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Au cours des sept premiers mois de l’année 1955, les incendies firent 10 morts dans l’ancienne ville de Hull aujourd’hui devenue Gatineau. C’était un record dans I’histoire de la ville, qui avait alors moins de 50 000 habitants, à l’exception de 1910, année d’une terrible explosion.
Au cours des sept premiers mois de l’année 1955, les incendies firent 10 morts dans l’ancienne ville de Hull aujourd’hui devenue Gatineau. C’était un record dans I’histoire de la ville, qui avait alors moins de 50 000 habitants, à l’exception de 1910, année d’une terrible explosion.

La funeste année 1955

Raymond Ouimet
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Au cours des sept premiers mois de l’année 1955, les incendies firent 10 morts dans l’ancienne ville de Hull aujourd’hui devenue Gatineau. C’était un record dans I’histoire de la ville, qui avait alors moins de 50 000 habitants, à l’exception de 1910, année d’une terrible explosion.

Hull était alors en pleine décadence économique ; depuis une vingtaine d’années, les usines fermaient et la population s’appauvrissait. Le vieux Hull était dans un état de «taudification» avancée qui donnait prise au feu. Et pourtant, c’est dans un quartier récent qu’une grande tragédie frappa alors une famille hulloise.

Le soir du 23 juillet 1955, une partie de la famille Laurin s’était attardée à une soirée de fiançailles chez des parents. Étaient restés à la maison, rue Caron, sept enfants âgés de 2 à 14 ans en compagnie de leur grand-père, Ferdinand Blais, et d’un chambreur, Jacques Nault. En fin de soirée, tous dormaient : les enfants à l’étage supérieur, le grand-père dans sa chambre et le chambreur sur le divan du salon. Malheureusement, le four électrique était resté allumé, et une tranche de pain oubliée dedans prit feu.

Il faisait chaud cette nuit-Ià. Vers 2 h 30, un voisin, Claude Labelle, qui était assis sur son balcon, comme le faisaient généralement les Hullois en temps de canicule quand la chaleur du jour avait trop chauffé l’intérieur des maisons, aperçut une grande lueur venant de chez les Laurin. II crut d’abord que l’on venait d’allumer la lumière, mais alla tout de même voir de plus près. Le feu faisait rage dans la cuisine ! Labelle revint chez lui en vitesse, appela les pompiers et téléphona chez les Laurin dans l’espoir de réveiller la maisonnée. Comme personne ne répondait, il courut à la maison et vit que le chambreur venait de s’éveiller. Ahuri, ce dernier pensa tout de suite aux enfants qui dormaient à I’étage. II tenta de se rendre à leur chambre, mais les flammes l’en empêchèrent.

Arrivés sur les lieux, les pompiers réussirent à sauver d’une mort certaine le grand-père, âgé de 79 ans. Puis, ils combattirent l’incendie à l’aide de cinq puissants jets d’eau et le maîtrisèrent vers 3 h 30. Ils entrèrent ensuite dans la maison où ils firent les macabres découvertes : près de la porte du sous-sol, le cadavre de Gilles, 7 ans ; autour de la cuisinière électrique, Lise, 2 ans, et Annette, 14 ans ; dans l’escalier, Nicole,13 ans ; et dans le placard de leur chambre, Suzanne, 10 ans, Paulette, 9 ans, et Diane, 5 ans. Peut-on imaginer I’effondrement des parents à leur retour ?

Une mauvaise réputation

Cet incendie qui anéantit une partie de la famille Laurin – comme celui de la famille Larcher en 1966 – qui firent plusieurs victimes ont contribué à donner à tort une mauvaise réputation à la ville de Hull en matière de sécurité incendie.

Cette tragédie ne fut pas la dernière de 1955. À cette époque, la rue Montcalm était bordée de constructions de toutes sortes : écoles, hôtel, usines, édifices à logements, maisons, stations-service, magasins. Cette rue, qui débouchait au sud sur la rue Principale et à l’ouest sur le boulevard Saint-Joseph, était très animée, car elle reliait l’île de Hull au secteur appelé Wrightville et était située dans un quartier densément peuplé.

La nuit du 17 novembre 1955, une neige mouillée tombait abondamment sur la ville. Vers minuit quarante-cinq, le feu éclata au deuxième étage d’un immeuble à logements de trois étages, situé au 124, de la rue Montcalm. Très rapidement, le feu se propagea dans un corridor et gagna le troisième étage.

L’incendie finit par s’éteindre sous les tonnes d’eau déversées par les pompiers. L’immeuble carbonisé ne brillait plus. Ses fenêtres et ses portes béantes ressemblaient à des ouvertures de tombeaux. Puis, les cris se turent. Le ronronnement des camions à incendie et les sanglots étouffés avaient fait place à un triste silence. Au sommet d’une échelle, un pompier apparu, le corps d’une fillette morte dans ses bras. Dans la foule, une femme s’affaissa. Puis, les pompiers sortirent le corps d’un garçon, suivi de celui d’un homme. La foule retenait son souffle. Un jeune homme s’écarta brusquement. «Qu’as-tu ?», lui demanda-t-on. Il s’arrêta, les yeux hagards. «On descend le corps de mon père», répondit-il. Et il se tourna en sanglots contre le mur d’une maison voisine.

Malgré le sacrifice suprême d’un Lucien Deriger, le bilan de l’incendie était lourd : cinq morts et huit blessés. Parmi les morts : le jeune Yvon Belisle, le garçon qui avait alerté sa mère. On le trouva affaissé sur le sol, étouffé par la fumée. Outre Lucien Dériger, les autres victimes étaient Antonin Parent, son épouse Monique Côté et leur fille Diane. L’enfant, que le policier avait attrapé, était leur fils Georges, désormais orphelin. Aux funérailles des trois membres de la famille Parent, les pompiers, profondément émus, accompagnèrent les dépouilles mortelles à leur dernier repos.

Quinze morts en une année, on n’avait jamais vu cela à Hull. Mais avant que l’année 1955 prenne fin, elIe en fit encore deux autres. Cette série d’incendies mortels sans précédent poussa le maire Thomas Moncion à ordonner au service d’incendie d’être plus sévère dans les inspections des bâtiments et de mettre en œuvre une campagne de prévention. La décision du maire semble avoir porté ses fruits puisqu’au cours des six années suivantes, il n’y eut que sept décès causés par le feu, et le funeste record de l’année 1955 n’aura jamais été battu.