Le père Joseph-Henri Tabaret

Le campus rassembleur du père Tabaret

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Joseph-Henri Tabaret, bâtisseur de l’Université d’Ottawa.

Sur le campus de l’Université d’Ottawa, le pavillon Tabaret, qui se démarque par ses imposantes colonnes sur sa façade, est le pavillon central de cette institution d’enseignement postsecondaire. Il rend hommage à celui que l’on considère comme son bâtisseur, le père oblat et éducateur Joseph-Henri Tabaret.

Né le 12 avril 1828 à Saint-Marcellin en France, Joseph-Henri est le fils d’Antoine Tabaret, un serrurier, et d’Adélaïde Forêt. Il est décédé à Ottawa le 28 février 1886, selon les archives du Dictionnaire biographique du Canada (DBC).

Après des études ecclésiastiques, Joseph-Henri part pour le Haut-Canada et est ordonné prêtre à Ottawa en 1850 par l’évêque Mgr Joseph-Bruno Guigues. Il commence son apostolat à L’Orignal. Son ministère comprend les missions d’Alfred, Vankleek Hill et Hawkesbury dans le Haut-Canada, de même que celles de Grenville, Bonsecours (Montebello) et Saint-Angélique (Papineauville) dans le Bas-Canada.

En plus de s’intégrer rapidement à son nouveau milieu, il a beaucoup d’estime pour les populations écossaise, irlandaise et française qu’il côtoie. Cette expérience a une grande influence sur lui et le prépare au rôle d’éducateur qu’il jouera dans l’œuvre fondée en 1848 par Mgr Joseph-Bruno Guigues visant à « assurer des vocations ecclésiastiques et donner à la société et à la religion des hommes capables d’en comprendre et défendre les intérêts ».

Son désir est exaucé lorsqu’il est nommé directeur du collège de Bytown en 1853, qui devient le collège d’Ottawa en 1861, avant d’obtenir sa charte d’université en 1866.

Malgré le petit nombre d’élèves et des difficultés financières de l’institution d’enseignement, le père Joseph-Henri Tabaret ne s’est jamais laissé décourager.

Combattre les préjugés avec le bilinguisme

De plus, convaincu de l’importance du bilinguisme, le père Tabaret insiste sur la nécessité de l’enseignement du français et de l’anglais, s’attirant le respect des Canadiens français et des Irlandais tant catholiques que protestants.

Selon lui, une telle mesure s’imposait dans cette partie du pays, car elle devait « diminuer ces préjugés funestes qui divisaient ces deux peuples si bien faits pour s’estimer l’un l’autre », nous révèlent les archives du DBC.

Après avoir résidé à Montréal, où il occupe entre 1864 et 1867 les fonctions de provincial des Oblats au pays, il revient à Ottawa pour devenir recteur de la nouvelle université de 1867 à 1874, puis de 1877 à 1886. Il réorganise les programmes d’études en 1874 en accordant une large part aux sciences et mathématiques, et en intégrant les études commerciales au cours régulier, encourageant les activités sportives comme moyen de formation.

S’il était convaincu de l’importance de l’éducation bilingue, des difficultés d’ordre pratique, inhérentes à l’enseignement dans les deux langues, ont fait en sorte que l’anglais est alors la seule langue d’enseignement dans presque tous les cours du nouveau programme. Toutefois, l’université revient à la pratique du bilinguisme en 1901.