Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Inauguré le 11 juin 1905, l’Institut colonial Saint-Alexandre deviendra sept ans plus tard le Collège apostolique Saint-Alexandre.
Inauguré le 11 juin 1905, l’Institut colonial Saint-Alexandre deviendra sept ans plus tard le Collège apostolique Saint-Alexandre.

Amicie Piou Lebaudy, femme de cœur

Raymond Ouimet
Collaboration spéciale
Article réservé aux abonnés
CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / Une rue de Gatineau porte son nom, mais bien peu de gens connaissent l’histoire de cette femme de cœur, bienfaitrice du collège Saint-Alexandre.

Née le 27 juillet 1847 à Lyon (France), du mariage de Constance Piou et de Palmyre Le Dall de Kéréon, Marguerite Amicie Piou est issue d’une famille de la grande bourgeoisie provinciale française. Le 13 décembre 1865, à Toulouse, elle épouse le riche financier Jules Lebaudy et monte à Paris où elle tient salon fréquenté par les grandes familles catholiques.

À la suite de l’effondrement de la banque catholique Union générale en 1882, causé en partie par les manipulations boursières de son mari, Amicie prend conscience, devant son salon déserté, que son mari est un coquin. Elle considère que l’argent de sa fortune est sale. Il lui est pourtant légué à la mort de son mari survenue en 1892. Elle vend alors son logement et s’installe dans un petit deux-pièces dans le quartier Saint-Lazare. Peu de temps après, elle décide de s’investir dans les œuvres sociales. Le 4 mai 1897, à Paris, l’incendie du Bazar de la charité fait pas moins de 136 morts, dont 126 femmes et 10 hommes. Parmi ces femmes, il y a la duchesse d’Alençon (1847-1897), sœur de Sissi, impératrice de l’Autriche. En 1898, le journal Le Figaro lance une campagne de souscription pour venir en aide aux familles des malheureuses victimes qui ne faisaient pas toutes partie de l’aristocratie parisienne. Or, un jour, le journal reçoit en un seul versement une souscription de 937 438 francs ! Mais qui est ce souscripteur anonyme capable de donner presque un million de francs se demandent les Parisiens ? Le journal La Libre Parole révélera son nom : Amicie Piou, veuve Lebaudy.

Marguerite Amicie Piou hérite de la fortune de son mari en 1892. Considérant qu’il s’agit d’argent sale, elle l’utilisera au profit des moins bien nantis.

Dans la plus grande discrétion, elle finance la fondation du Groupe des Maisons ouvrières (GMO) en 1899, future Fondation de Madame Jules Lebaudy, dont elle reste inconnue de celui-ci jusqu’au lendemain de sa mort (seul le président du Groupe recevait d’elle, directement de main à main et sans reçu, les sommes nécessaires à l’achat des terrains et à la construction de ces groupes d’immeubles). Le GMO s’occupe de construire des immeubles salubres pour les ouvriers et à bon marché en vue de leur location à des personnes n’ayant pas de maison, notamment, des ouvriers ou employés vivant de leur salaire à Paris ou en banlieue parisienne et la construction de l’hôpital de l’Institut Pasteur. Elle aura été l’une des pionnières du logement social. Sa fondation loge aujourd’hui plus de 6 500 personnes.

Amicie Piou deviendra l’insigne bienfaitrice du Collège Saint-Alexandre de Gatineau. Cette femme, dont on n’a pas réussi à percer le mystère, aura été d’une générosité exemplaire en donnant à Mgr Alexandre Le Roy la somme de 200 000 $ pour l’achat d’une propriété et l’établissement d’une école d’agriculture au Québec. Et c’est en sa présence que l’Institut colonial Saint-Alexandre sera inauguré le 11 juin 1905. Sept ans plus tard, la Congrégation des Pères du Saint-Esprit fondera le Collège apostolique Saint-Alexandre, incorporé en 1914 en vertu des statuts de la province de Québec. Affilié à l’Université Laval et considéré comme l’un des meilleurs collèges classiques au Québec jusqu’en 1967, le Collège est alors devenu un établissement d’enseignement secondaire privé.

Amicie Piou veuve Lebaudy est décédée à Paris le 3 mai 1917.