Alphonse Moussette

Le boulevard du maire Moussette

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Alphonse Moussette.

Le boulevard Moussette à Gatineau, une artère traversant du nord au sud le quartier où se trouve l’Hôpital de Hull, tire son nom d’Alphonse Moussette (1892-1951), l’ancien maire de Hull et homme d’affaires qui aura marqué à sa manière la « petite histoire » de la ville, alors que prolifie les maisons de jeu et le crime.

Fils d’Antoine Moussette et d’Almédine Beaudet, Alphonse Moussette est né à Aylmer le18 juillet 1892, selon les archives de la Commission de toponymie de Gatineau (CTG)

Ayant le sens des affaires, il devient en 1909 l’associé de Joseph Vaillancourt et copropriétaire du cinéma Uniqueoscope.

L’année suivante, il achète les parts de son associé et devient le seul propriétaire du théâtre qu’il renomme Eldorado, avant de le revendre la même année.

Puis, il devient tourne-clefs à la prison de Hull, puis greffier du tribunal des exemptions lors de la Première Guerre mondiale, avant d’être nommé huissier à la Cour supérieure.

Propriétaire de l’épicerie Laurier de 1924 à 1926, il occupera le poste d’inspecteur et chef inspecteur de la Commission des liqueurs pour le district de Hull pendant trois années, avant d’acheter la boîte de nuit Avallon qui sera l’objet d’une descente policière en 1935 où une machine à sous est alors saisie.

M. Moussette est en même temps très actif en politique en étant l’organisateur du député libéral fédéral Alphonse Fournier en 1935. Puis, il est élu maire de Hull de 1936 à 1940, et de 1948 à 1951.

Toujours selon les documents d’archives de la CTG, « l’homme d’affaires et politicien fréquente alors le milieu interlope et le crime organisé alors qualifié de vice commercialisé parce qu’il profite de la protection des autorités politiques », rapportent les archives de la CTG

« Le maire Moussette dicte au chef de police les jours et les heures auxquels il doit faire des descentes dans certaines maisons de jeu. Les policiers avertissent désormais les tenanciers des heures auxquelles ils vont procéder aux descentes de police. Mais en 1939, comme certains policiers font trop bien leur travail, le maire abolit le bureau des détectives et interdit à la police d’enquêter sur les crimes vu que cela ne rapporte rien ».

Mais des organisations locales décident de lancer une campagne de moralité publique qui culmine à l’automne 1940. Au moyen d’une pétition lancée par le Comité diocésain d’action catholique, plus de 17 000 personnes demandent le nettoyage de la ville. Le maire Moussette répond alors en déclarant, sans rire, qu’il n’existe aucune maison de jeu à Hull.

Les Hullois votent pour le changement au conseil municipal, et la nouvelle administration, dirigée par le maire Raymond Brunet (1941 à 1948), qui met sur pied une enquête publique. Le juge Édouard Fabre-Surveyer rend son verdict en 1943 et tient responsable l’ancien maire Moussette et les conseillers municipaux Émile Dompierre et Achille Morin d’avoir protégé des maisons de prostitution et de jeu ainsi que d’avoir entravé le travail des policiers.

En 1948, le maire Brunet quitte la politique et la population accorde à nouveau sa confiance à Alphonse Moussette qui est élu avec plus 64 % des suffrages, un revirement que l’on pourrait qualifier pour le moins d’inattendu dans les circonstances. Il meurt en 1951.

Depuis 1939, l’ancien parc Luna du secteur Val-Tétreau porte aussi le nom de cet ancien maire, certes le plus controversé de l’histoire de la Ville de Hull.