Philemon Wright a été le premier à s'établir en Outaouais, en 1800.

La domination de Philemon Wright

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : un pionnier de Hull.

Philemon Wright et sa famille furent les premiers à s’établir dans la région en 1800.

Sur l’emplacement du secteur Hull de Gatineau, il fonde Wright’s Town (le premier nom qu’il avait donné au village était Columbia Falls Village). De là, il se lancera dans l’industrie du bois.

Un monument a été érigé en son honneur, à l’intersection des rues Montcalm et Laurier dans le secteur Hull, le 20 juin 1950, à l’occasion du 150e anniversaire de son arrivée, qui marquait aussi le 75e d’incorporation de la cité de Hull. Une école secondaire anglophone, de même qu’une rue dans le secteur Hull, lui rendent hommage.

Né le 3 septembre 1760 à Woburn (Massachusetts, É-U), il est le fils de Thomas Wright, cultivateur, et d’Elizabeth Chandler. En 1782, il épouse Abigail Wyman, avec qui il aura neuf enfants (plus tard, il aura aussi un petit-fils du nom d’Alonzo Wright). Il est décédé le 3 juin 1839 à Hull.

Pénurie de terres

Pendant sa jeunesse, il prend parti pour les rebelles américains pendant la guerre d’indépendance. Par la suite, il devient cultivateur. En raison d’une pénurie de terres à acheter, il réalise que ses fils ne pourront jamais devenir eux-mêmes fermiers à Woburn.

Il décide donc d’aller plus au nord pour des terres propices à créer une communauté agricole. En 1797, il trouve cet endroit à l’intersection de la rivière Gatineau et de la rivière des Outaouais. En 1799, il demande alors au gouvernement du Bas-Canada de lui concéder le canton de Hull, ce qui est fait après son serment d’allégeance à la couronne.

Leader naturel qui mesurait plus de six pieds, Philemon Wright était un personnage impressionnant. Si bien qu’il a pu convaincre un groupe de colons (37 hommes, 5 femmes, 21 enfants) de quitter le Massachusetts et d’émigrer vers la vallée de l’Outaouais.

À l’aide d’un guide amérindien qui se porte volontaire, ils se rendent sur la rive ouest de la rivière Gatineau où elle rencontre la rivière des Outaouais. En 1801, Wright va construire son village au pied des chutes de la Chaudière, village plus tard nommé Wright’s Town.

En 1806, alors qu’il avait épuisé son capital et pour garder ses travailleurs occupés, Wright se lance dans la coupe du bois. Il construit alors le premier train de bois qu’il réussit à faire flotter jusqu’à Québec, exploit qui permettra à son entreprise exportatrice de bois de devenir très lucrative.

Entrepreneur, Wright devient propriétaire et spéculateur foncier. Nommé agent des terres en 1819, il est aussi engagé dans l’élevage de bétail, le commerce de l’importation et de détail, et divers autres commerces. En 1835, en plus des 57 000 acres dont lui et sa famille avaient la mainmise, Wright possédait plus de 22 000 acres dans les cantons voisins. Puissant, il avait des contacts avec tous les entrepreneurs de la région, et il était difficile de lancer une entreprise sans son appui.

Pouvoir presque absolu

Dans un texte publié dans le Dictionnaire biographique du Canada, Fernand Ouellet et Benoît Thériault rappellent la domination et le pouvoir de Philemon Wright à l’époque.

« Wright possédait un pouvoir économique si étendu qu’on doit bien y voir la source d’une domination qui imprégnait tous les aspects de l’existence des habitants du canton. Pendant 40 ans, il exerça un pouvoir presque absolu et universel dans une région qu’il avait façonnée selon ses idées et ses intérêts. Les seules personnes qui purent, jusqu’à un certain point, participer à son pouvoir furent les membres de sa famille. Parmi ses fils, Ruggles fut le seul à prendre la relève. Toutefois, il ne joua jamais un rôle comparable à celui du fondateur de Hull. »

L’unique opposition à son autorité viendra de son neveu Charles Symmes, le fondateur d’Aylmer, qui utilisera les rivalités entre les deux communautés pour mener la lutte contre l’influence et le pouvoir que Wright exerce sur les institutions locales et les partis politiques.