Éloïse Dupuis, une jeune femme de 27 ans, témoin de Jéhovah, a refusé une transfusion sanguine à la suite de son accouchement. Le rapport du coroner Luc Malouin précise qu’elle est morte d’une infection, mais que son décès était «évitable».

Du sang sur les mains

CHRONIQUE / Ça fait déjà un bout, je jasais avec un psychiatre qui me faisait remarquer que, dans sa pratique, plus le patient est malade, moins il veut être soigné.

Plus il est déconnecté de la réalité.

Si le médecin juge que le patient peut être dangereux pour lui ou pour les autres, il peut l’hospitaliser quelques jours contre son gré et demander un «P-38» au tribunal pour pouvoir lui prodiguer les soins dont il a besoin. C’est une façon de suspendre son droit de refuser les traitements.

En santé «physique», c’est le contraire.

Plus le patient souffre, plus il est malade, plus il acceptera les traitements proposés par le médecin.

En santé «physique», les refus de soins arrivent généralement en fin de vie, quand la mort est toute proche et que la qualité de vie n’y est plus. On refuse ce qu’on appelle l’acharnement thérapeutique, on laisse la nature faire son œuvre. Et on accepte, rendus là, les soins de confort.

Rien à voir avec Éloïse Dupuis, cette jeune femme de 27 ans, témoin de Jéhovah, qui a refusé une transfusion sanguine à la suite de son accouchement. Le rapport du coroner Luc Malouin déposé la semaine dernière précise qu’elle est morte d’une infection, mais que son décès était «évitable».

Qu’une transfusion, la «seule solution médicale», aurait pu la sauver.

Toujours selon le rapport du coroner, Éloïse aurait refusé la transfusion cinq fois, «en toute connaissance de cause», même en sachant qu’elle y laisserait probablement sa peau. Invoquant ses convictions religieuses, elle a pris le risque de faire un orphelin plutôt que de contrevenir à ses croyances.

Elle ne voulait pas déplaire à Dieu.

Parce que Dieu, nous expliquent les témoins de Jéhovah sur leur site Internet, est très clair là-dessus, il ne faut pas «manger de sang». 

Il en va du boudin comme des transfusions sanguines. 

Voyez. «Après le Déluge, Dieu a permis à Noé et à sa famille d’ajouter la viande à son alimentation. Mais il leur a demandé de ne pas manger le sang. «La chair avec son âme, son sang, vous ne devez pas la manger». Ce commandement s’applique à tous les humains, puisque tous descendent de Noé.»

C’est ainsi que, plus tard, quand l’enfant d’Éloïse posera des questions sur sa mère, on lui dira que Dieu a interdit à Noé de manger du sang.

Et qu’elle a écouté Dieu.

Elle n’est pas la seule. De temps en temps, d’autres cas sont rapportés à travers le monde, d’autres témoins de Jéhovah qui sont morts parce qu’ils ont refusé une transfusion sanguine. Chaque fois, on invoque le «consentement libre et éclairé» à se laisser mourir. Même si ça part de Noé.

Même si le coroner Malouin a noté qu’Éloïse avait peur d’être rejetée par sa communauté si elle acceptait le sang qui aurait pu la sauver.

Les juifs accordent aussi une grande importance aux saintes Écritures, et ils ne peuvent pas non plus «manger de sang», d’où la viande casher. Mais, ils peuvent accepter les transfusions sanguines. Pourquoi? Parce qu’ils suivent un autre enseignement de Dieu, la vie est sacrée.

Et vlan.

On pourrait aussi citer Marc dans le Nouveau Testament : «Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, entrant en lui, ne puisse le souiller».

Incluant le boudin.

Même logique pour l’islam. Les transfusions sanguines sont permises quand la vie est en jeu. Le Coran a l’avantage d’être clair là-dessus. «Il vous a détaillé ce qu’Il vous a interdit, à moins que vous ne soyez contraints d’y recourir».

Les témoins de Jéhovah s’obstinent encore, eux, à obliger les membres de leur communauté à refuser des soins pour des fables qui remontent bien avant l’identification du facteur rhésus. À faire de ceux qui meurent au bout de leur sang des modèles de piété à travers les impies.

Les témoins de Jéhovah ne mangent pas de sang.

Mais ils en ont sur les mains.