Pour installer son panier sans béton, Daniel a eu l’idée d’un pieu fixé au sol, solide, mais amovible. Il a fait les grandes lignes, trouvé quelqu’un pour faire le dessin industriel, trouvé des gens pour fabriquer le prototype.

Le bruit que font les mômes, la suite

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de cette histoire, il y a presque quatre ans et demi, des enfants qui avaient dû arrêter de jouer au hockey dans leur rond-point des Saules parce que des voisins s’étaient plaints du bruit qu’ils faisaient?

Ils n’ont pas recommencé à jouer.

Ils ont essayé le soccer, sur le gazon au centre du rond-point, la policière avait dit qu’ils pouvaient jouer là, vu que ce n’était pas la rue. Les enfants avaient donc troqué la rondelle pour le ballon rond.

Jusqu’à ce que deux arbres poussent en plein milieu du terrain pendant une nuit.

Il y en a un qui est mort depuis.

Ne reculant devant rien pour faire bouger leurs ados, Marie-Noëlle et Daniel leur ont acheté un panier de basketball qu’ils ont installé sur le bord du trottoir, comme des dizaines d’autres dans la ville. Un peu plus et il n’aurait pas pu le faire, des avis d’infraction avaient été distribués en 2016 à des résidents.

Le maire Labeaume avait coupé court à cette initiative.

Daniel a donc acheté son panier, l’a installé devant chez lui, en installant des poids sur la base. «J’ai mis des blocs de béton. Quand tu te promènes dans les rues, on voit toutes sortes d’installation, des sacs de sable, n’importe quoi. Ce n’est jamais constant, toujours un peu broche à foin.»

La deuxième année, il s’est dit qu’il devait exister quelque chose de mieux pour faire tenir son panier.

Il a cherché. 

«Mondialement, il n’y a que deux options. Soit tu creuses un trou et tu coules du béton dedans, soit tu y vas avec la base de plastique. Plus le panier est de qualité, plus il est lourd, plus la base est grande. Entre les deux, il n’y a rien.»

Daniel a décidé de remédier à ça, il s’est mis à penser à un dispositif pour installer son panier sans béton et sans parpaing. Il est comme ça, Daniel, quand ça n’existe pas, il l’invente. «Il a toujours un projet en tête... J’ai failli perdre mon jardin pour une rampe de skateboard, mais ça lui a passé!»

Pas le truc pour le panier de basket.

Daniel a eu l’idée d’un pieu fixé au sol, solide, mais amovible. Il a fait les grandes lignes, trouvé quelqu’un pour faire le dessin industriel, trouvé des gens pour fabriquer le prototype. «Il y a un travail colossal derrière ça, le dessin, le brevet, tu dois trouver un agent de brevet qui te comprend, avec qui tu t’entends.»

La demande est déposée pour son Projaw, un système en deux morceaux, l’un étant un pieu planté dans le sol, l’autre — dans lequel on insère le poteau du panier — s’attachant dessus. 

Il peut tenir un poids de 550 livres.

Il s’est tourné vers la Chine pour la production. «On a regardé en premier pour le faire produire au Québec, c’était quatre fois le prix. En Chine, ils ont des usines où ils font tout de A à Z, du pliage de l’acier à l’emballage. Ici, tout doit être fait séparément. [...] Quand tu commences ça, tu ne sais pas que tu vas faire affaire avec la Chine, qu’il y a des Chinois qui vont t’appeler sur ton cellulaire...»

Marie-Noëlle a pris congé pour s’occuper du marketing, elle est graphiste, elle a travaillé sur l’image, sur le visuel, sur la vidéo promotionnelle.

En anglais et en français.

Ils ont tenté une campagne sur Kickstarter qui n’a pas donné les résultats escomptés, ils ont compris qu’ils allaient être mieux servis par eux-mêmes. Ils ont mis leurs économies, le temps que Marie-Noëlle mettait à plier les vêtements de la famille. «Les enfants ont dû faire leur part.»

Pendant des semaines, Marie-Noëlle et Daniel ont travaillé sur leur projet sept jours sur sept, parfois 12 heures par jour.

Ils leur ont donné une sacrée leçon. «Je voulais que les enfants comprennent comment quelque chose se crée, qu’il faut travailler fort, qu’il faut y mettre les efforts, explique Daniel. Ils vont comprendre c’est quoi monter un projet, c’est quoi avoir une idée et faire ce qu’il faut pour la réaliser.»

Et rêver grand, aussi.

Daniel attend une commande d’une quinzaine de prototypes du dernier modèle. «On fera des tests pour être sûr que tout est correct et, après ça, on va passer une première commande. On a essayé de vendre les produits à l’avance, mais les gens veulent l’avoir tout de suite. Ils veulent commander et l’avoir.»

Ils ont appris, ils vont avoir le produit, vont essayer de trouver des endroits où le vendre, peut-être Canadian Tire.

Mais le gros marché du basketball, c’est les États-Unis. «Là-bas, il y a une véritable culture du basket. Quand on met nos vidéos sur des groupes de basket, les commentaires sont instantanés, c’est “j’en veux un!”, “on peut trouver ça où?” C’est vraiment encourageant de voir ça.»

C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont tout fait en «bilingue».

De façon réaliste, il vise l’automne pour avoir leur première commande, qui devrait tourner autour de 1500 Projaw. «On vise un prix de 99 $ américains livré. Les gens qui vont le vouloir vont pouvoir le recevoir rapidement, ce sera moins insécurisant que de devoir faire une commande à l’avance.»

Alors, quand vous le verrez en magasin, vous penserez à Daniel, à la table de cuisine, en train de griffonner une base de panier de basket, parce qu’il trouve que des blocs de béton, c’est ordinaire...