Le record de visionnements revient à la fameuse vidéo de la palourde royale, de l’émission Des kiwis et des hommes, classique des classiques dans la catégorie des fous rires.

Nostalgie à dose quotidienne

CHRONIQUE / Nous sommes en 1957, dans un studio de conditionnement physique, tenu par un jeune homme qui semble à peine pubère, qui roule ses «r». Tout le monde dans le gym ne porte qu’un très petit maillot, genre Speedo, rien d’autre. Sauf le journaliste, Jean Ducharme, qui se lance: «Comment ça vous est venu l’idée de […] vous pomper tous ensemble?»

On croit avoir tout vu et entendu, mais ce n’est pas fini. «Le bench press a pour fonction d’ouvrir l’estomac», ajoute-t-il candidement. La caméra s’arrête ensuite sur un des «hommes forts» qui pédale dans le vide, chaussé de «souliers de fer», parce qu’«il a une jambe plus petite que l’autre».

L’extrait, tiré de l’émission Carrefour, est l’un des plus surréalistes — mais franchement drôles! — des dernières semaines, sur la page Facebook @ArchivesRadioCanada, un divertissement quotidien qui suscite la fascination. Radio-Canada dispose d’une voûte d’archives dont aucun autre diffuseur ne peut se vanter. Et heureusement, il nous en fait profiter chaque jour, sur son site, ici.radio-canada.ca/archives, et sur la page Facebook, active depuis 2014, qui regorge d’extraits savoureux, drôles, parfois plus dramatiques, la plupart du temps sérieux. Et souvent sans vedettes. L’arrivée du Commodore 64 y côtoie les recettes de Jehane Benoît et les dalots de L’heure des quilles.

Coordonnatrice du service à la clientèle et valorisation de la Médiathèque et archives de Radio-Canada, Amapola Alares constate que le vintage, tout ce qui est rétro, a la cote. Et contrairement à la croyance populaire qui veut que Radio-Canada ait sacrifié l’essentiel de son passé, la quantité d’images disponibles est pharaonique. «On a l’embarras du choix quand on veut mettre quelque chose en valeur», me dit-elle. Parmi ce qui titille le plus les amateurs : les vieux vox pop, les moments cultes de la télévision, les personnages jeunesse.

L’intention n’est pas de ridiculiser, mais de constater le décalage de certains propos, précise Amapola Alares. «Ça montre qu’on a changé, des fois pour le mieux, des fois pour le pire. Dans 30 ans, le look qu’on a aujourd’hui va faire autant rire que les anciens qu’on voit actuellement.»

L’une des vidéos les plus consultées, plus d’un million de fois, reprenait des images de la tempête du siècle. Mais pas besoin de chercher aussi loin : le record de visionnements revient à la fameuse vidéo de la palourde royale, tirée de l’émission Des kiwis et des hommes, classique des classiques dans la catégorie des fous rires. «C’est le moment culte. On a beau le revoir 10 fois, on trouve ça encore drôle.»

En décembre, pour souligner le 10e anniversaire de Régis Labeaume à la mairie, on a ressorti des boules à mites une entrevue qu’il accordait en 1986. On y voit un jeune Labeaume, quasi méconnaissable, généreusement moustachu, à la chevelure gonflée et portant des lunettes gigantesques.

En décembre, pour souligner le 10e anniversaire de Régis Labeaume à la mairie, on a ressorti des boules à mites une entrevue qu’il accordait en 1986, alors président de la société minière Mazarin. Un tout jeune Labeaume, quasi méconnaissable, généreusement moustachu, à la chevelure gonflée et portant des lunettes gigantesques. Allez voir, c’est fabuleux.

Au décès d’un grand personnage, le public adore revoir dans une rare entrevue, comme ce fut le cas pour Johnny Hallyday, Leonard Cohen, et plus récemment, France Gall, en fausse conversation téléphonique avec Mariette Lévesque au Club des jnobs en 1965. L’hommage posthume à Patrick Bourgeois, bombardé de questions à La bande des six, était peut-être moins approprié.

Inutile de demander à la section des archives de déposer sur son site ou sur sa page Facebook un épisode complet de Fanfreluche ou un téléthéâtre des Beaux dimanches. «On n’est pas une plateforme de rediffusion, c’est plutôt une vitrine pour montrer des extraits. De toute façon, ça nous coûterait vraiment trop cher», explique-t-elle. Le secteur a un petit budget pour payer certains droits, mais seulement lorsque c’est absolument nécessaire.

Il faut le dire, l’équipe de Mme Alares accomplit un travail de recherche admirable et sait dénicher des bijoux d’extraits. Bien sûr, il y a les incontournables comme Expo 67, la crise du verglas, le pont de Québec. Et des raretés, comme une entrevue de 1998 où Jean-Marc Vallée parle de ses ambitions d’une carrière américaine. Ou un jeune François Legault à la fondation d’Air Transat en 1987. Et cet autre de Femme d’aujourd’hui en 1968, où un chef prépare pour le réveillon un poussin farci aux morilles. «Un poussin par convive», précise l’intervieweuse, Lise Watier, qui s’en délecte.

À l’heure où tous les médias se doivent de freiner l’exode des jeunes vers d’autres plateformes, la page des Archives de Radio-Canada n’apparaît pas comme le meilleur moyen de les garder. Vraiment? Relayées sur les réseaux sociaux, les vidéos d’archives finissent par toucher un public bien plus large que celui des baby-boomers qui s’ennuient de leur enfance.

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Vidéotron largue AMC

La chaîne AMC, qui relaie au Canada les séries The Walking Dead et Better Call Saul, ne fera bientôt plus partie de l’offre de Vidéotron à ses abonnés. Un désaccord sur les redevances d’abonnement et une diminution du nombre d’abonnés sont à l’origine de cette décision, effective le 12 février. «Comme nous opérons dans un marché régional et non national, il est difficile pour Vidéotron d’accéder aux nombreuses demandes et exigences financières d’AMC», fait savoir l’entreprise. La chaîne avait été réclamée durant longtemps par les abonnés de Vidéotron avant d’être ajoutée au service en 2013. De son côté, Bell confirme vouloir continuer à offrir la chaîne à sa clientèle.