Laurette Larocque, alias Jean Despréz.

Jean Despréz, grande dame de théâtre et de lettres

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Jean Despréz.

La salle Jean-Despréz, située à la Maison du citoyen de Gatineau, rend hommage depuis 1994 à cette grande dame qui fut comédienne, journaliste, écrivaine et scénariste de feuilletons radiophoniques et de téléromans, ainsi que du premier grand film canadien tourné au Québec en 1944.

Jean Despréz, de son vrai nom de Laurette Larocque, est née à Hull le 1er septembre 1906. Dès son jeune âge, elle subit l’influence de ses parents en se passionnant pour le théâtre. 

Elle débute sa carrière au théâtre dans la troupe de Léonard Beaulne à Ottawa.

À l’âge de 23 ans, elle part pour Paris où elle étudie en linguistique et littérature, en histoire de l’art et des civilisations, ainsi que la mise en scène. 

Elle y épouse Oscar (Jacques) Auger, le 25 novembre 1930. 

Le couple aura un enfant, Jacqueline, née à Montréal en mai 1941. 

Le couple s’est séparé en 1943.

Dès son retour au Québec, elle fonde l’École du spectacle de Montréal avec Henri Letondal. 

À la demande du père Conrad Latour, elle met sur pied la Section d’art dramatique de l’Université d’Ottawa.

Laurette Larocque commence à écrire sous divers pseudonymes, dont ceux de Carole Richard et Suzanne Clairval. 

C’est toutefois sous le nom d’un homme, Jean Despréz, qu’elle se fait connaître.

Elle avait pris ce pseudonyme masculin « parce qu’elle avait remarqué que trop souvent, ses textes lui étaient retournés sous prétexte qu’une femme n’a pas à sortir la tête de ses chaudrons », apprend-on dans Jean Despréz : une femme de tête, de courage et de cœur, un livre de François-Xavier Simard et André La Rose, dont des extraits sont publiés par le Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais.

À partir de 1934, jusqu’à la fin de sa vie, elle sera tour à tour dramaturge, metteure en scène, courriériste, critique dramatique, polémiste, poète et auteur de romans, d’un téléroman et d’un courrier du cœur.

Elle a aussi collaboré à plusieurs journaux, notamment Radiomonde, pour lequel elle est une des principales critiques dramatiques. 

En même temps, elle débute sa carrière de comédienne et interprète plusieurs rôles importants à la radio et au théâtre.

Elle a aussi écrit et réalisé le premier long métrage canadien et premier film de langue française entièrement tourné dans la province, Le Père Chopin, dont la première a eu lieu le 19 avril 1945 au cinéma Saint-Denis, à Montréal. 

Le film prendra aussi l’affiche en France sous le titre L’oncle du Canada.

Le tournage a eu lieu pendant deux semaines, à la fin d’août 1944, dans le village de Saint-Théodore de Cherstey qui a servi de décor. 

C’est un Français d’origine russe, Charles Philipp, qui est à l’origine de la production, qui a été interrompue en France en raison de la guerre. 

Philipp a donc recruté des professionnels aux États-Unis, mais le scénario a été confié à la Québécoise Jean Despréz.

C’est à l’écriture de feuilletons radiophoniques qu’elle se fera davantage remarquer, notamment avec Jeunesse dorée qui sera diffusé pendant plus de 25 ans, soit de 1940 à 1965, et Yvan L’intrépide de 1945 à 1954.

Pendant sa carrière, elle écrit des textes pour la télévision, dont Je me souviens (1955-56), Radisson (1957-58) et Joie de vivre (1959-1963).

Féministe engagée, elle a milité avec Thérèse Casgrain pour la reconnaissance des droits des femmes.

En plus de la salle Jean-Despréz à Gatineau, une salle dans l’édifice de Radio-Canada à Montréal lui est dédiée.

Laurette Larocque, alias Jean Despréz, est décédée subitement d’une crise cardiaque à Montréal, le 27 janvier 1965, à l’âge de 58 ans.