Ezra Butler Eddy a donné son nom à une rue du centre-ville de Hull.

Ezra Butler Eddy, le roi des allumettes

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : Ezra Butler Eddy.

D’origine américaine, Ezra Butler Eddy s’est fait connaître dans la région comme le « roi des allumettes ». La rue qui porte son nom, au cœur du centre-ville du secteur Hull, non loin des installations industrielles de la compagnie E.B Eddy, vient rappeler le rôle majeur qu’il a joué dans l’histoire de l’Outaouais et en particulier de Hull.

« Contrairement à ses compatriotes déjà bien nantis à leur arrivée dans la région, Ezra Butler Eddy est l’exemple du self-made-man qui a immigré dans la région avec peu de moyens et beaucoup d’audace, de persévérance et d’opportunisme », écrit l’auteur Odette Vincent-Domey, dans le Dictionnaire biographique du Canada. Elle souligne qu’il n’existe aucune biographie documentée de M. Eddy, et le mystère sur l’homme serait en partie le résultat des incendies majeurs qui ont frappé à plusieurs reprises la compagnie Eddy.

Né le 22 août 1827 près de Bristol au Vermont, il est le fils de Samuel Eddy, un cultivateur, et de Clarissa Eastman. Il s’est marié à deux reprises, et a eu deux fils et une fille de son premier mariage. Il est décédé à Hull le 10 février 1906 à l’âge de 78 ans.

Après ses études à l’école publique de Bristol, M. Eddy a travaillé à New York comme commis de magasin. Il a ensuite tenté sa chance en affaires dans des entreprises de produits laitiers et de fabrication d’allumettes au Vermont, entre 1847 et 1854. Ses insuccès avec ses affaires expliqueraient son départ pour Hull, qu’il connaissait en raison des liens commerciaux qui unissaient l’Outaouais et Burlington, ville américaine où Eddy a travaillé.

À son arrivée à Hull, M. Eddy se lance dans la fabrication artisanale d’allumettes au soufre dans une bicoque louée de Ruggles Wright. Son entreprise a alors un caractère familial alors que Mme Eddy initie elle-même les femmes et les enfants de la région à l’emballage des allumettes à domicile. On ne peut toutefois taire les conditions de travail difficiles de ces allumettières qui ont mené plus tard à la création du premier syndicat de femmes.

Entre 1854 et 1862, les affaires d’Eddy connaissent du succès alors qu’il écoule par bateaux, via le canal Rideau des seaux en bois, des planches à laver, des épingles à linge en plus des allumettes.

C’est par la production de bois manufacturé que M. Eddy fera son entrée dans le commerce du bois. Il profite alors des difficultés des descendants de Philemon Wright à s’adapter à l’évolution du monde des affaires. Il achète des propriétés de la famille Wright, incluant plusieurs lots situés non loin des chutes Chaudières.

Au début des années 1870, il a accumulé assez d’argent pour acheter des concessions forestières. Il construit sa propre scierie près de la fabrique d’allumettes. En 1873, il possède déjà des permis de coupe sur plus de 1400 miles carrés le long des rivières Dumoine, Coulonge, Gatineau, du Lièvre et des Outaouais.

Employeur principal de Hull à l’époque où ses affaires roulaient rondement, il a aussi essayé la politique étant élu maire de la Cité de Hull à trois reprises de 1881 à 1884, en 1887 et en 1891, et comme député à Québec.

En 1882, un incendie majeur détruit presque entièrement les installations. Pratiquement acculé à la faillite, il décide quand même de reconstruire.

C’est en 1886 qu’il consolide ses intérêts pour créer une société par actions connue sous le nom de Compagnie manufacturière E. B. Eddy. Il se convertit ensuite aux pâtes et papiers. En même temps, il poursuit l’expansion de la fabrique d’allumettes. À la fin du XIXe siècle, il est considéré comme le plus important fabricant d’allumettes de tout l’Empire britannique.

Il sera l’un des seuls entrepreneurs d’importance à se remettre de l’incendie majeur du 26 avril 1900 qui détruit une partie importante des industries à Hull et Ottawa. Malgré des pertes de 3 millions $, il reconstruit dès l’année suivante avec l’argent des assurances.