Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
L'armée et la Croix-Rouge ont été appelées en renfort, car elles ont l’habitude de gérer des crises, de travailler dans l’urgence.
L'armée et la Croix-Rouge ont été appelées en renfort, car elles ont l’habitude de gérer des crises, de travailler dans l’urgence.

A-t-on mis le bon pilote dans l’avion?

CHRONIQUE / Est-ce qu’il aurait fallu que le gouvernement gère la pandémie comme une catastrophe, comme un cataclysme?

La question se pose.

Le 14 mars, pour la première fois de son histoire, le gouvernement du Québec a décrété l’état d’urgence sanitaire, donnant au ministère de la Santé le droit de contourner les règles habituelles. «On a une espèce de course contre la montre. Pour freiner le virus, il faut agir vite. Il faut prendre des décisions rapidement. C’est pour cela qu’il faut mettre de côté les règles ordinaires», avait alors affirmé François Legault en point de presse.

Il avait donné quelques exemples : «être capable de faire les achats rapidement, être capable aussi d’ajuster certaines mesures. Par exemple, les médecins demandaient qu’à l’avenir la RAMQ paie pour les actes qui sont faits par téléconférence. Donc, ça va maintenant être possible. On essaie aussi de ramener des infirmières qui étaient retraitées dans le réseau. Aussi simple que de dire... il y en a qui hésitaient à cause de leurs cotisations à l’Ordre des infirmières. Bien, là, on va dire : On n’aura plus besoin, elles n’auront plus besoin de payer leurs cotisations à l’ordre des infirmières.»

On est loin de la gestion des opérations.

Étrangement, je n’ai trouvé aucune trace de cette décision dans les communiqués publiés par le gouvernement. Le 14 mars, sur le site qui les répertorie, il y en a un seul : «COVID-19 — Les autorités de santé publique rappellent certaines mesures pour les personnes qui ont des symptômes légers».

Pas un mot sur l’état d’urgence.

Mais on s’est vite aperçu que le rigide réseau de la santé composait plutôt mal avec l’urgence, les annonces de Danielle McCann, qui était alors aux commandes du ministère, ne se matérialisaient pas sur le terrain. L’équipement de protection était insuffisant, les tests de dépistage ne se faisaient pas au rythme annoncé, on a lancé un appel désespéré aux médecins pour qu’ils viennent en renfort.

Le comité COVID mis sur pied en catastrophe comptait 11 sous-comités, et aucun représentant des CHSLD.

Le premier ministre a dû se rendre rapidement à l’évidence, il a constaté que nous faisions face à une urgence nationale, que le feu était pris, qu’il couvait depuis longtemps. En catastrophe toujours, le gouvernement a mis sur pied le site «Je contribue» où on demandait d’abord des gens qualifiés, jusqu’à ce qu’on se ravise, n’importe quelle paire de bras allait faire l’affaire.

Nous perdions un temps précieux.

Et après que le Québec eut tergiversé sur le recours à l’armée canadienne, la province a dû se résoudre à ce que le fédéral vienne prêter main-forte. «Le travail de reconnaissance est en cours dans ces deux provinces, et on est en train de déterminer les besoins à combler et les prochaines étapes à suivre», a dit Justin Trudeau le 24 avril.

Dans le cadre de l’opération LASER, 1350 militaires ont ensuite été déployés au Québec. «Les hommes et femmes des FAC [Forces armées canadiennes] ont travaillé dans un total de 47 établissements. Ils sont encore dans quelques-uns d’entre eux, et ne quitteront pas tant que l’établissement ne sera pas passé au vert et qu’il sera sous contrôle», avait assuré, fin juin, le lieutenant politique pour le Québec Pablo Rodriguez.

Au cours de la première vague de la pandémie, dans le cadre de l’opération LASER, 1350 militaires ont été déployés au Québec.

Et après, la Croix-Rouge a pris le relais.

Sur le terrain, les choses ont bougé entre autres parce que l’armée et la Croix-Rouge ont l’habitude de gérer des crises, de travailler dans l’urgence.

Ils sont formés pour ça.

En Colombie-Britannique, c’est plutôt l’état d’urgence provincial qui a été décrété le 18 mars, en plus de l’urgence sanitaire. Dans un reportage d’Adrien Blanc à Radio-Canada, on explique que «l’état d’urgence provincial permet au ministre de la Sécurité publique, en vertu de la Loi provinciale sur les programmes d’urgence, de réquisitionner une propriété privée, d’interdire certains déplacements ou encore de fixer les prix de biens et services essentiels afin de faire face à la crise.»

Ils l’ont fait, même si le feu n’était pas pris.

Le Québec — et pas uniquement Montréal — aurait-il pu faire de même? Aurait-il fallu sortir la gestion de la crise du giron de la santé publique pour la confier à la sécurité civile qui a l’habitude d’agir comme chef d’orchestre quand une catastrophe survient? Et qui, surtout, a l’habitude de se «revirer sur un dix cennes»?

Qui plus est, le modus operandi en situation de crise est bien rodé, il se déploie jusque dans les municipalités qui ont chacune un plan d’urgence adapté à leur réalité, ce qui aurait permis, peut-être, des actions plus ciblées et plus efficaces. 

On aurait ainsi pu introduire plus tôt les niveaux d’alerte qui font déjà partie de leur façon d’intervenir.

Sur le site Web du gouvernement, le rôle de la sécurité civile est clair : «concerter les actions des ministères et organismes (MO) du gouvernement du Québec dans les quatre dimensions de la sécurité civile que sont la prévention, la préparation, l’intervention et le rétablissement».

Le premier ministre a dit le 14 mars, «toutes les équipes dans tous les ministères sont mobilisées».

Au ministère de la Sécurité publique, on m’a expliqué que «la sécurité civile suit l’évolution de la propagation du coronavirus depuis le tout début. […] Le ministère de la Sécurité publique (MSP) assure régulièrement la tenue de rencontres de coordination et de partage d’informations avec tous les partenaires gouvernementaux membres de l’Organisation de la sécurité civile du Québec (OSCQ). Ceci permet de documenter la situation en temps réel et d’adresser rapidement les enjeux rencontrés.» 

La coordination se fait par l’entremise de réunions. «Depuis le 29 janvier, l’OSCQ tient des réunions de coordination concernant la pandémie de COVID-19. Leur fréquence est ajustée en fonction de l’évolution de la situation. Près d’une trentaine de ministères et organismes participent à ces réunions, dont le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, le ministère de la Famille, Urgence Québec et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail.»

Ça fait beaucoup de monde.

La sécurité publique vient donc en appui. «Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le MSP met à contribution les membres de l’OSCQ et leur coordination en soutien au ministère de la Santé et des Services sociaux, lequel est responsable de la mission Santé du Plan national de sécurité civile. Le MSP et tous les partenaires de l’OSCQ suivent l’évolution de la situation en continu et sont prêts à intervenir en adéquation.»

Ils sont prêts.