Les yeux de Steve Fortin sont sur quatre pattes, sa belle Manouche le suit partout, et il va où il veut avec elle.

Et ainsi de suite(s)

CHRONIQUE / Voilà ce moment où je vous donne des nouvelles des gens dont je vous ai parlé au cours des derniers mois. Et elles sont plutôt bonnes.

Le vent a tourné

Depuis un an, Steve Fortin ne comptait plus les curriculum vitæ qu’il envoyait partout, mais sans succès.

Il est aveugle.

Ses yeux sont sur quatre pattes, sa belle Manouche le suit partout, et il va où il veut avec elle. Il s’entraîne au PEPS, il va «voir» des matchs du Rouge et Or et des spectacles de heavy metal. L’année dernière, il s’était pointé avec elle à son nouveau travail, on lui avait demandé de la laisser chez lui.

C’est impossible

Depuis ce jour, il se cherchait du boulot dans un bureau, en comptabilité ou en administration, avec cinq certificats de l’Université Laval et ses logiciels qui lui permettent de travailler à l’oreille. Il peut pitonner avec ça sur son téléphone, et faire ce qu’il veut sur un ordi.

Je vous ai raconté son histoire il y a deux mois, je vous disais qu’il remuait ciel et terre pour travailler, pour gagner sa vie, pour pouvoir se gâter.

Un désir bien légitime.

Je vous disais qu’il voulait aller voir le spectacle de Godsmack, deux généreuses femmes lui ont offert un billet pour lui et un autre pour une personne de son choix. C’était le 11 mai, il y est allé avec son cousin. «C’était vraiment génial, on a passé une super soirée! Mais j’ai oublié de prendre un selfie…»

Un autre lecteur l’a contacté, son jeune frère — décédé il y a trois ans à 49 ans — était atteint de rétinite pigmentaire comme Steve, il lui a proposé de l’accompagner à un match de football aux États-Unis. Ils ont dîné ensemble, le courant a passé. Si tout va bien, le voyage aura lieu.

Et pour le boulot? Il y a eu quelques ouvertures pour des postes au sein de la fonction publique, mais les règles administratives ont eu raison de cette option. Trop compliqué et trop long.

Steve a finalement trouvé. La semaine dernière, il a signé officiellement son contrat d’embauche chez Qualtech, qui fabrique des équipements en acier inoxydable. Il commence dans deux semaines comme commis à l’administration à temps plein. «On a eu cinq rencontres, ça s’est super bien passé. Ils m’ont dit : “Ta première job, c’est de nous trouver 30 soudeurs!”»

L’appel est lancé.

Et Manouche? «Il n’y a aucun problème, ils vont même lui acheter un coussin…»

Cherchez le poulet… au Québec

Ce n’est pas d’hier que les Cubains doivent composer avec des pénuries de toute sorte, mais rarement au point où ça en est maintenant, avec des problèmes d’approvisionnement pour des choses de base comme l’huile, le sucre et la farine. Et le poulet.

Je suis allée à Cuba au début avril pour voir où en était le pays un an après l’arrivée au pouvoir du nouveau président Miguel Diaz-Canel, j’y ai vu une jeunesse impatiente de voir les choses changer.

Comme une révolution de l’intérieur.

J’ai aussi vu qu’on manquait sérieusement de presque tout. Ce n’est pas d’hier que les Cubains doivent composer avec des pénuries de toute sorte, mais rarement au point où ça en est maintenant, avec des problèmes d’approvisionnement pour des choses de base comme l’huile, le sucre et la farine.

Et le poulet.

Bon an mal an, Cuba importe environ 70 % de ses denrées, ce qui met une pression énorme sur l’économie du pays, exsangue.

Les touristes n’ont habituellement pas connaissance des pénuries, ils passent systématiquement avant les Cubains, qui doivent se contenter de ce qui reste. Cette fois, la pénurie de volaille est à ce point criante que même les restaurants de La Havane n’arrivaient pas à en avoir.

Il y a eu une livraison dans certains magasins publics de la capitale le sixième jour où j’y étais, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Tellement qu’il a fallu contrôler l’entrée des gens qui attendaient dans les longues files, ce qui n’a pas empêché les débordements.

Pour quelques livres à peine, la quantité était limitée.

J’ai appris que c’est le Québec qui est venu à la rescousse des Cubains pour les approvisionner en bêtes à plumes. Le président d’un important grossiste en alimentation m’a écrit pour m’informer que le gouvernement cubain a fait appel à la province pour nourrir sa population.

Et pas seulement pour le poulet.

«Nous envoyons justement du poulet québécois cette semaine à Cuba pour l’un de nos clients cubains et son vaste réseau d’épiceries destinées à la population. Le poulet sera suivi d’un approvisionnement en continu de plusieurs autres produits alimentaires québécois dans les prochains jours, prochaines semaines.»

La pénurie est telle que des ententes pourraient aussi être conclues pour approvisionner «les autres secteurs tels que les hôtels, les restaurants et l’approvisionnement aux épiceries destinées au personnel diplomatique étranger.»

Ça fait beaucoup de monde.

