Un an à l’hôpital psychiatrique

CHRONIQUE / Quand elle s’est penchée sur les crimes de X, la Commission d’examen des troubles mentaux a imposé des conditions de libération très strictes, entre autres que X reçoive un accompagnement psychiatrique serré.

L’homme a fait irruption dans un dépanneur en février 2017 avec des couteaux. Il a ouvert diverses enveloppes, s’est enduit le corps avec ce qu’elles contenaient, dans le but d’être «collant» pour échapper à ses agresseurs. Il a pris la fuite dans un logement au hasard, dont il ne connaissait pas les occupants. C’est là qu’il a été arrêté. Il s’était infligé des blessures, on l’a emmené à l’hôpital.

Vous voyez le topo.

La condition était précise, X devait être encadré par un Suivi intensif dans le milieu (SIM), un programme conçu pour aider des gens aux prises avec de gros problèmes de santé mentale et des dépendances. Comme X. Le CIUSSS — Centre intégré universitaire de santé de services sociaux — a demandé d’enlever cette condition, en plaidant que la Commission n’avait pas à s’immiscer dans les soins. 

X n’a donc pu être libéré.

Depuis plus d’un an, donc, il occupe un lit à Robert-Giffard. 

Malgré la surcapacité chronique.

Le cœur du problème, c’est que X ne souffre pas de la bonne maladie mentale. Pour être admissible au SIM, il faut avoir des troubles psychotiques ou bipolaires graves. X a un trouble de la personnalité, ce qui est un critère d’exclusion. Ainsi, même s’il répond aux six autres critères, et même si le SIM peut accepter jusqu’à 10 % de patients qui ne correspondent pas aux critères d’admission, X est exclu.

Même si des places sont disponibles. Le nombre de patients admis occuperait autour de 70 % de la capacité des cinq équipes SIM.

Le CIUSSS a donc contesté en cour la décision de la Commission pour demander une révision du dossier de X. Un psychiatre à qui j’ai parlé est furieux. «En somme, le CIUSSS a payé des avocats pour ne pas avoir à lui donner le suivi intensif dont il a besoin pour retourner dans la communauté. C’est inacceptable.»

Trois juges du Tribunal administratif du Québec ont rendu leur décision le 15 février, ils maintiennent la décision et somment le CIUSSS de «libérer» X.

Le verdict est clair. Le tribunal «ordonne au responsable de l’hôpital désigné de faire tous les efforts nécessaires, dans les meilleurs délais, pour mettre en place tous les services requis par l’état de l’accusé pour encadrer sa dangerosité à l’extérieur de l’hôpital et ainsi favoriser sa réinsertion sociale».

La porte-parole du CIUSSS, Annie Ouellet, assure qu’«une solution qui fait consensus a été trouvée très récemment», mais, selon une source à l’interne, elle n’aurait pas été communiquée au médecin traitant. Le 29 mars, une autre réunion a été tenue et, toujours selon cette source, «aucune solution n’a été dégagée».

Vendredi, X était toujours à l’hôpital.

La seule chose qui semble faire consensus est que le patient pourrait être dirigé éventuellement vers un hébergement temporaire pour libérer le lit qu’il occupe depuis un an dans une unité en débordement perpétuel. Mais la question des soins et du suivi reste entière. 

À l’interne, d’aucuns craignent que le CIUSSS dirige X dans une RNI, un autre bel acronyme dont le système de santé a le secret, pour Ressource non institutionnelle. En gros, une maison de chambres gérée par un particulier ou une entreprise privée, où le suivi par le CLSC et les ressources externes est, disons, inégal.

Rien à voir avec les équipes multidisciplinaires du SIM qui sont formées spécialement pour les cas les plus lourds, qui offrent un suivi serré et rigoureux pour s’assurer que les personnes soient le plus stable possible. C’est ce qui se fait de mieux en soins psychiatriques à domicile.

Les SIM ne vont pas dans les RNI.

Et X aurait besoin d’un suivi serré, ne serait-ce que pour qu’il conserve les progrès qu’il a faits et qu’il ne refasse pas irruption dans le logement d’à côté en plein délire avec des couteaux. La Commission d’examen des troubles mentaux avait d’ailleurs insisté sur ce point, X représente «un risque important pour la sécurité du public».

Une RNI est un milieu ouvert.

En plus d’avoir un problème de dépendance à l’alcool et aux drogues, il souffre d’un trouble délirant de persécution, a connu plusieurs épisodes psychotiques. Il a de nombreux antécédents judiciaires, qui lui ont valu plusieurs séjours en prison. Son retour en société est «un défi majeur», a écrit le tribunal en février.

Et, parce qu’il a en prime un trouble de personnalité, on l’exclut du SIM.

«C’est comme si, pour les personnes les plus malades, on les confiait à des personnes qui ne sont pas les plus compétentes pour les soigner, illustre le psychiatre. Ça n’a aucun sens. Il est là, le problème. Si tu ne cadres pas dans le SIM, il n’y a rien. Il n’y a rien d’autre pour les personnes qui ont de grands besoins.»

Il semble d’ailleurs que les équipes du SIM dépassent la limite de 10 % de cas qui ne correspondent pas aux critères d’admission. Ce qui montre, n’est-ce pas, qu’il y a un besoin pour des gens comme X. 

Qui attend, depuis septembre, dans une impasse thérapeutique.