1188 jours sans ses enfants

CHRONIQUE / Le jour où la DPJ et le tribunal ont fini par voir clair dans le jeu de son ex, Latif Lahrim a finalement obtenu la garde complète de ses deux enfants. Il était déjà trop tard.

Sept mois plus tôt, fin 2016, quand l’étau a commencé à se resserrer autour de la mère, elle a quitté le pays avec le petit Rayan, 18 mois, et sa sœur Zineb, trois ans et demi. «Vers la fin, je les avais avertis, je leur avais dit : “elle va prendre la fuite”... Ils ne m’ont pas écouté.» 

Houda Doumi et les enfants restent, à ce jour, introuvables.

Je vous ai déjà parlé de Latif, je lui avais donné le prénom de Tarek dans un dossier publié en avril 2017 sur les hommes qui font l’objet de fausses accusations. Son ex-femme n’y était pas allée de main morte, elle l’avait accusé de violence conjugale, de menace de mort, d’incitation à des gestes sexuels sur leur fille.

Même de menace terroriste.

Son cauchemar a commencé le 12 octobre 2015, lorsqu’il a trouvé la maison vide à son retour du travail. «J’ai appelé partout, j’étais inquiet. J’ai appelé la police pour savoir où mes enfants et ma femme étaient. Ils ont dit : “ne vous en faites pas, vos enfants sont en sécurité”. Ils m’ont demandé de me rendre près du poste, de me garer.» 

Il s’y est rendu sur-le-champ. «Quand je suis sorti de ma voiture, deux agents sont venus m’arrêter...» Il a passé trois jours en prison. «Personne ne voulait me croire, ni les enquêteurs de la police ni la DPJ. Psychologiquement, j’étais détruit. J’ai eu des envies de suicide. Ma vie était finie...»

Il a embauché un expert pour aller chercher des éléments dans le portable de son ex, il a fait analyser des photographies qu’elle avait déposées en preuves. 

Il s’est soumis deux fois au polygraphe, à ses frais.

Le vent a tourné au tribunal de la jeunesse. «L’intervenante de la DPJ, la même qui avait fait un rapport dévastateur contre moi à partir seulement de la version de mon ex, elle est venue me dire “on commence à avoir des doutes...”» La plaignante leur faisait de plus en plus faux bond, avec toutes sortes d’excuses. 

Après un an et demi de procédures ruineuses, après des milliers de dollars payés en frais d’avocats, les accusations ont été retirées. 

Latif a obtenu la garde complète.

Sauf qu’il n’a toujours pas ses enfants. Le 2 décembre 2016, Houda Doumi a quitté le pays, il a fallu presque deux semaines aux autorités pour s’en rendre compte. Des mandats d’arrestation ont aussitôt été lancés par la GRC et par le Service de police de Montréal pour enlèvement.

Interpol a lancé quelques mois plus tard un mandat pour la mère et pour les enfants. «Selon les informations que j’ai obtenues d’Interpol, elle s’est d’abord rendue en Égypte, puis à Oman. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles d’eux, en juin dernier, ils étaient à Dubaï. Et il n’y a eu aucun mouvement depuis.»

Ça fait plus de six mois, Latif attend toujours.

Houda a l’appelé deux fois le 11 juin. Elle lui a envoyé deux photos et lui a demandé d’aller la rejoindre au Maroc pour «régler ça», Latif lui a plutôt demandé de contacter l’organisme Enfant-retour pour s’informer de la marche à suivre pour un retour au Canada. Houda a promis d’appeler le lendemain, elle ne l’a pas fait.

Elle a reconnu être partie quand elle a senti la soupe chaude. «Avec tout ce que j’ai fait, ils allaient m’enlever les enfants.» Latif lui a répété qu’elle faisait l’objet accusations d’enlèvement, que le mandat s’étendait à plusieurs pays. «C’est à toi de coopérer, la balle est dans ton camp.» Ce à quoi elle a répondu : «Là où je suis, il n’y a pas de camp.»

Depuis, silence radio.

Selon toute vraisemblance, elle est toujours à Dubaï. «On me dit qu’ils n’ont pas passé la frontière», indique Latif, qui n’a pas revu sa fille depuis octobre 2015, et qui n’a eu que neuf visites avec son fils pendant les procédures. «Quand ils m’ont arrêté, il avait six mois. Je l’ai revu pour la première fois à 12 mois.»

Sa fille aura six ans en mars, son gars quatre ans en février.

Latif dépend d’Interpol, qui dépend de la collaboration des autorités locales. «Ça ne bouge pas et on ne sait pas pourquoi. On ne sait pas si c’est à cause de la police locale qui ne collabore pas ou si elle a donné une mauvaise adresse. La GRC et le SPVM ont fait plusieurs demandes, ils talonnent, mais ça ne bouge pas.»

À court de ressources, Latif a décidé de rendre publics les mandats d’arrestations et de recherche et de lancer un appel au public. Il a monté un site Internet, www.jamaissansmesenfants.com, dans lequel il invite les internautes à partager le plus possible l’information.

Il fait aussi appel à la générosité des gens pour pouvoir se rendre là-bas retrouver ses enfants. Advenant que la police locale n’applique pas le mandat d’Interpol, il devra réclamer la garde de ses enfants là-bas. «Je devrai tout recommencer de zéro, il faudra que je porte plainte, que je fasse les démarches pour pouvoir les rapatrier.»

La chose est possible, il y a quelques précédents.

Au cours d’une des deux conversations du 11 juin, Latif a supplié Houda de revenir au Canada pour faire face à la justice et de laisser à un juge le soin de déterminer la suite des choses. Elle avait déjà consulté un avocat pour évaluer ses options. De celles-là, elle a laissé entendre qu’elle pourrait prendre le chemin du Maroc, où elle et ses enfants ont la nationalité, en plus de la nationalité canadienne.

Non, Latif n’est pas au bout de ses peines.