L’entente de coopération sur la fosse du Labrador, signée par le premier ministre Philippe Couillard et son homologue de Terre-Neuve Dwight Ball, est le résultat de discussions entamées en juillet 2017.

Nos amis Terre-Neuviens

Pendant que l’Alberta et la Colombie-Britannique sont à couteaux tirés sur le pétrole, le Québec et Terre-Neuve signent une entente de coopération pour la mise en valeur de la fosse du Labrador et le prolongement des infrastructures routières vers leur frontière commune.

C’est dire à quel point les circonstances peuvent être favorables ou défavorables à la collaboration avec nos voisins immédiats. Et c’est dire aussi à quel point il est important de profiter de circonstances favorables pour faire avancer les dossiers difficiles. C’est le cas actuellement pour les gouvernements de Philippe Couillard et de Dwight Ball.

Pourtant, les deux provinces se sont affrontées et s’affrontent encore devant la Cour suprême sur le contrat de 1969 concernant l’électricité de Churchill Falls. Une décision finale de la Cour suprême est attendue au mois de juin. Mais peu importe cette décision, les deux provinces seraient gagnantes si elles parvenaient à régler ce vieux litige dans le cadre d’une nouvelle entente sur l’électricité. 

Terre-Neuve-et-Labrador vit une catastrophe financière depuis la mise en chantier du projet hydroélectrique des chutes Muskrat, dont les coûts ont explosé à 12,7 milliards $. Son projet d’exporter cette électricité jusqu’en Nouvelle-Écosse par la voie d’un câble sous-marin ajoute aux coûts de cette entreprise. Le gouvernement de M. Ball a déclenché une enquête publique sur ce projet. Cette mauvaise aventure survient dans un contexte économique difficile causé par la baisse du prix du brut exploité par quatre plateformes pétrolifères au large de ses côtes.

Bref, Terre-Neuve-et-Labrador a besoin d’aide sous la forme d’une véritable collaboration avec le Québec, autant pour la vente de son électricité que de ses ressources minières. Et le Québec aurait tout à gagner d’une plus grande coopération avec sa voisine, comme c’est le cas avec l’Ontario.

Jeudi, le premier ministre Couillard a indiqué que même si le contrat de 1969 sur Churchill Falls se rend jusqu’en 2041, les compagnies minières qui songent à investir dans ces territoires demandent de connaître les tarifs à venir pour une période beaucoup plus longue. Ce qui pourrait commander le règlement du litige sur l’électricité des chutes Churchill.

Le sujet est complexe et nécessitera de longues négociations, mais est-ce plus complexe que le litige actuel entre l’Alberta et la Colombie-Britannique? Je ne crois pas.

L’entente de coopération sur la fosse du Labrador, signée par MM. Couillard et Ball, est le résultat de discussions entamées en juillet 2017. Elle permettra l’exploitation minière accrue d’un immense territoire de 1200 kilomètres. En vertu de cette entente, que le budget de mars dernier avait déjà laissé entrevoir, les deux provinces s’engagent à relier leur territoire par voie terrestre. Ce qui veut dire qu’il sera possible éventuellement de se rendre jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador en auto, en empruntant la route 138 sur la rive nord du Saint-Laurent. Un lien routier favorable au tourisme, qui permettra aussi de sortir le minerai du Labrador par le port de Sept-Îles. 

C’est un projet à long terme qui demandera une volonté politique soutenue. Les deux gouvernements seront en élections générales en 2018 au Québec et en 2019 à Terre-Neuve-et-Labrador. Leurs chances de réélection ne sont pas énormes.

Jeudi matin, c’est encore le débat sur le port des signes religieux qui a fait controverse et qui a été soulevé en priorité devant MM. Couillard et Ball. Je ne dis pas que c’est sans importance. Mais ça reflète bien l’ampleur démesurée que prend ce débat chez nous. Il me semble qu’entre les deux sujets, la nouvelle de la journée allait plutôt du côté de Terre-Neuve-et-Labrador.