Les Cubains, eux, devront continuer à se serrer la ceinture malgré tout, le Québec ne pourra à lui seul nourrir la population. Il y a une dizaine de jours, le gouvernement cubain a annoncé une série de nouvelles mesures de rationnement pour éviter, tenez-vous bien, que les gens fassent des réserves…

Imelda attendait Andrée

Le prêtre Raymond Poulin a trouvé une cousine, Andrée, grâce à la chronique du 24 décembre dernier.

Je vous avais parlé du prêtre Raymond Poulin à Noël pour faire contrepoids aux soldes d’avant, de pendant et d’après Noël.

Pour revenir à la base.

À des histoires de renaissance, d’abord la sienne, puis celle de ces personnes à qui il a tendu la main dans sa vie, des gens qui ne savaient plus où aller, que personne n’écoutait. Des laissés-pour-compte, parfois laissés pour morts, que Raymond a patiemment raccrochés à la vie, au propre comme au figuré.

Et puis comme ça, au détour, il a retrouvé une cousine.

Elle s’appelle Andrée, elle a lu l’histoire de Raymond, y a trouvé le début de quelque chose, une mince piste. Adoptée, elle n’avait jamais su l’histoire de ses origines, comme des milliers d’autres au Québec, qui cherchent des indices comme le petit Poucet des miettes de pain.

Et c’est dans ma chronique du 24 décembre qu’elle a trouvé. «[Ça] m’a permis que je retrouve une cousine, Andrée, me raconte Raymond. Ma tante Françoise Poulin est devenue enceinte avant le mariage, mes grands-parents lui ont demandé d’accoucher à Montréal et de donner son enfant en adoption.

Françoise, à contrecœur, a donné sa fille en adoption. 

Elle aimait le père de son enfant.

Mes grands-parents et mes arrières grands-parents étaient propriétaires du Moulin de Beaumont. Ils sont inhumés au Cimetière de Saint-Michel de Bellechasse. Andrée est à Mont­réal, elle viendra à Québec cet été avec sa fille et rencontrera des membres de la famille.»

Elle pourra rencontrer une vieille tante, pas n’importe laquelle.

Imelda a 97 ans.

«Andrée communique avec de nombreuses personnes de ma famille et surtout avec Imelda, qui a une mémoire phénoménale. Cette tante est très lucide. Elle a bien connu tante Françoise, la mère d’Andrée. Et elle a pu lui raconter la véritable histoire de sa naissance et l’histoire de sa mère.»

Andrée avait attendu ça toute sa vie.

La vieille tante aussi. «Imelda a dit qu’elle a vécu jusqu’à 97 ans afin de renseigner Andrée sur ses origines…»

La joie fut de courte durée

Claude et Huguette* étaient contents de voir, l’an dernier, que le gouvernement avait tenu promesse, qu’il avait augmenté l’allocation de leur fils. 

«Il rêvait de pouvoir se payer une passe d’autobus…»

Ils étaient tout aussi contents de voir qu’une autre hausse avait été accordée cette année, toujours tel que promis. Jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que le gouvernement, de l’autre main, reprenait l’argent.

Et plus encore.

Leur fils a 50 ans, il vit dans ce qu’on appelle une ressource intermédiaire de type familial avec trois autres adultes qui, comme lui, ne sont pas assez autonomes pour habiter tout seuls. Chaque mois, il reçoit une allocation du gouvernement et une facture du CIUSSS pour payer la dame qui s’occupe de lui.

Ce qu’elle fait très bien d’ailleurs.

Là où le bât blesse, c’est que, cette année, la facture a augmenté beaucoup plus que l’allocation, réduisant de 43 $ son argent de poche pour le mois. «À quoi ça sert d’augmenter la prestation d’un côté et de reprendre plus de l’autre?» demandait Huguette, qui a bien du mal à suivre la logique du gouvernement.  

Au gouvernement, on m’avait expliqué que les changements avaient été faits au nom de l’équité, que les coupures visaient 12 000 des 66 000 usagers.

Début avril, j’ai reçu un message par courriel d’une mère étonnée. «À ma grande surprise, je constate que les frais puisés à même le compte de banque de ma fille […] pour le mois d’avril sont revenus à 747 $ au lieu de 878 $ comme ce fut le cas en janvier, février et mars 2019.»

Le gouvernement aurait-il revu sa décision?

Vérification faite, le prélèvement a aussi diminué dans le compte du fils de Claude et Huguette, qui sont aussi étonnés. «Le coût de son loyer pour ce mois d’avril a été de 747 $. Tout un revirement que nous ne comprenons pas, personne ne nous a avisés de ce changement de cap. […] Nous nous attendons à recevoir un écho du gouvernement disant ce qu’il en est. C’est à suivre.»

Ce qu’il y en est, c’est qu’il n’y a pas eu de revirement.

Au CIUSSS, Centre intégré universitaire en santé et en services sociaux de la capitale nationale, on m’a expliqué qu’on avait prélevé le nouveau montant de 878 $ en janvier alors que la hausse ne devait entrer en vigueur que le 1er février. On a donc appliqué à avril le montant qui aurait dû être perçu en janvier, 747 $.

Une simple erreur, donc.

Et une fausse joie.

* Prénom fictif