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Richard Boivin et Germaine Choquette ont occupé l’appartement du Bain Champagne pendant près de 40 ans et y ont eu deux filles, Madeleine et Lucille. Les Boivin occupent l’appartement du Bain Champagne jusqu’à la retraite de M. Boivin, le 31 décembre 1969.
Richard Boivin et Germaine Choquette ont occupé l’appartement du Bain Champagne pendant près de 40 ans et y ont eu deux filles, Madeleine et Lucille. Les Boivin occupent l’appartement du Bain Champagne jusqu’à la retraite de M. Boivin, le 31 décembre 1969.

Après 100 ans, le Bain Champagne fait toujours des vagues (2e partie)

Michel Prévost
Michel Prévost
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / La capsule de notre histoire publiée le 13 mars 2021 a fait beaucoup réagir nos lecteurs et lectrices. En fait, nous avons reçu près d’une centaine de commentaires à la suite de notre survol historique du Bain Champagne. Rappelons qu’il y a un siècle, la Ville d’Ottawa commençait sa construction. À l’époque, les élus veulent donner accès à des douches et à une piscine publique aux classes défavorisées de la Basse-Ville, alors habitée par un grand nombre de familles canadiennes-françaises. Le bâtiment porte le nom de Napoléon Champagne, le maire d’Ottawa qui procède à son inauguration officielle en 1924.

À LIRE AUSSI : Après 100 ans, le Bain Champagne fait toujours des vagues (première partie)

Un bain public apprécié

Les témoignages révèlent que le bain public évoque de très bons souvenirs aux jeunes de la Basse-Ville d’Ottawa, mais aussi de Hull, puisque certains prenaient l’autobus pour traverser la rivière des Outaouais afin de profiter de la grande piscine municipale. Il est aussi intéressant d’apprendre que les classes des écoles primaires environnantes s’y rendaient pour y apprendre à nager. Il en sera de même pour les étudiants de l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa créée en 1949, sous le nom d’Institut d’éducation physique.

Par ailleurs, certains se rappellent qu’ils devaient payer afin de louer un casier et pour utiliser la piscine. Ils ajoutent toutefois que les frais étaient peu élevés, soit cinq ou dix sous selon les époques.

Un appartement de fonction

De tous les témoignages reçus, celui d’Yvon Dubé, d’Ottawa, gendre de Richard Boivin et de Germaine Choquette, s’avère le plus surprenant. En effet, de l’ouverture du Bain Champagne jusqu’au début des années 1970, un appartement de fonction est réservé au gérant du Bain Champagne et à sa famille.

Un premier gérant occupe le logement du Bain Champagne, mais il est remplacé en 1931 par Richard Boivin. Sa femme, Germaine Choquette, s’occupe des heures de bains des femmes. Les deux instructeurs-surveillants sont des fonctionnaires de la Ville d’Ottawa. À titre de gestionnaire, Richard Boivin s’occupe de tout ce qui a trait au bon fonctionnement des installations et du bâtiment, en plus de diriger le personnel.

Selon les propos de l’entraîneur de natation, le couple aime beaucoup son travail au Bain Champagne. En effet, M. Boivin déclare dans une entrevue au Droit : « Notre occupation nous permet d’être heureux… comme des poissons dans l’eau. » Son grand dévouement est d’ailleurs reconnu en 1967, lorsqu’il reçoit la Médaille du centenaire de la Confédération canadienne pour services précieux rendus au Canada.

Les Boivin occupent l’appartement jusqu’au départ à la retraite de M. Boivin, le 31 décembre 1969. Le couple occupe les lieux pendant près de 40 ans et aura deux filles, Madeleine et Lucille. Fait intéressant, Madeleine, la femme d’Yvon Dubé, est née le 8 juillet 1933 dans le logement du Bain Champagne.

Pendant longtemps, les Boivin ne payent pas de loyer, car ce dernier fait partie des avantages sociaux liés au poste. Il faut savoir qu’au début, M. Boivin travaille 18 heures par jour. Les Boivin doivent toutefois payer un loyer à la Ville d’Ottawa au cours des dernières années.

Selon Yvon Dubé, l’appartement est grand et bien aménagé. Il comprend une cuisinette, une salle à manger, un salon, une salle de bain et trois chambres à coucher. Les locataires doivent toutefois meubler les pièces.

Après le départ du couple Boivin, Charles Charette prend la relève comme gérant de l’immeuble et occupe le lieu pendant encore quelques années. Dans les années 1970, la direction transforme le logement en gymnase. Aujourd’hui, les utilisateurs des installations ne se doutent pas que, pendant presque quatre décennies, une famille franco-ontarienne occupait les lieux.

Petite anecdote fort intéressante : dans les années 1950, Richard Boivin installe un reposoir de fleurs et de drapeaux dans le grand escalier du Bain Champagne pour souligner la Fête-Dieu, une célébration printanière très importante pour les catholiques. À l’époque, les paroissiens organisent des processions qui s’arrêtent devant des reposoirs bien décorés. Une telle manifestation religieuse à l’entrée d’un bâtiment municipal est impensable de nos jours. Néanmoins, cette activité démontre bien à quel point la famille Boivin se sent chez elle au Bain Champagne.

En somme, il s’avère fascinant d’apprendre qu’une famille a vécu pendant une quarantaine d’années dans un logement au Bain Champagne. Je remercie sincèrement M. Dubé d’avoir partagé ses souvenirs et sa fille, Monic Dubé, de m’avoir contacté à la suite de ma première capsule de notre histoire. Sans ce précieux témoignage, un volet fascinant de l’histoire du Bain Champagne serait resté dans l’ombre.

Parc Eugène-Martineau

Dans ma dernière capsule sur Eugène Martineau, j’ai oublié de noter qu’un parc dans le quartier Rideau-Rockcliffe porte aussi, depuis 2018, le nom du premier maire francophone d’Ottawa.

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