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Une plaque commémorative rappelle maintenant le patrimoine hydrothermal de Carlsbad Springs.
Une plaque commémorative rappelle maintenant le patrimoine hydrothermal de Carlsbad Springs.

Carlsbad Springs, la station thermale de la région de la capitale

Michel Prévost
Michel Prévost
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Eastman’s Springs, qui devient Carlsbad Springs en 1902, en l’honneur de la célèbre station thermale de la Bohême, en Europe, doit sa renommée, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, à ses sources d’eau minérale aux propriétés curatives et à ses divertissements. Bien que la ville d’eaux ne connaisse jamais une renommée internationale comme Caledonia Springs, dans les Comtés unis de Prescott et Russell, elle reçoit pendant plusieurs décennies des curistes et des visiteurs de la région de la capitale.

Les sources sulfureuses et salines de Carlsbad Springs sont découvertes au sud-est d’Ottawa dans les années 1860. En 1867, Danny Eastman y construit un premier hôtel et l’endroit prend le nom de Eastman’s Springs.

En 1870, Eastman vend son domaine de 40 acres à la Dominion Springs Compagny qui remplace la première construction par le Dominion Hotel. L’établissement peut accueillir une cinquantaine de visiteurs. Il possède cinq salles pour les bains hydrothermaux pour hommes et deux pour les femmes, ce qui indique que la clientèle masculine s’avère plus nombreuse que celle qui est féminine.

Les médecins recommandent les bains hydrothermaux chauds ou froids de la station pour le traitement de la peau, du foie et des reins. On accorde aussi des vertus curatives à ces eaux pour le soulagement du rhumatisme et des troubles digestifs.

Une clientèle régionale 

Des listes de résidents du Dominion Hotel publiées à l’été 1876 dans l’Ottawa Free Press démontrent que la clientèle vient surtout de la région de la capitale, particulièrement d’Ottawa, Hull et Aylmer, et qu’elle est presque exclusivement anglophone. À la fin de juillet 1876, 200 visiteurs prennent les eaux à Eastman Springs. Sir John A. Macdonald, le premier ministre canadien, est le plus célèbre visiteur du centre de villégiature.

En 1877, le feu détruit l’hôtel, mais le nouveau propriétaire, James Boyd, reconstruit immédiatement un établissement plus spacieux en brique, qui sera à son tour incendié en 1908. Un nouvel hôtel en bois de trois étages, le Carlsbad Springs, ouvre ses portes en 1909. Les clients peuvent se soigner ou se détendre dans de grandes baignoires remplies d’eau de source.

Les divertissements

Carlsbad Springs offre des divertissements à ses curistes, notamment une salle de quilles et de billard, auxquels s’ajoutent l’équitation, le tir à l’arc, le tennis et le croquet. Le propriétaire embellit les abords des sources et aménage des sentiers pour les promenades. De plus, on trouve en face de l’hôtel un jardin avec des pavillons de repos. On y organise aussi des courses de chevaux, une activité très populaire. De plus, on construit en 1896, le Boyd Hall, considéré comme l’une des plus spectaculaires salles de bal de la région.

Il ne faut pas croire que les loisirs sont incompatibles avec une cure de santé. Au contraire, l’exercice et le grand air font partie intégrante de la cure. Par ailleurs, plusieurs visiteurs accompagnent les malades et sont disposés à s’amuser et à se détendre dans un lieu bien aménagé.

Carlsbad Springs exploite aussi commercialement ses eaux minérales. Au début du siècle, Boyd embouteille 50 000 gallons. En fait, au début des années 1900, la qualité de l’eau potable est souvent critique dans les grandes villes, particulièrement à Ottawa. Les citadins, qui ont les moyens de le faire, préfèrent acheter de l’eau embouteillée.

Le déclin

Après 1910, on assiste à une amélioration notable des aqueducs dans les grandes villes et les consommateurs délaissent l’eau de source. Très rapidement, la production d’eau minérale à Carlsbad Springs décline passant de 16 000 gallons en 1916 à seulement 1 500 en 1920. Après, la production d’eau cesse totalement.

Par ailleurs, avec les avancées de la médecine moderne, la station thermale s’avère de moins en moins en vogue. En réalité, le thermalisme, tant en Ontario qu’au Québec, n’a plus la cote et les voyageurs cherchent des lieux plus enchanteurs le long des cours d’eau et dans les montagnes.

En 1948, un incendie détruit les hôtels Tenenbaum et Esptein. Compte tenu du déclin, ils ne sont pas reconstruits. Seul Russell Boyd, le fils de James, continue à exploiter l’hôtel familial en y servant des repas diététiques. L’établissement ferme ses portes en 1968 et il est démoli en 1985.

Dans les années 1960 et 1970, l’élargissement du chemin Russell et la construction d’un pont rendent le terrain des sources méconnaissable. Carlsbad Springs sombre dans l’oubli et presque plus rien ne rappelle que les curistes et les visiteurs de la région venaient y prendre les eaux et se divertir.

Heureusement, la restauration en 1996 du dernier pavillon thermal datant des années 1910, le dévoilement d’une plaque commémorative de la Fiducie du patrimoine ontarien en 1997 et l’installation de panneaux d’interprétation rappellent maintenant le patrimoine hydrothermal du site oublié.