Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Anthony Duclair
Anthony Duclair

Négocier sans agent... [VIDÉO]

CHRONIQUE / Personne n’a dit qu’il n’y aurait pas d’embûches, sur le chemin du retour à la respectabilité.

Les Sénateurs d’Ottawa étaient en train de vivre une semaine quasi-parfaite. Les nouveaux uniformes qui font l’unanimité chez les partisans. Tim Stützle avec son sourire à un million. Les dépisteurs de plusieurs organisations qui vantent l’efficacité de Jake Sanderson et le caractère de Ridly Greig. Un nouveau gardien de buts numéro un, qui arrive avec ses deux bagues de la coupe Stanley et son désir, bien réel, de faire partie de l’aventure. 

C’était trop beau pour durer.

La bombe Anthony Duclair a éclaté, pour nous rappeler à quel point l’organisation demeure fragile.

Cette situation toxique a eu pour effet d’ébranler la confiance des partisans.

On vit à une époque folle. On a hâte de savoir ce qui se passe. On a surtout hâte de se forger une opinion, pour ensuite la défendre dans les forums publics.

Automatiquement, beaucoup de gens ont déduit que Pierre Dorion avait encore échoué, dans ses négociations avec un joueur d’expérience qui était sur le point d’obtenir son autonomie.

Plusieurs ont fait le lien avec son patron, Eugene Melnyk.

La situation de l’équipe est-elle à ce point précaire qu’on veut éviter à tout prix le processus d’arbitrage?

Après tout ce qu’ils ont pu endurer, ces dernières années, on comprend les fans de s’inquiéter.

C’est pourquoi il est important de se parler de tout ça, maintenant.

Nos espions ont passé les dernières heures à essayer de voir plus claire, dans cette situation vaseuse.

Ils n’ont pas tout compris, mais ils ont été capables de réunir quelques pièces du puzzle.

Et, pour une fois, on a l’impression que Dorion n’est pas tant à blâmer pour ce qui se passe.

À l’origine de toute cette histoire, il y a un différend, réel, entre Duclair et son ancien agent.

On ne sait pas trop ce qui a bien pu déclencher tout ça. Ça les regarde.

Ce qu’on sait, c’est que Duclair devait miser sur un des agents les plus respectés de la nouvelle génération, quand est venu le temps de s’asseoir avec Dorion.

Au lieu de cela, on dit qu’il se représentait seul.

La solitude, ici, est bien relative.

Duclair a sans doute demandé conseil à son entourage.

Dans son entourage, il y a des gens qui veulent son bien. Qui seraient prêts à tout pour l’aider. Ça ne veut pas dire qu’ils sont qualifiés.

Dans un monde idéal, les pompiers éteignent les feux. Les cultivateurs s’occupent de notre garde-manger. Les médecins spécialistes en infectiologie préparent des stratégies pour combattre les pandémies. Les avocats, comptables et autres spécialistes en négociations préparent les contrats des athlètes professionnels.

On souhaite la meilleure des chances à Duclair s’il tente sa chance au marché des joueurs autonomes sans compensation, dans les prochaines heures.

Sans conseiller qualifié, dans son coin, ça ne sera pas de la tarte.

***

Chris Phillips

Chris Phillips ne m’a pas vu venir.

L’ancien pilier défensif des Sénateurs était en tournée, jeudi matin. Avec son ancien coéquipier Chris Neil, il apportait des dindes à différents organismes de bienfaisance.

Je suis allé l’attendre, dans le détour, lors de leur arrêt «québécois», dans le stationnement de Moisson Outaouais.

Cette semaine, Dorion a dit que Duclair a fait une grosse gaffe en essayant de se négocier, lui-même, son prochain contrat.

Phillips l’a fait, pourtant, dans le passé.

Ça s’est bien passé. Il a même trouvé l’expérience enrichissante.

«Mais c’était le dernier contrat de ma carrière, intervient-il. J’évoluais dans la Ligue nationale depuis un bon moment, déjà. J’avais appris beaucoup de choses au fil des ans. J’avais été impliqué dans les négociations de la convention collective avec l’Association des joueurs. J’avais aussi développé une très belle relation avec mon directeur général. Je savais que je pouvais m’asseoir avec Bryan Murray pour discuter. Ça facilitait le processus.»

Phillips ne recommanderait pas à des joueurs plus jeunes, ou moins expérimentés, de se lancer dans ce processus.

«Pour les plus jeunes, ça peut être difficile. Pour se lancer, seul, dans les négociations, il faut avoir la couenne dure. Il faut être prêt à entendre des choses qu’on n’a pas nécessairement le goût d’entendre. Pour se lancer dans les négos, il faut d’abord comprendre que le hockey, c’est une affaire de gros sous.»

Phillips, en passant, porte avec fierté le logo en deux dimensions. Il a bien aimé le repêchage. Il sourit quand on lui parle de la sélection d’un défenseur à caractère défensif, Jake Sanderson, au cinquième rang.

«Les bonnes équipes ont besoin de joueurs comme lui. Si tout se passe très bien, il pourrait passer deux décennies à rendre de bons services à l’organisation.»

Même sous son masque, on peut voir qu’il sourit quand il dit ça.

Chris Philipps et Chris Neil de la Fondation des Sénateurs d'Ottawa viennent porter une trentaine de dindes à Moisson Outaouais et à son directeur général, Armand Kayolo.