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La renommée d’Albert Demers s’est rendue jusqu’aux oreilles d’Al Capone (photo), qui possédait un pavillon de chasse et pêche non loin de Rapides-des-Joachims.
La renommée d’Albert Demers s’est rendue jusqu’aux oreilles d’Al Capone (photo), qui possédait un pavillon de chasse et pêche non loin de Rapides-des-Joachims.

Albert Demers, l'artiste pontissois qui connaissait Al Capone

Raymond Ouimet
Collaboration spéciale
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CAPSULE DE NOTRE HISTOIRE / L’Outaouais regorge d’artistes de toutes sortes. Souvent méconnus ici, ils font souvent un tabac ailleurs au pays ou dans le monde. C’est le cas d’Albert Demers, un personnage à la vie étonnante, originaire de l’Isle-aux-Allumettes dans le Pontiac.

Albert Demers naît le 12 avril 1910 à Demers Centre, un petit hameau situé au cœur de l’Isle-aux-Allumettes, soit à environ 150 kilomètres de Gatineau. La famille Demers est l’une des premières familles francophones à s’établir à l’Isle-aux-Allumettes dès le début des années 1830. Plus tard, un certain Moïse Demers est devenu maître de poste et c’est comme ça que le lieu a pris de nom de Demers Centre.

Issu d’une famille qui subsiste grâce aux ressources offertes par la forêt, Albert commence tôt à dessiner dans un calepin ours, chevreuils, orignaux, bref tous les animaux sauvages qu’il voit. Vers l’âge de 9 ans, il s’amuse à sculpter des figurines d’animaux et même de personnages. Ses outils se limitent à un rasoir droit. Mais l’enfant a du talent. Ainsi, quand il accompagne son père au marché de Pembroke (Ontario), il réussit à y vendre plusieurs de ses œuvres. Il lui arrive même de rapporter à la maison de 15 à 20 dollars, une somme considérable à cette époque. À l’adolescence, des gens aisés de Pembroke l’embauchent pour peindre des scènes sur les murs de leur maison. De plus en plus de touristes, qui fréquentent les forêts giboyeuses de l’Outaouais, lui achètent des œuvres comme souvenirs.

Œuvre en bois peint réalisée par Albert Demers (date inconnue)

Un client célèbre : Al Capone

Sa réputation s’étendra soudainement un matin de 1930 quand une grosse Oldsmobile noire arrive chez lui, à Desjardinsville, un hameau de l’Isle-aux-Allumettes où un traversier interprovincial relie les insulaires à la ville de Pembroke. Deux gorilles sortent de la grosse voiture noire, armes cachées sous le manteau, et l’apostrophent en lui disant que leur patron veut le rencontrer. Le peintre, qui n’a pas le choix d’accepter une invitation aussi insistante, monte dans la luxueuse automobile où on lui bande les yeux. L’Oldsmobile s’arrête longtemps plus tard, dans un lieu situé à une centaine de kilomètres de l’île aux Allumettes, près des Rapides-des-Joachims. Enfin, on lui débande les yeux. Devant lui, un homme puissant, que toutes les polices d’Amérique du Nord aimeraient bien mettre à l’ombre pour le reste de ses jours : Alphonso Caponi dit Al Capone !

Capone possédait un pavillon de chasse et pêche non loin de Rapides-des-Joachims et avait entendu parler des talents d’Albert Demers. Il demande, sinon commande au Pontissois de peindre des scènes sur les murs de sa résidence de Chicago. Le jeune peintre, qui tremble dans ses culottes, demande un semblant de rétribution : 100 dollars. Capone réplique en lui offrant… 10 000 dollars ! À Chicago, Albert décorera deux salles sous la garde d’hommes armés.

Albert Demers ne s’établira pas aux États-Unis et continuera à vivre à l’Île-aux-Allumettes. En 1940, il épouse une jeune femme de Hull, une certaine Jeanne Dupuis, après avoir passé l’hiver à la maison des célèbres acteurs américains Clark Gable et Carole Lombard où il a peint des scènes murales. Puis il s’installe dans la région de Montréal (Saint-Timothée de Beauharnois et Saint-Zotique) où il peint et fait de la sculpture sur bois. Il vend ses œuvres aux magasins Dupuis Frères et Simpson de Montréal. En 1945, l’archevêque d’Ottawa, Mgr Alexandre Vachon, lui commande des statues de la Vierge et un groupe d’anges pour le congrès marial. Puis, le peintre s’installe à Chomedey (Laval) où il terminera ses jours.

Albert Demers n’oubliera jamais l’Outaouais : il passe tous ses étés, avec sa femme et ses trois enfants, à son chalet du lac Jim, situé au nord de Waltham, sur la rivière Noire. Il meurt le 29 mars 1989 à Laval, et laissé derrière lui une œuvre exceptionnelle et abondante, disséminée un peu partout dans le monde.