Cliché saisi au poste frontalier de Lacolle, concernant les demandeurs d'asile Haïtiens et autres qui franchissent la frontière à partir des États-Unis.

N’entre pas qui veut au Canada

CHRONIQUE / Sans tambour ni trompette, le Canada a retourné 458 Haïtiens dans leur pays en 2017. C’est minime par rapport aux dizaines de milliers d’expulsions qu’aimerait faire Donald Trump, mais c’est révélateur. Malgré nos politiques en apparence plus accueillantes que celles de Washington, n’entre pas qui veut au Canada.

La semaine dernière, Justin Trudeau a profité de son entretien avec Le Soleil pour passer un message à l’endroit des migrants, principalement des Haïtiens, qui sont passés illégalement au Canada en provenance des États-Unis.

«Nous acceptons les demandeurs d’asile si ce sont des réfugiés. Mais des réfugiés, ce ne sont pas des gens qui cherchent un meilleur sort économique. Ce sont des gens qui fuient la torture, ou l’incapacité de leur pays de les protéger contre la violence. Ce n’est pas tout le monde qui peut se qualifier.» Le premier ministre a ajouté que les mêmes exigences seront appliquées aux milliers de personnes qui ont traversé ou qui voudront traverser la frontière américaine en direction du Canada.

L’expulsion des Haïtiens avait fait l’objet d’un moratoire au Canada à la suite du tremblement de terre de 2010. Ce moratoire a été levé en 2017, ce qui explique les 458 expulsions relatées plus haut. Ces chiffres n’incluent pas les demandeurs d’asile en provenance d’autres pays. Et compte tenu des délais requis pour évaluer toutes les demandes, on peut croire que les gens qui ont été expulsés en 2017 sont arrivés ici bien avant la vague de migrants de la dernière année.

Barack Obama avait adopté une politique similaire à celle du Canada à la suite du tremblement de terre de 2010. Il avait accordé un statut de protection temporaire aux demandeurs d’asile haïtiens, ce qui leur a permis de vivre et de travailler aux États-Unis. Quelque 58 000 réfugiés haïtiens se sont prévalus de ce statut dont Donald Trump a annoncé l’abolition l’an dernier. C’est ce qui a poussé des milliers d’entre eux à entrer illégalement au Canada et principalement au Québec. 

Un autre point soulevé lors du passage de Justin Trudeau à Québec, la semaine dernière, portait sur la difficulté des immigrants à trouver des emplois au Canada malgré leurs compétences ou leur formation scolaire. Deux cas bien précis ont été soulevés lors de la rencontre du premier ministre avec des citoyens. M. Trudeau n’a pu que les encourager à poursuivre leurs démarches. Mais en entrevue au Soleil plus tôt dans la journée, il avait révélé que son gouvernement aimerait voir une plus grande transparence sur cette question de la part des provinces. 

«On est en train de regarder comment sont livrés les services d’intégration à travers le pays. C’est toujours un petit défi, parce que certaines provinces ne veulent pas nécessairement fournir toutes les données qui peuvent être comparées. Dans bien des domaines, le Québec nous dit souvent qu’il n’a pas besoin de donner de réponses ou de preuves au gouvernement fédéral sur ce qu’il est en train de faire. Nous, on demande tout simplement que les chiffres soient rendus publics . Il y a de la bonne volonté, mais il faut mieux comprendre les besoins».

M. Trudeau a déclaré que c’est souvent au niveau des collectes de données qu’il y a un problème :  «C’est toujours un défi de pouvoir comparer ce qui se fait dans une province par rapport à une autre, parce qu’on collecte les données de façon différente. Alors on est en train de travailler là-dessus.»

Intéressant comme commentaire, mais pas très rassurant pour les immigrants. Quand les gouvernements ne s’entendent même pas sur la façon d’évaluer et de comparer leur travail, ça veut dire que les solutions ne sont pas pour demain.