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Fondé en 1848, le Collège de Bytown est devenu l’Université d’Ottawa en 1866.
Fondé en 1848, le Collège de Bytown est devenu l’Université d’Ottawa en 1866.

Le bâtisseur de l’Université d’Ottawa

Michel Prévost
Michel Prévost
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Bien qu’il ne soit pas le fondateur ni le premier à diriger les destinées de l’Université d’Ottawa, le père Joseph-Henri Tabaret est considéré comme le véritable bâtisseur de la maison d’enseignement. En effet, c’est sous sa direction, au milieu du XIXe siècle, que le modeste Collège de Bytown prend son envol pour devenir un établissement décernant des diplômes universitaires.

Joseph-Henri Tabaret naît en 1828 à Saint-Marcellin, en France. En 1850, il part pour le Canada-Uni et est ordonné prêtre oblat à Bytown la même année. Le religieux commence peu après son apostolat à L’Orignal, dans l’Est ontarien. Son travail auprès des populations d’origines écossaises, irlandaises et françaises le prépare bien au rôle d’éducateur qu’il désire jouer. Il passe à l’action en 1853 lorsqu’on lui confie la direction du Collège de Bytown, qui deviendra le Collège d’Ottawa en 1861, puis l’Université d’Ottawa en 1866.

Collège de Bytown

Fondé en 1848 par Mgr Joseph-Bruno Guigues, premier évêque catholique de l’endroit, le Collège de Bytown en est encore à ses débuts lorsqu’arrive le père Tabaret. L’établissement pour garçons loge alors dans un édifice en pierre sur Sussex, près de la cathédrale Notre-Dame, dans la basse-ville d’Ottawa. Ce bâtiment, longtemps connu sous le nom d’Académie-De-La-Salle, existe toujours.

Le Collège offre des cours de niveau primaire et secondaire et compte environ une soixantaine d’élèves et une dizaine d’enseignants, tous des Oblats. On y enseigne la religion, le latin, le grec, le français, l’anglais, l’histoire et le dessin. Le programme s’inspire de ceux des collèges classiques du Québec. En 1856, l’institution quitte la basse-ville pour s’établir sur son site actuel dans la Côte-de-Sable.

Convaincu de l’importance du bilinguisme, particulièrement dans une région comme Ottawa où les deux peuples fondateurs se côtoient, le père Tabaret insiste sur la nécessité de l’enseignement du français et de l’anglais. En 1864, il écrit dans son journal : « Le mélange des deux langues présente une difficulté : mais elle n’est pas insurmontable... Qui donc a dit qu’un homme vit autant de vies qu’il parle de langues. Au reste, dans cette partie du Canada, la nécessité des deux langues ne se discute point : elle s’impose. » Les pères oblats enseignent en français le matin et en anglais l’après-midi.

En plus d’exercer ses fonctions au Collège, le père Tabaret devient, en 1862, vicaire général du diocèse d’Ottawa. De 1864 à 1867, il s’absente pour occuper le poste de provincial des Oblats à Montréal. Durant son absence, l’établissement reçoit sa charte universitaire royale, la dernière avant la Confédération. Le père Tabaret revient à Ottawa pour reprendre son poste de supérieur de l’Université d’Ottawa de 1867 à 1874 et de 1877 à 1886, ainsi que directeur des étudiants de 1874 à 1877.

Le père Joseph-Henri Tabaret était convaincu de l’importance du bilinguisme dans une région comme Ottawa.

Nouveau programme d’études

En 1874, le père Tabaret joue un rôle capital dans le développement d’un nouveau programme d’études qui accorde une large part aux sciences et aux mathématiques, intègre les études commerciales au cours régulier et encourage les activités sportives comme moyen de formation. Il vise, en outre, que chacune des matières soit donnée par des spécialistes, c’est-à-dire des professeurs affectés à l’enseignement d’une seule matière.

Le supérieur s’engage aussi à fournir aux professeurs et au corps étudiant les appareils nécessaires pour les expériences en laboratoire, car il croit qu’allier l’enseignement théorique à la pratique facilite l’acquisition du savoir. Bref, toutes ces réformes améliorent la méthode d’enseignement et accroissent le nombre d’élèves, d’étudiants et de professeurs spécialisés au sein de l’institution.

Sous son règne, le père Tabaret voit aussi à l’agrandissement physique de la maison d’enseignement. À sa mort en 1886, l’université située au coin des rues Cumberland et Wilbrod (aujourd’hui Séraphin-Marion) loge plus de 300 élèves et étudiants et comprend une salle académique, des cabinets de physique et de chimie, un musée, une salle de récréation, des dortoirs, un réfectoire, des salles d’études et des classes. La magnifique chapelle pour laquelle il avait approuvé le projet ne sera toutefois terminée qu’après sa mort. Hélas, tout cela sera incendié en 1903.

Mémoire bien vivante

Depuis 1971, le pavillon central, qui symbolise l’Université d’Ottawa, porte le nom de celui qui fut l’âme de l’institution pendant près de 30 ans au XIXe siècle. De plus, en face du bâtiment se dresse un bronze à son effigie et un parc qui rappellent la mémoire de ce grand éducateur. Le Bulletin du Bureau des anciens et du développement prend en 1991 le nom de Magazine Tabaret. Enfin, l’administration choisit, en 2004, le nom de Tabaret pour le nouveau magazine de l’Université d’Ottawa en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle au développement de l’établissement.

Le père Joseph-Henri Tabaret repose, avec ses confrères oblats, au cimetière Notre-Dame de Gatineau.