Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Ian Mendes anime une émission quotidienne à TSN 1200.
Ian Mendes anime une émission quotidienne à TSN 1200.

Mon ami Ian

CHRONIQUE / Ça s’est passé mardi après-midi, sur la place du marché By. Je prenais un «café de distanciation sociale» avec mon ami, et collègue, Ian Mendes.

Je lui avais donné rendez-vous, une heure avant le début de son émission quotidienne à TSN 1200, pour lui parler du discours passionné qu’il a livré sur la crise qui secoue l’Amérique du Nord ces temps-ci.

Nous venions tout juste de commencer à en discuter, quand nous avons été interrompus. Un col bleu de la ville d’Ottawa, au volant d’un pick-up, s’est immobilisé au coin de la rue. Il a baissé sa fenêtre pour saluer Ian.

«J’ai beaucoup aimé ton intervention», a lancé le jeune homme blanc.

Ian l’a remercié. Il semblait à la fois fier et gêné.

«Je te dirais que ça se passe comme ça depuis hier soir. Presque tout le monde réagit comme ça», m’a-t-il soufflé.

«Je suis un peu sous le choc», a-t-il ajouté.

Ian anime un talk-show qui porte sur l’actualité sportive. Quand il a décidé de parler de racisme, au sens large, il appréhendait une certaine réponse du public.

«Stick to sports», lui a-t-on souvent répété, dans le passé, quand il essayait de parler d’enjeux sociaux qui lui étaient chers.

«Guess what», leur a-t-il répondu, lundi, sur un ton de défi. En ce moment, il n’y a pas d’événements sportifs, tout frais, à disséquer. La campagne contre le racisme occupe toute la place, dans l’actualité, depuis le décès de George Floyd. On peut prendre le temps de s’en parler.

Ian avait mal jugé son auditoire.


« Il y a cinq ans, la même sortie n’aurait pas eu le même effet. »
Ian Mendes

Il y aura toujours quelques exceptions. Les zozos en mal d’attention ont besoin d’évacuer leur frustration.

Mais, de façon générale, les gens ont applaudi son courage et apprécié son travail de réflexion.

«Il y a cinq ans, la même sortie n’aurait pas eu le même effet», me dit Ian.

Les gens changent. Dans ce cas, ils changent peut-être pour le mieux.

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Je sais que l’émission de mon ami Ian est diffusée à la radio anglaise. On l’écoute peut-être un peu moins sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais.

Tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’écouter son segment sur le racisme peuvent le faire dès maintenant.

Ça dure cinq minutes.

Ça vaut vraiment la peine.

Prenez votre temps. On va vous attendre.

Aussi bien vous dire tout de suite, je ne suis pas toujours d’accord avec lui.

Je crois toutefois que son approche est la bonne. «Il faut arrêter de penser que les Blancs constituent le problème. Les Blancs doivent faire partie de la solution», dit-il.

C’est juste.

Le climat de division, qui est dans l’air en ce moment, ne peut qu’engendrer des confrontations. Dans les affrontements directs, on passe la moitié du temps à se défendre, l’autre à attaquer. On ne prend alors pas le temps de chercher des solutions.

Ian lance un défi à ses «collègues des médias». Il demande aux autres de le suivre. Il dénonce le silence «complice». Il nous encourage à parler, même si ça peut déplaire à certains.

C’est pour cette raison, entre autres, que je suis allé à sa rencontre, mardi.

Parfois, le silence n’a rien de complice. Parfois, je me dis qu’il est préférable de se taire et de s’effacer, pour mieux laisser le plancher à ceux qui savent vraiment de quoi ils parlent.

Ian m’a répondu en me parlant des autres causes qu’il soutient. Il s’implique notamment au sein du mouvement ManUp Inspire. Dans le cadre de cette initiative, il a rencontré des groupes de jeunes hommes, pour discuter de la façon de traiter les femmes de leur entourage.

«Je ne voulais pas arriver à la fin de ma carrière et faire le bilan et constater que j’ai passé des années à faire des segments sur les faits cocasses et amusants chez les Sénateurs.»

«Je peux faire des segments amusants et parler de choses plus sérieuses. Il y a suffisamment de temps et d’espace pour les deux.»

Il y a matière à réflexion.

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Les réseaux sociaux sont remplis de messages de solidarité, ces temps-ci. Dans l’océan, on pourrait facilement perdre celui qui a été lancé, sur Instagram, par Mark Borowiecki.

«Les tweets, les citations, les insta stories... Tout ça, c’est cool. Mais il faut aussi agir», a lancé le défenseur qui sera bientôt joueur autonome sans compensation.

Parce qu’il n’est pas du genre à parler pour rien, Borowiecki a précisé que sa famille a fait un don au réseau mondial Black Lives Matter.

Mais ça, c’est le Borowiecki qu’on connaît bien. Cette générosité ne devrait pas nous étonner.