgrâce la plus complète, la carrière politique de Langevin est, en effet, tout à fait marquante par sa durée et son intensité. Elle est celle d’un homme intelligent, ambitieux, fidèle et obstiné, qui contribue à la naissance et à l’organisation du Canada comme Père de la Confédération, pilier du Parti conservateur et ministre du gouvernement pendant près de 30 ans », souligne l’auteur Désilets.