S’il n’en tient qu’à Doug Ford, la Bourse du carbone à laquelle l’Ontario vient de se joindre, aux côtés du Québec et de la Californie, ne tiendra pas la route très longtemps.

Mort annoncée de la Bourse du carbone

CHRONIQUE / Si les sondeurs qui prédisent la victoire de Doug Ford en Ontario et de François Legault au Québec ont raison, la stratégie des deux provinces pour lutter contre les changements climatiques sera compromise et peut-être même abandonnée. S’il n’en tient qu’à Doug Ford, la Bourse du carbone à laquelle l’Ontario vient de se joindre, aux côtés du Québec et de la Californie, ne tiendra pas la route très longtemps. «Si Justin Trudeau veut nous l’imposer, je dirai comme l’a déjà dit son père, “Just watch me”», a déclaré M. Ford pendant sa campagne la direction. Il a réitéré ses propos mardi dans une entrevue à la CBC.

M. Ford n’est pas encore élu, mais sa victoire aux élections du 7 juin placerait François Legault devant un choix difficile : un gouvernement de la CAQ suivrait-il l’Ontario ou conserverait-il la Bourse du carbone? 

Le chef de la Coalition avenir Québec était à Paris en décembre 2015 à l’occasion de la Conférence sur les changements climatiques. Il n’a jamais mis en doute les objectifs de cette réunion internationale, mais il a toujours gardé ses distances à l’endroit des décisions prises par Philippe Couillard. Le 8 décembre 2015, il a dit trouver «très risqué de voir le Québec avec seulement l’Ontario, le Manitoba et la Californie. Ça veut dire que sur 60 États et provinces, il n’y en a que quatre qui participent au marché du carbone. Tous les autres auront un avantage compétitif».

Quelques mois plus tôt, en mai, la CAQ avait publié un communiqué de presse citant M. Legault. Il associait alors la Bourse du carbone à une nouvelle augmentation de taxe de 100 $ par année pour une famille moyenne possédant deux voitures. Il demandait un allègement du fardeau fiscal pour compenser cette augmentation de taxe.

Mardi, j’ai demandé au bureau de François Legault de préciser quelle était la position de la CAQ sur la Bourse du carbone. «La CAQ n’est pas contre l’idée d’un marché du carbone efficace, mais est très sceptique sur la façon de le mettre en place par les libéraux» m’a-t-on répondu par écrit, en me renvoyant au dernier communiqué de presse du parti sur le sujet. Or ce communiqué, du 5 octobre, était une critique du système actuel qui forcerait le Québec à acheter des crédits de carbone à l’extérieur du pays pour atteindre sa cible de réduction des gaz à effet de serre. Bref, la CAQ n’a pas d’idée bien arrêtée sur les mesures à prendre pour donner suite aux engagements pris à Paris pour combattre les changements climatiques. François Legault n’a jamais eu à se prononcer clairement sur le sujet jusqu’à maintenant, mais l’arrivée de Doug Ford sur la scène politique ontarien vient de changer la donne. M. Legault devra plus tôt que tard décider si un gouvernement caquiste irait dans le même sens que celui de Philippe Couillard, ou s’il suivrait l’exemple de Doug Ford, et la voie tracée par Donald Trump aux États-Unis.

En entrevue à la CBC, Ford a déclaré  qu’il ne nie pas l’existence des changements climatiques. Mais il a ajouté que la Bourse du carbone contribue davantage à la réduction des gaz à effet de serre au Québec et en Californie qu’en Ontario. Il a réitéré sa promesse de ne pas imposer une taxe carbone, sans préciser ce qu’il ferait à la place.

À compter de janvier prochain, les provinces qui n’ont pas d’autre système de réduction des GES, se verront imposer une taxe fédérale sur le carbone. La mise sur pied d’un marché conjoint du carbone entre le Québec, l’Ontario et la Californie avait permis aux deux provinces d’éviter cette taxe fédérale. Que ferait le gouvernement Trudeau devant le retrait des deux provinces de ce marché? Et que ferait un gouvernement Legault? La question est incontournable.