Le boulevard Greber à Gatineau

Jacques Gréber et sa vision d’une ville propre

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : l’architecte-urbaniste français Jacques Gréber.

L’aménagement de la grande région d’Ottawa-Gatineau est encore aujourd’hui marqué par la vision de l’architecte et urbaniste français Jacques Gréber, honoré par la ville de Gatineau en donnant son nom à une des principales artères commerciales.

Né à Paris le 10 septembre 1882 (et décédé le 5 juin 1962 dans la même ville), Jacques Gréber vient d’une famille d’artistes sculpteurs et céramistes installés dans la région de Beauvais, en France.

Après avoir obtenu son diplôme d’architecte en 1909, il se dirige vers les États-Unis où il fait connaître par ses dessins le style beaux-arts apprécié des Américains à cette époque. Il intervient pour la première fois comme urbaniste en 1916 dans la ville de Philadelphie. Entre les deux Guerres mondiales, il participe à de nombreux projets marquants sur les deux continents. C’est lors des préparatifs de l’Exposition universelle de Paris de 1937 que Jacques Gréber rencontre pour la première fois le premier ministre canadien William Lyon MacKenzie-King. En 1945, ce dernier l’appelle afin qu’il participe à l’élaboration d’un plan directeur pour la capitale nationale du Canada, appelé le plan Gréber.

Élaboré en 1950, ce plan déterminera une grande partie du paysage de la région telle que nous la connaissons aujourd’hui.

M. Gréber estime que le centre-ville d’Ottawa est trop bruyant et sale et qu’il faut faire disparaître les voies ferrées longeant la rive est du canal Rideau. Les cours de triage du centre-ville sont ensuite déplacées vers le chemin Walkley, alors que les trains de passagers de la gare Union sont dirigés vers un site près du pont Hurdman. Cette décision d’éliminer les voies ferrées du CN permettra d’amorcer, sur les emprises du chemin de fer, la construction du Queensway, principale autoroute de la Capitale.

La vision de Gréber mènera aussi à l’assainissement des eaux avec la construction d’usines d’épuration à la fin des années 1950, mais aussi à un grand ménage dans le secteur des plaines LeBreton, « où les habitations étaient considérées insalubres par les autorités, en plus d’être surpeuplées », selon les archives de la ville d’Ottawa. En 1962, plus de 154 acres sont expropriées par la CCN. Ce vaste terrain restera inoccupé jusqu’à ce qu’on y construise le nouveau Musée canadien de la guerre.

Protéger l’environnement

C’est grâce aux plans de Jacques Gréber que la CCN commence l’achat de fermes en 1956 pour créer la ceinture de verdure visant à contenir la ville. Toutefois, cela n’a pas empêché les entrepreneurs de construire de nouvelles communautés à l’extérieur des limites de cette ceinture en raison de la croissance démographique de la ville dans les années qui ont suivi.

L’urbaniste Gréber s’est également penché sur le parc de la Gatineau, sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais. Dans un document d’archives de septembre 1952, il évoque sa vision du parc de la Gatineau qui influencera grandement son développement pour les années à venir. « Le développement du parc de la Gatineau, s’il devait entraîner la construction de larges promenades, d’imposants stationnements, de majestueux hôtels et de vastes zones de loisirs attirant de grandes foules, entraînerait sûrement la destruction de ce magnifique décor. C’est au contraire par le maintien de petites routes, la création de petits stationnements bien abrités, l’aménagement d’un grand nombre de zones de pique-nique, de camping et de loisirs extérieurs bien adaptées à la topographie des plus pittoresque qu’on parviendra à mettre en valeur comme il se doit la beauté et l’utilité de ce milieu », avait écrit M. Gréber.