Le présent dossier a été confié à une intervenante qui, élément central dans l’histoire, est toujours celle qui s’en occupe aujourd’hui. Une preuve, s’il en faut, de l’importance capitale de s’attaquer à l’effarant taux de roulement au sein du personnel de la DPJ.

«Les enfants sont bien»

CHRONIQUE / Je raconte souvent des histoires qui ont mal tourné avec la DPJ, en voici une belle, où les choses se passent bien. malgré tout.

Parce que, lorsque la Direction de la protection de la jeunesse entre en scène, on n’est jamais dans un conte de fées. «Dans un monde idéal, ces enfants-là devraient être avec leurs parents», convient Josée*, qui héberge trois enfants de sa famille élargie. Les parents ont développé des dépendances, négligé leur sécurité et leur développement.

Un premier signalement a été fait il y a huit ans, un membre de la famille s’inquiétait du manque de surveillance des enfants, le plus jeune avait à peine deux ans. Le signalement a été retenu, les enfants ont été confiés aux grands-parents le temps que les parents se reprennent en main.

Quelques mois plus tard, ils sont revenus à la maison.

Un an après, rebelote, nouveau placement chez des proches, les parents se sont séparés et ont refait leur vie avec des conjoints qui consomment.

Beaucoup.

Autre tentative chez le papa après presque un an, la situation semble s’être améliorée, mais l’embellie ne dure pas.

L’été dernier, un autre retrait est envisagé, Josée a levé la main pour devenir famille d’accueil. «La DPJ m’a expliqué que pour les trois enfants, il était pratiquement impossible qu’ils restent ensemble, qu’on trouve une famille.» Sa proposition a été acceptée et les enfants lui ont été confiés.

Depuis, les enfants n’ont plus de problèmes de comportement à l’école, leurs notes remontent, ils ont un bon cercle d’amis. Ils ont une hygiène de vie, un encadrement. «Avant, ils étaient complètement laissés à eux-mêmes.»

Avec de la drogue à leur portée.

«Les parents consommaient, ils ne se levaient pas le matin, les enfants n’allaient pas à l’école ou ils arrivaient en retard, m’explique un autre membre de la famille, qui est aussi venu en renfort au cours des dernières années. Les rideaux étaient fermés à longueur de journée, ce n’était pas un endroit pour des enfants.»

Ils ne faisaient aucune activité, aucun sport.

C’est cette personne qui a fait le premier signalement il y a huit ans. «On voyait que les enfants étaient négligés, ils portaient des vêtements épouvantables, trop petits, troués. Il y a aussi l’école qui commençait à se poser des questions, à cause des nombreux retards et des absences.»

Les interventions ont été graduelles, d’abord une évaluation de la famille et l’apport de certains correctifs, notamment des dispositifs de sécurité pour s’assurer que les tout-petits ne puissent pas sortir seuls dehors.

Le dossier a ensuite été confié à une intervenante qui, élément central dans cette histoire, est toujours celle qui s’en occupe aujourd’hui. Une preuve, s’il en faut, de l’importance capitale de s’attaquer à l’effarant taux de roulement au sein du personnel de la DPJ. «Elle connaît toute la famille, elle connaît même nos dates de partys de famille. Quand elle organise les horaires pour les visites chez les parents, par exemple, elle s’assure qu’il y a toujours quelqu’un et que tout soit correct.»

Elle s’est réjouie des derniers bulletins des enfants.

Elle a, par le passé, acheté du matériel scolaire, les parents ne s’en occupaient pas.

Josée ne tarit pas d’éloges à l’endroit de la DPJ, surtout de l’intervenante, qui a toujours cherché à ce que les enfants soient confiés à des proches. «C’est vraiment une intervenante en or! C’est une femme très honnête, elle est transparente, et elle nous donne toujours l’heure juste. Avec elle, c’est noir ou c’est blanc.»

Plus encore. «Elle aime ces enfants-là.»

Même si, pendant longtemps, elle a eu le rôle de la méchante dans l’histoire. «Ce qu’ils se sont fait dire, les enfants, c’est que l’intervenante cherchait le trouble, qu’elle voulait briser la famille. Avant, ils ne voulaient pas lui parler, ils avaient une réticence et ils lui mentaient, ils avaient l’impression de trahir leurs parents. [Les intervenants] ont des jobs pas faciles, ils sont toujours en alerte, c’est quelque chose.»

Maintenant, les enfants se confient. «Ils ont compris son rôle, ils comprennent qu’elle est là pour eux.»

Et pour Josée. «La DPJ nous soutient de tous les bords, tous les côtés. [L’intervenante] est disponible quand j’ai besoin d’elle. Par exemple, pendant les Fêtes, elle m’a donné ses disponibilités et j’ai eu besoin de lui parler. Elle était chez elle, elle prenait le temps de me répondre. Et toujours avec le sourire.»

Josée se sent appuyée. «Je suis portée par elle.»

Le jour où j’ai parlé à Josée, l’intervenante venait de l’appeler pour proposer un camp d’été aux enfants. Ils font du sport, ils n’en avaient jamais fait avant. «Ils sont en train d’apprendre plein de choses.» Et ils n’ont plus honte. «Ils le disent à leurs amis qu’ils sont avec la DPJ, ça ne les dérange plus.»

Pour eux, la DPJ est une bonne chose.

«Ce n’est jamais tout beau, une histoire de DPJ. Je ne serais pas censée avoir ces enfants-là, mais c’est ça. Ce n’est pas l’idéal, mais on est bien. On réussit tout le monde ensemble. Les enfants sont bien.»

* Prénom fictif