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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Le beau temps donne envie de se déconfiner, mais la prudence reste de mise.
Le beau temps donne envie de se déconfiner, mais la prudence reste de mise.

Toujours une menace malgré le soleil

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CHRONIQUE / Le temps particulièrement ensoleillé et chaud de cette semaine donne envie d’abandonner le télétravail, d’appeler ses proches et rattraper le social des derniers mois. En plus les bilans estriens sont bons, enlignant deux journées avec un seul nouveau cas. Tout nous pousse à baisser la garde, sauf que le monstre n’est pas mort.

S’il y a bien une chose à retenir des deux premières vagues, et que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Bas-Saint-Laurent et l’Outaouais nous montrent à nouveau, c’est à quel point ça peut repartir vite. C’est le propre des pandémies, tout peut basculer en quelques jours, même lorsqu’on se pense à l’abri et loin de la propagation.

Le nom des couleurs est le même qu’à l’automne, mais elles n’ont pas les mêmes définitions, on le voit bien. Déjà, il n’y avait pas de couvre-feu, l’automne dernier. J’ai quand même l’impression que peu importe le ton foncé des couleurs, ce que les gens veulent, ils ne l’auront pas avant plusieurs semaines, même en zone jaune. Cette liberté, elle va revenir quand le monstre sera mort. Ou dans le coma.

Recommencer à visiter ses proches, bruncher, ne plus porter de masques, prendre des gens dans nos bras, il va falloir attendre, malgré le beau temps, malgré Pâques, malgré les vaccins. 

François Legault a annoncé, mardi, qu’un million de Québécois et Québécoises avaient reçu un vaccin. Bonne nouvelle, mais nous sommes près de 8,5 millions. Environ 12% de la population est donc vaccinée. C’est encore peu pour avoir un effet collectif. 

Prudence nécessaire

Ça ne signifie pas que le gouvernement Legault ne prend que de bonnes décisions, mais je suis persuadé que le premier ministre et la santé publique n’ont aucun plaisir à maintenir des mesures sanitaires. 

Jusqu’à maintenant, le Québec a eu ses vagues un peu après les autres et, en ce moment, une troisième vague est bien en place en Europe, mais surtout en Ontario, tout juste de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

Certaines personnes critiquent le gouvernement Ford d’avoir assoupli trop tôt certaines mesures. Nos voisins semblent aussi en retard sur la vaccination – bien que leur stratégie est différente de celle du Québec. Mais surtout, les variants leur jouent de mauvais tours, environ 50% des nouveaux cas ontariens seraient dus à des variants, principalement le britannique. En ce moment, le taux d’infection en Ontario ressemble à celui de décembre dernier. Ça n’allait pas bien en décembre dernier.

Aussi, plusieurs personnes ont tendance à oublier que le vaccin n’empêche pas nécessairement la propagation. Le vaccin diminue les risques de tomber malade, mais n’empêche pas d’attraper le virus ni de le transmettre.

Même une fois la période d’immunisation passée – trois semaines pour que le vaccin fasse effet – ça ne veut pas dire qu’on peut tout ouvrir aux personnes vaccinées. On ne s’en sortira pas si les personnes vaccinées transmettent le virus au reste de la population.

On peut s’accrocher à l’espoir du vaccin, mais il ne faut pas tout gâcher par empressement non plus. Le premier ministre a confiance de donner une première dose à tous les Québécois et Québécoises d’ici la Saint-Jean-Baptiste, ça sera une grosse étape, mais loin d’être la fin. Il faudra encore donner la deuxième dose à tout le monde. 

Sans parler qu’il faut garder en tête les possibles mauvaises surprises. Peut-être qu’il n’y en aura pas. Peut-être que la vaccination va régler cette pandémie pour de bon, mais peut-être que les variants vont surprendre, peut-être qu’il faudra vacciner chaque année. Tout est nouveau, pour tout le monde. On a de solides hypothèses, mais ça reste un terrain inconnu.

Par exemple, des études britanniques laissent croire – bien que l’échantillonnage soit mince – que le variant britannique se transmet aux chiens et aux chats et peut les rendre aussi malades que nous, alors que la souche originale avait peu d’effets. Il n’y a pas encore assez de cas pour confirmer un lien, mais assez pour se poser des questions et le tester en laboratoire. 

Ceci dit, les scientifiques ne croient pas que les animaux domestiques puissent être des sources d’infection, mais ça démontre qu’on n’a pas fini d’être surpris par ce virus. Juste pour ça, on devrait rester prudent.

Je ne joue pas aux défaitistes juste pour chercher des poux. La vie m’a simplement montré que tant que le deal n’est pas terminé, il ne faut pas faire comme si le deal était terminé, parce qu’on ne sait jamais. Je ne tiens rien pour acquis dans la vie.

Les restaurateurs n’ont pas envie de refermer ni les théâtres ni les gyms, personne ne veut revenir en arrière. Pour ça, il va falloir maintenir la fièvre du printemps. 

On peut aller manger avec une personne. On peut profiter du beau temps et pique-niquer avec quelques personnes. On peut aller au cinéma. Il y a encore des restrictions, mais ne perdons pas ce qu’on a retrouvé par excès de confiance.

Au lieu de rêver à ce qu’on n’a pas encore, apprécions ce qu’on vient de retrouver.