Sylvain St-Laurent
Barett Hayton et Alexis Lafreniere
Barett Hayton et Alexis Lafreniere

Notre Alexis, votre Alexis...

CHRONIQUE / Au début, c’était juste une blague.

Le collègue François Gagnon, a décidé que la saison du Canadien de Montréal est gâchée. La défaite subie à Détroit, mardi soir, a été, pour lui, la goutte qui a fait déborder le vase.

Le CH doit oublier les séries et miser sur Alexis, a-t-il écrit, dans sa chronique qui a été diffusée sur toutes les plateformes numériques de RDS.

Quand j’ai vu passer ça, mercredi matin, je me suis faussement insurgé sur Twitter.

Minute, chose! Tu peux pas débarquer, comme ça, et décider qu’Alexis vous appartient. Y’a des équipes qui travaillent très fort, depuis plusieurs mois, pour mettre toutes les chances de leur côté d’obtenir le premier choix au prochain repêchage!

Mon tweet est devenu viral. Les partisans des Sénateurs d’Ottawa ont rigolé. Ceux de Montréal aussi. Presque tout le monde a saisi le deuxième degré. C’est plutôt rare, ça, dans le monde des micromessages lancés dans les réseaux sociaux.

On peut quand même s’en parler de façon – un peu – sérieuse, maintenant.

J’ai comme un peu l’impression que la loterie du repêchage deviendra un sujet récurrent, dans cette chronique, durant les quatre prochains mois.

Marc Bergevin s’est entretenu avec des journalistes de L’Athlétique, quelques heures avant le début de la saison. Cette entrevue me revient à l’esprit parce qu’il avait fait une belle confidence à mes collègues.

Avant d’accepter le gros poste de directeur général, à Montréal, Bergevin faisait partie de l’équipe de direction des Blackhawks de Chicago. Il a donc participé à la construction de cette super équipe qui a remporté la coupe Stanley à trois occasions, entre 2010 et 2015.

Et vous savez ce qu’il a dit, à ce sujet?

Les Hawks ont gagné trois fois la coupe parce qu’ils ont été chanceux.

Ils ont été chanceux de gagner la loterie du repêchage, en 2007. Ils ont été chanceux de ne pas la gagner, un an plus tôt, en 2006.

En 2007, les Hawks devaient avoir le cinquième choix, au total. Parce que le boulier a craché les bonnes boules, ils ont hérité du premier choix, qu’ils ont utilisé pour sélectionner Patrick Kane.

En 2006, si les Hawks avaient gagné la loterie, ils auraient repêché Erik Johnson. Ce défenseur honnête, qui n’est pas devenu une superstar, figurait au tout premier rang, sur leur liste.

Au troisième rang, ils ont été obligés de se contenter d’un prix de consolation, un certain Jonathan Toews...

Chaque année, les équipes qui ont la chance de lancer le repêchage misent sur le talent brut. Elles n’ont pas vraiment le choix. Leurs dirigeants se croisent les doigts, espérant tomber sur des jeunes hommes qui auront la maturité, la volonté et le courage nécessaires pour que le talent se développe au plus haut niveau.

Alexis Lafrenière semble taillé dans le même moule que Jonathan Toews et Patrick Kane. On le savait déjà très talentueux. Il n’a pas récolté 70 points à ses 32 premiers matches de la saison, dans la LHJMQ, par accident.

Au Championnat mondial junior, il a prouvé qu’il était capable de bien paraître sous pression. Il a été capable de bien paraître, malgré une blessure à un genou.

Pour ce qui est de sa capacité à jouer un rôle de leader, en dehors de la patinoire, je vais me contenter de vous réchauffer une déclaration livrée par son entraîneur André Tourigny, en début de semaine.

«Il est toujours souriant, ce gars-là. Il parle avec tout le monde. Il a du plaisir. Il taquine les autres. Tout ça, c’est contagieux.»

En plus de tout ça, Lafrenière est francophone.

Les clubs de la LNH ne pourraient pas choisir une meilleure année pour rater les séries.