Cet été, ils étaient 16 papas et 25 enfants, de 3 à 12 ans. Les pères se tiennent ensemble depuis des années et leurs enfants, depuis leur naissance.

16 papas, 25 enfants

CHRONIQUE / François Boucher et Mathieu Thériault savent déjà ce qu’ils feront la fin de semaine du 7 et 8 septembre.

Ils seront dans le bois.

Et ils ne seront pas tout seuls. Si la tendance se maintient, dans ce qui est devenu une tradition, ils seront au moins une quinzaine de papas avec leur marmaille à camper dans le parc de la Jacques-Cartier.

Sans les mamans.

Ça a commencé tout doucement en 2016, ils étaient une poignée de vieux chums et leurs enfants. «Il pleuvait, et ça ne nous a pas dérangés du tout. On s’était installé une bâche avec un arbre au milieu. On a passé un super beau moment.» Assez pour remettre ça l’année suivante et l’autre après.

Cet été, ils étaient 16 papas et 25 enfants, de 3 à 12 ans. Les pères se tiennent ensemble depuis des années et leurs enfants, depuis leur naissance. Ils se retrouvent donc en terrain connu. «On loue tous les terrains sur le site le plus éloigné, explique Mathieu. C’est très boisé, à l’écart. C’est parfait.»

Ils s’installent tout un campement. «Le vendredi, raconte François, on part ça de zéro. On a deux heures de portage, et on amène du stock! On a des barbecues au gaz et aux briquettes, des bûches, les tentes, des matelas, la bouffe, on amène même des brouettes! Les enfants nous aident, ils amènent leurs affaires.»

Et, imaginez donc, il n’y a pas de réseau.

Aucun cellulaire.

Il y a une chaudière à bonbons par contre, qui fait d’ailleurs l’objet du seul règlement de la fin de semaine, tient à préciser Mathieu. «Quand on arrive, on leur fait un discours solennel. On prend un ton sérieux et on leur dit : “Vous devez savoir que, pendant la fin de semaine… il n’y a aucune règle. À part de mettre parfois le couvercle sur la chaudière!”»

Et le respect de la nature. 

Mais les papas ne sont jamais loin. «On garde un œil…»

Les enfants s’habillent quand ils ont froid, se couchent quand ils sont fatigués. «Ma fille est venue me voir, elle voulait aller se coucher. Je suis allé avec elle et je lui ai expliqué comment garder sa chaleur, je suis resté un peu avec elle, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. C’est un beau moment, un moment tendre.»

Chaque papa le fait.

Et après? On sort les côtes de bœuf. «On s’achète des belles pièces de viande, on se fait ça quand les enfants sont couchés, raconte François. Les papas en profitent, c’est aussi une fin de semaine entre chums! Et nos blondes en profitent aussi…»

C’est gagnant-gagnant.

Les enfants, eux, ont quelque chose de rare, un sentiment de liberté. «Ils vivent leur fin de semaine entre eux. Il n’y a à peu près pas de chicanes, c’est du pur bonheur!» résume Mathieu. Le campement est sur un terrain plat, à côté d’un petit cap, et les enfants peuvent s’y aventurer.

Ils ont même fait leur feu. «On les a laissés faire un feu tout seul cette année, sans les aider. Ça leur a pris deux heures à gosser. Au début, il y avait juste de la boucane, puis ils ont réussi, il y avait une belle flamme de trois pieds. À un moment donné, leur feu était mieux que le nôtre, mais on s’est repris…»

Quand même.

Tout le monde mange ensemble. «Le gros défi technique, c’est la bouffe. On veut garder l’esprit communautaire, ça serait moins l’fun si chacun faisait ses choses de son bord.» Les menus sont des valeurs sûres.

Ne cherchez pas les légumes.

Le samedi, comme chaque année, ils partent en randonnée. Et pas la plus facile. Cette année, ils ont emprunté le Scotora, un des plus longs sentiers du parc de la Jacques-Cartier, 16 kilomètres aller-retour, niveau difficile.

Ils sont partis les 40. 

«Chacun y va à son rythme, me dit Mathieu. Les premiers couraient en avant, les autres suivaient. Ma fille de cinq ans, je ne l’ai pas vue de la montée, je l’ai rejointe en haut. Ça s’est fait avec une étonnante facilité. Au retour, on avait même planifié certains arrêts, mais ils n’arrêtaient pas!»

Le petit de trois ans a eu droit aux épaules de papa.

Le gars de François aussi, juste vers la fin. Il a 4 ans. «Les jeunes s’encourageaient entre eux.»

Quand ils partent le dimanche, il ne reste aucune trace de leur passage, «même pas un papier de bonbon». Les papas ne font pas de compromis là-dessus. «On insiste beaucoup là-dessus, ils comprennent que c’est important.»

Les traces, elles restent entre leurs deux oreilles.

Comme celles laissées par une autre forêt, quand Mathieu et François se sont connus. «C’était en 1996, on était en secondaire III. Il n’y a pas un soir où on ne s’appelait pas, c’était assez intense. Il y avait une petite rivière pas loin de chez Mathieu, on était une gang de chums, on se rejoignait quand il faisait beau. On se faisait des feux, on n’était pas en danger. On disait : “On va-tu dans le bois?” On passait nos étés-là.»

Les chums d’hier sont devenus papas.

Et, pendant les trois jours où ils sont dans le bois avec leurs enfants, c’est un peu là qu’ils retournent.