Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Donald Trump et Justin Trudeau lors d'une rencontre de l'OTAN en décembre dernier
Donald Trump et Justin Trudeau lors d'une rencontre de l'OTAN en décembre dernier

Nos politiciens et les élections américaines

CHRONIQUE / En entrevue à l’émission Première heure, à la radio de Radio-Canada, début octobre, le premier ministre Justin Trudeau a dit espérer que le résultat des élections aux États-Unis soit «clair» et entraîne «le moins de chaos possible par la suite».

Il ne s’est pas mouillé bien davantage depuis, même si on peut croire que sa préférence va au démocrate Joe Biden.

Il aurait bien des raisons personnelles de souhaiter la défaite de Donald Trump. Ne rappelons que celle-ci : dans les heures ayant suivi le G7 de Charlevoix, en juin 2018, le président américain, après avoir renié le communiqué final du groupe, l’avait traité de «malhonnête» et de «faible».

Mais c’est surtout que Justin Trudeau partage une série de valeurs avec le candidat démocrate. Sans compter l’autre ton qui serait donné aux relations canado-américaines avec un Joe Biden à la présidence.

Quoi qu’il en soit, à titre de chef du gouvernement canadien, Justin Trudeau ne pouvait pas aller plus loin que de souhaiter un résultat sans chaos, ainsi que de reconnaître, comme lundi, à la radio Énergie 98,9, que «oui, s’il y a un changement, il y a des choses qui vont être peut-être moins difficiles; par rapport à l’environnement, par exemple» — avant de s’empresser d’ajouter qu’«il va toujours y avoir différents enjeux qu’il va falloir gérer» peu importe le vainqueur, comme pour que l’on comprenne bien qu’il ne prenait pas position...

Hillary Clinton!

De ce côté-ci de la frontière, quelqu’un s’était risqué à aller beaucoup plus loin que lui lors de la précédente élection présidentielle américaine, en 2016. L’enjeu n’était pas le même, puisqu’il s’agissait d’un premier ministre d’une province. Mais Philippe Couillard s’était avancé aussi loin que de souhaiter publiquement que Hillary Clinton succède à Barack Obama.

Il était sorti de la réserve qu’observent habituellement ceux qui occupent des fonctions semblables à la sienne. «Si on a le choix entre les deux, si c’est nous qui décidions; oui», avait directement et clairement répondu M. Couillard à une question portant sur le fait qu’il semblait préférer la candidate Clinton à Donald Trump.

Alors chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée avait été encore plus direct. Il avait carrément expliqué les raisons de son soutien à Hillary Clinton : «Elle représente la compétence», «elle est prévisible».

Sans soutenir qui que ce soit, le chef caquiste François Legault avait évoqué la possibilité de l’élection de Donald Trump pour tenter de convaincre le gouvernement Couillard de la nécessité d’étoffer son projet de loi sur la neutralité religieuse. «Je pense que ça devient urgent d’encadrer l’immigration, d’encadrer les tests à l’entrée, d’encadrer les signes religieux chez les personnes en autorité, de bien intégrer. Tant qu’on n’aura pas mis ce cadre, il y aura un risque qu’il y ait de l’abus, de dérapage à la Donald Trump», avait-il affirmé.

Couillard avait eu chaud

Son souhait public en faveur de Mme Clinton prononcé, le premier ministre Philippe Couillard s’en était-il mordu les doigts?

Comme s’il avait voulu se racheter, la ministre des Relations internationales du Québec d’alors, Christine St-Pierre, avait été dépêchée à Washington pour la cérémonie d’investiture de Donald Trump à titre de 45e président des États-Unis.

C’était la première fois que le Québec dépêchait quelqu’un de rang ministériel lors d’un tel événement.

Mme St-Pierre n’avait pas été admise à la cérémonie d’investiture officielle comme telle, pas plus que Chrystia Freeland, qui était à ce moment-là ministre des Affaires étrangères du Canada. Toutes deux y avaient assisté à partir de l’ambassade du Canada à Washington. Comme il est d’usage, c’est l’ambassadeur du Canada qui avait pris part au volet officiel de la cérémonie.

Donald Trump n’a probablement jamais rien su de la sortie de Philippe Couillard. Mais, à Québec, on avait quand même eu chaud après coup.

Un ton

Quatre ans plus tard, nous sommes nombreux à avoir chaud, mais pour des raisons plus fondamentales encore.

Nous sommes nombreux à redouter ce qui se produira pendant la période de transition si le fougueux président américain est défait dans les urnes, lui qui a refusé de s’engager à assurer une passation pacifique des pouvoirs, et qui suggère que les résultats ne seront pas crédibles si son adversaire l’emporte.

En démocratie, ce ne sont pourtant pas des craintes que nous devrions avoir. C’est une terrible régression dans notre monde. Une de plus, a-t-on envie d’ajouter.

La tentation protectionniste demeurerait sous une éventuelle présidence de Joe Biden, mais le ton serait différent. Ce serait énorme en soi. Sans compter qu’il existerait davantage de prévisibilité dans les affaires du monde et dans les relations bilatérales entre le Canada et les États-Unis. Ce serait encore plus énorme.