Survol de l'île Kettle en avion lors des inondations de 2019

Comment l’île Kettle a sombré dans l’oubli

Chaque semaine, Le Droit vous fait découvrir un personnage qui se cache derrière le nom d’une rue, d’un parc, d’une école ou d’un édifice, l’appellation d’une ville ou d’une institution d’ici, de façon à découvrir l’histoire de la région. Aujourd’hui : l’île Kettle.

L’île Kettle, située entre Gatineau et Ottawa, est la troisième plus grande île de la rivière des Outaouais, après l’Isle-aux-Allumettes et l’Île-du-Grand-Calumet.

Le nom a été donné en raison de la proximité des Chutes de la Chaudière, qui sont en forme de bouilloire ou grand chaudron. La Commission de toponymie du Québec précise que «le terme ‘kettle’, qui signifie chaudière, serait une traduction de l’algonquin Asticou».

Dans les années 1800, les Algonquins louent plusieurs îles de l’Outaouais et y perçoivent un loyer. Ils louaient ainsi l’île Kettle à Eleazor Gibson en 1818. Toutefois, le gouverneur Dalhousie estimait que «les baux des Indiens ne valaient rien et que Gibson ne serait pas empêché de jouir des terres», peut-on lire dans un document intitulé Vivre sur l’île Kettle, écrit par Karine Maisonneuve, du Département d’histoire de l’Université d’Ottawa.

Malgré de nombreuses pétitions, les Algonquins ne réussirent pas à faire reconnaître la promesse que leur aurait fait l’ancien gouverneur Carleton, dans les années 1770, à l’effet que les îles de l’Outaouais leur reviendraient. En 1839, le gouverneur Colborne déclare par décret que le bail des Algonquins à l’île Kettle est «nul et sans effet».

En 1839, James Philips et sa femme Marie Van House, s’y établissent. En 1871, les familles Philips, Sauvé, Laramée, Sabourin, Hurd, Papin, Lafontaine, pour n’en nommer que quelques-unes habitaient sur l’île, et y cultivaient la pomme de terre et le pois. La plupart des insulaires possédaient un cheval, quelques vaches et des cochons. En 1911, huit familles y habitaient toujours.

En 1912, un parc d’attraction, le Parc Belle-Ile, est inaugurée sur la pointe ouest de l’île. Selon un journal de l’époque, on y retrouvait un carrousel, des montagnes russes, une galerie de tirs, un théâtre, des balançoires, des aires de pique-nique, un champ de baseball ainsi qu’une salle de danse, une salle de spectacle et une salle de rafraichissement.

Moyennant la somme de 10 cents, le Quinte Queen, un bateau à vapeur d’une capacité de 700 personnes, assurait la navette entre l’île et un quai situé sur la rue Sussex du côté d’Ottawa.

Contrairement à la rive nord où se trouvait la plupart des pionniers, la rive sud était plutôt réservée à la villégiature. Quelques chalets auraient été démolis au début des années 1960. L’été, l’île attirait de nombreux visiteurs sur les plages sablonneuses. Des courses de bateaux et des concours d’équilibre sur billots de bois y étaient organisés.

Au début des années 1960, l’île sombre dans l’oubli avec la construction du barrage de Carillon qui élève le niveau de la rivière d’environ deux mètres.

L’île Kettle, qui s’étend sur 185 hectares, a depuis 2013 le statut de réserve naturelle en terre privée. Presque entièrement couverte de forêts humides, elle abrite notamment une érablière argentée, des peuplements de tilleuls d’Amérique et de micocouliers occidentaux, une espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable au Québec.

Depuis 2007, Conservation de la nature Canada est propriétaire de 98 % de la surface de l’île à la suite d’un don de terre effectué grâce au Programme des dons écologiques du Canada qui reconnaît ainsi la propriété comme écosensible, c’est-à-dire abritant des milieux qui pourraient contribuer de façon importante à la conservation de la biodiversité et du patrimoine naturel du Canada.

L’île est accessible à des fins scientifiques et soumise à plusieurs restrictions. Il est ainsi interdit d’y camper, d’y faire des feux de camps d’y récolter des plantes, des fleurs, des champignons, des fruits ou du bois mort ou d’y couper des arbres ou même d’y amener des animaux domestiques. On ne peut y laisser des déchets et y ériger des infrastructures. L’utilisation d’engrais, de pesticides et de phytocides y est interdite.

Même si l’accès public y est complètement interdit, la présence de plaisanciers sur la pointe Duval (ouest de l’île) est tolérée, selon le document de la CNC.