Noël chez les païens

CHRONIQUE / Le terme « païen » n’est plus très commun de nos jours. Autrefois, il était surtout utilisé pour désigner les tenants des traditions religieuses polythéistes, ou plus largement encore tous ceux et celles qui n’adhéraient pas à la religion chrétienne. En ce sens, on pourrait donc dire que, pour la plupart, nous sommes maintenant des païens. Mais des païens de culture chrétienne, tout de même. Une bien étrange combinaison, me direz-vous, mais qui fait cependant écho à nos racines civilisationnelles, qui sont à la fois grecques et chrétiennes.

Évoquer ainsi nos racines et notre identité soulève aussi un important questionnement sur ce que peut bien signifier Noël dans une société séculière comme la nôtre. En effet, pour nous qui ne sommes plus tout à fait chrétiens, est-il toujours pertinent de fêter Noël ? Il n’y a possiblement pas de réponse unique à cette question, mais étant moi-même un de ces « païens de culture chrétienne », j’aimerais tout de même partager avec vous certaines de mes réflexions sur le sujet. Des réflexions qui, comme vous le constaterez, sont empreintes d’une certaine ambiguïté, voire de quelques contradictions.

L’ambiguïté tient d’abord au fait que, bien que je ne sois pas croyant et pratiquant, je demeure très attaché à la figure du Christ. Car oui, pour moi, Noël est bel et bien la fête de la naissance de Jésus-Christ, et c’est pourquoi je suis d’avis que c’est de son message que nous devrions nous inspirer pour aborder convenablement cette fête. Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que Noël devrait être une fête mue par certaines « valeurs-phares » du christianisme, notamment l’amour, le partage et l’humilité. Mais est-ce vraiment le cas ? En dépit des beaux discours, rien n’est moins sûr. Moi le premier, je doute être à la hauteur de ces belles valeurs qui nous sont pourtant si chères.

Cela dit, je ne prétends pas que nous devrions tous être parfaits. Je ne pense pas non plus que nous devrions nous empêcher d’avoir du « fun » pour compenser celles et ceux qui n’en ont pas. Seulement, ce que je veux dire, c’est que nous devrions davantage nous efforcer d’avoir ces valeurs en tête et de les mettre en pratique lorsque vient le temps des Fêtes. Certes, pour ce qui est de l’amour et du partage, il y a tous ces moments passés avec nos proches, lesquels sont généralement agrémentés de somptueux repas et du traditionnel échange de cadeaux, mais est-ce bien là la meilleure façon de rendre justice au message évangélique ? Une fois de plus, permettez-moi d’en douter.

Je sais que je suis sévère, mais pour tout dire, ce qui me gêne le plus dans tout ce qui entoure les festivités de Noël, c’est l’absence totale d’humilité et de simplicité qui les caractérise. Ce qui pose problème, autrement dit, ce sont les « vacarmes du consumérisme », pour reprendre l’expression du pape François. Chaque année, par exemple, les Québécois dépensent plus de 2 milliards de dollars (vous avez bien lu !) en cadeaux de Noël, et c’est sans compter tout l’argent qu’ils dépensent pour organiser les réceptions. Je veux bien ne pas être cynique et moralisateur, mais tout cela n’est-il pas en parfaite contradiction avec l’esprit de Noël ?

Mais qu’est-ce que l’esprit de Noël, finalement ? Et que signifie-t-il pour le païen que je suis ? Si l’on tient compte du mythe, Dieu se serait incarné dans un homme nommé Jésus. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce récit, c’est que Dieu n’a pas choisi de s’incarner dans un homme riche et puissant ou issu d’une lignée prestigieuse. Au contraire, Dieu a choisi de s’incarner dans le petit, l’humble. Il s’est volontairement placé du côté des laissés-pour-compte. Ce choix n’est évidemment pas anodin et la symbolique est très forte. La naissance du Christ, c’est effectivement le symbole de l’espoir d’une solidarité renouvelée entre tous les êtres humains. Voilà, selon, le véritable esprit de Noël.

Mais le pire, dans tout ça, vous savez ce que c’est ? C’est qu’en dépit de tout ce que je viens d’écrire, j’ai moi aussi succombé (en partie, du moins) aux « démons » du consumérisme. Pas facile, un Noël chez les païens !