Un groupe d’allumettières en grève devant les bureaux du Droit, à l’automne 1924. Le lock-out de la E.B. Eddy a défrayé les manchettes pendant plusieurs semaines, dans le journal Le Droit.

Donalda Charron, une pionnière du syndicalisme

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : la présidente syndicale Donalda Charron.

Le conflit de travail à l’usine d’allumettes de la compagnie Eddy a fait connaître le courage et la détermination des femmes qui travaillaient dans des conditions difficiles et inéquitables.

La rue Donalda-Charron, qui doit être voir le jour dans le projet Zibi, rappelle le nom de cette allumettière et syndicaliste qui fut la première femme à présider un syndicat, celui des Allumettières de la compagnie E. B. Eddy.

Donalda Charron est née en 1886 dans la paroisse Saint-François-de-Sales de Gatineau. Son père, Jérémie Charron, était un conducteur de chariot. Sa mère Amélia est décédée à 31 ans, alors que Donalda n’avait que neuf ans.

Après avoir travaillé dans une société minière à séparer des feuilles de mica, elle se retrouve à 26 ans, en 1912, chez Eddy où elle fabrique des allumettes. Promue contremaîtresse, elle supervise les allumettières.

En décembre 1919, le premier conflit de travail opposant les allumettières et la compagnie Eddy repose sur la question des doubles équipes de travail requises par l’employeur pour répondre à la demande accrue du marché.

Donalda Charron en 1912, à l’âge de 25 ans

Les allumettières, membres de la section féminine de l’Association ouvrière de Hull créée en 1918, obtiennent une première fois gain de cause en se voyant accorder des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail. Selon les archives, Mme Charron est devenue présidente de l’Union ouvrière de Hull quelque part entre 1918 et 1924.

Mais en 1924, Eddy menace de réduire les avantages et salaires consentis en 1919. Les allumettières abandonnent alors leur travail sans consulter le syndicat. Eddy riposte par un lock-out de neuf semaines.


«  En tant que femme, elle n’avait pas le droit de parler au nom des femmes. Seuls les dirigeants du syndicat – tous des hommes et tous des prêtres – pouvaient négocier.  »
Extrait des archives de la CCN

Surnommée la « gendarme du syndicat », comme le rappellent les archives de la Commission de toponymie de Gatineau, Donalda Charron prend plusieurs fois la parole lors d’assemblées publiques.

« C’est Donalda qui, en 1924, a conduit les employées vers une grève sauvage. En tant que présidente du syndicat, elle assistait aux réunions stratégiques et organisait des manifestations, des rencontres publiques et des collectes de fonds. Elle remontait le moral des femmes au piquet de grève, selon les archives de la Commission de la capitale nationale. Cependant, en tant que femme, elle n’avait pas le droit de parler au nom des femmes. Seuls les dirigeants du syndicat – tous des hommes et tous des prêtres – pouvaient négocier avec les autorités de la Compagnie d’allumettes. »

La grève a permis la reconnaissance du syndicat et le maintien des salaires et des heures de travail obtenus en 1919, sans pour autant améliorer les conditions de travail. Elle a également coûté son emploi à Donalda Charron, que la compagnie E.B. Eddy a refusé de réengager. Le syndicat lui a alors offert un emploi au siège social, mais le travail de bureau ne lui souriait pas.

Un mois après la fin de la grève, en attendant le train, elle a glissé au moment où la locomotive arrivait et a perdu une jambe. Après une longue convalescence, elle a dû porter une prothèse. Elle a travaillé comme blanchisseuse dans un hôpital, puis comme couturière à l’usine textile Woods où elle dirigea, à l’âge de 60 ans, une autre grève pour la reconnaissance du syndicat. Selon les archives de la CCN, elle est morte à 82 ans « seule et dans l’oubli » dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée de Gatineau.