Vous avez été nombreux à réagir à l’histoire de François* et de Sylvie* à qui on a retiré leurs deux filles parce qu’une commission scolaire n’était pas chaude à l’idée qu’ils choisissent de faire l’école à la maison.

Le paradoxe de la DPJ

Un lecteur a bien résumé la protection des enfants au Québec, «la DPJ est capable du meilleur et du pire».

Et, dans le pire, il y a peu de contrepoids.

J’ai écrit plus d’une fois sur la DPJ, et pas toujours pour dénoncer ce qu’elle fait, contrairement à ce qu’on pourrait penser. La Direction de la protection de la jeunesse est un organisme nécessaire remplie d’humains fabuleux, j’en connais, qui font tout ce qu’ils peuvent pour le bien-être des enfants.

Mais, parfois, des erreurs sont faites.

Et c’est normal.

Ce qui l’est moins, c’est de ne pas être capable de reconnaître que, parfois, des erreurs sont commises, que de mauvaises décisions sont prises. 

Vous avez été nombreux à réagir à l’histoire de François* et de Sylvie* à qui on a retiré leurs deux filles en 2015 parce qu’une commission scolaire n’était pas chaude à l’idée qu’ils choisissent de faire l’école à la maison. Le signalement de la commission a été retenu par la DPJ, le litige est devenu un désaccord sur un diagnostic d’autisme.

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Les parents peuvent voir leurs filles une heure et demie par semaine, sans pouvoir les toucher ni les consoler.

Ni leur demander : «Comment ça va?»

Certains d’entre vous êtes sceptiques, on le serait à moins, vous n’arrivez pas à croire qu’on puisse retirer des enfants à des parents seulement pour ça. Vous cherchez, à raison, l’anguille sous la roche. Dans les documents que j’ai consultés et où la version de la DPJ est exposée, on s’obstine sur les diagnostics.

On critique le fait que les parents critiquent la DPJ, qu’ils ne collaborent pas, qu’ils ne veuillent pas signer le premier diagnostic qui ne tient pas compte, selon eux, de l’impact de l’interception des filles par des policiers. On voudrait qu’ils soient reconnaissants qu’on fasse tout ça pour leurs enfants. 

Dans la dernière décision de la Chambre de la jeunesse du 19 avril qui prolonge le placement pour deux autres années, la DPJ plaide que le père dit que tout ça «est un paquet de niaiseries».

On est devant un dialogue de sourds.

Il n’est jamais question de mauvais traitement, d’abus, de négligence. Dans sa décision, la juge prend la peine de préciser ceci. «Cette situation est d’autant plus triste que nous sommes en présence de parents qui ne constituent aucunement un danger pour la sécurité de leurs enfants qu’ils aiment immensément.»

Certains d’entre vous avez peur de la DPJ, parce que vous connaissez des gens à qui c’est arrivé. 

Une femme m’a écrit, son enfant est autiste et, quand il se frappe, ce qui arrive avec certains autistes, elle a peur d’aller à l’hôpital ou au CLSC. 

J’ai échangé par courriel avec cette mère qui est partie en Suède avec son mari et ses enfants, la DPJ se pointait chez elle chaque année parce qu’elle faisait l’école à la maison. Elle n’a aucune misère à croire cette histoire. «Ils ont perdu leurs enfants et nous avons tout sacrifié pour ne pas finir par perdre les nôtres : vie bien établie, maison, travail pour mon conjoint, projet d’études pour moi, famille, amis, la plupart de nos biens. Même nos chats. [...] Nous devons nous remettre du traumatisme. Parce que bien que nous n’ayons pas perdu nos enfants, le passage devant la DPJ à nous faire scruter est immensément traumatisant pour parents et enfants. Mais nous avons la paix. La paix à prix fort.»

D’autres m’ont raconté d’autres histoires, où la DPJ semblait avoir fait une erreur et surtout, refusé de la reconnaître.

De corriger le tir.

Dans ces autres cris du cœur, la DPJ est dépeinte comme un engrenage, comme une machine qui ne fait jamais marche arrière.

D’où l’idée du Dr Gilles Julien d’avoir un Défenseur des droits des enfants, comme au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique pour s’assurer que les décisions qui sont prises le sont toujours pour le bien des enfants.

Parce que, parfois, elles ne le sont pas.

C’est un euphémisme de dire que la DPJ est hermétique. N’eût été documents du tribunal, je n’aurais pas eu accès à ses arguments. 

Il faut croire sur parole.

J’aurais voulu savoir ce qu’en pense Lucie Charlebois, la ministre responsable de la DPJ, de cette histoire. J’aurais bien voulu savoir ce qu’elle pense de l’interception par la police d’enfants de sept et huit ans, des enfants dont la sécurité n’est pas menacée. J’aurais voulu qu’elle soit au moins touchée.

Elle m’a répondu par son attachée de presse, par courriel. «Ma préoccupation sera toujours le bien-être et la protection des enfants. Je ne peux pas commenter de cas particuliers et je rappelle qu’une décision de la cour a été rendue. Je tiens également à réitérer que le rôle de la DPJ est de protéger la santé et la sécurité des enfants, et ce, en tout temps.»

Quand la DPJ se trompe, elle n’échappe pas des œufs.

Mais des enfants.

* Noms fictifs