Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Jusqu’à maintenant, le gouvernement a sensiblement suivi le plan de vaccination prévu, sauf pour les maladies chroniques.
Jusqu’à maintenant, le gouvernement a sensiblement suivi le plan de vaccination prévu, sauf pour les maladies chroniques.

Les maladies chroniques encore mises de côté?

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Depuis le début de la pandémie, on souligne que les personnes avec certaines maladies chroniques sont plus à risques de développer des complications avec la COVID-19, ou que leur maladie chronique est un facteur de comorbidité. Coup de théâtre, mercredi, même si les scénarios recommandaient de les vacciner avant la population générale, les voilà, en bonne partie, intégrées à la population générale.

La liste des maladies chroniques est sensiblement la même depuis le début de la pandémie : hypertension, maladies respiratoires, maladies cardiovasculaires, diabète (sans précision type 1 ou 2), cancer, trouble neurologique, maladie du rein, maladie hépatique, problème du système immunitaire, obésité, psychose, anémie.

La Santé publique souligne que « les personnes atteintes d’une ou de plusieurs maladies chroniques ainsi que celles ayant un système immunitaire affaibli sont à risque élevé de complications à la suite d’une infection à la COVID-19. » 

L’INSPQ, elle, écrivait encore en décembre dernier que « la présence d’une maladie chronique augmente le risque d’avoir des complications de la COVID-19, incluant le décès. » Pour protéger cette population, « la majorité des autorités sanitaires préconisent le télétravail » et « d’éliminer les tâches à risque élevé d’exposition ».

Ces recommandations invitaient donc ces personnes à rester en télétravail, même dans les périodes où ce n’était pas obligatoire. Dans les milieux à risques, on proposait à ces personnes de changer de département, pour diminuer les risques. Plusieurs personnes ayant une de ces maladies chroniques n’ont pas pu devenir préposées aux bénéficiaires, par exemple, dus aux risques de complications. 

Dès les premiers scénarios de vaccination, les personnes avec des maladies chroniques étaient prioritaires, après les personnes âgées, mais avant la population générale, la catégorie 8. Encore mercredi, c’est ainsi qu’on l’écrivait sur le site du gouvernement : « Priorité 8. Les personnes adultes de moins de 60 ans qui ont une maladie chronique ou un problème de santé augmentant le risque de complication de la COVID-19. »

Finalement, ce n’est pas ça, a-t-on appris pendant la conférence de presse de mercredi du ministre de la Santé Christian Dubé et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. On limite la catégorie 8 aux personnes qui ont « un risque très élevé » de complications, c’est-à-dire les personnes qui sont en traitement actif pour leur maladie.

Ça élimine plusieurs personnes de la catégorie 8. La majorité d’entre elles, probablement, en fait. Les personnes qui font du diabète, de l’hypertension ou de l’asthme, mais dont la situation est contrôlée, qui ont un simple suivi de leur situation, sont tout d’un coup redirigées vers la population générale. 

Nombre de vaccins

Horacio Arruda explique que cette décision, prise selon les recommandations de plusieurs experts, est due au nombre de vaccins disponibles en ce moment. Mais où est le nouveau? Depuis le début, les vaccins sont en nombres limités.

On n’a pas attendu d’avoir tous les vaccins disponibles pour ouvrir la priorité aux personnes en CHSLD, puis au personnel de la santé, puis aux personnes âgées de 80 ans ou plus. On est passé au travers de ces priorisations au fur et à mesure de l’arrivée des vaccins. Pourquoi agir différemment avec la catégorie 8? Qu’est-ce qui change? 

Il est normal que les personnes qui ont des traitements en ce moment, en particulier lorsque le traitement diminue le système immunitaire, soient vaccinées avant le reste de la population, avant le personnel essentiel, avant les maladies chroniques stables. Mais de là à reléguer les maladies chroniques « contrôlées » avec les gens sans maladies chroniques? Là, je ne comprends pas.

Depuis plus d’un an, une population est mise de côté parce qu’on a peur qu’elle attrape la COVID-19, mais quand vient le temps de les vacciner comme prévu, on les met encore de côté! 

On a tellement répété partout que certaines personnes étaient plus à risque qu’il y a même eu une stigmatisation. Les personnes âgées, entre autres, mais aussi les personnes grosses.

Dois-je rappeler le cas de Marie-Christine Lanoue de cet hiver? Cette infirmière que le CIUSSS de l’Estrie a mise de côté parce que, selon eux, l’obésité était un trop grand facteur de risque? Elle n’est qu’un exemple parmi d’autres. Trop à risque pour avoir un emploi, mais pas assez pour avoir un vaccin. Où est la logique? 

En tant que personne asthmatique, ça fait plus d’un an que je fais très attention. Une grippe sur deux se transforme, dans mon cas, en bronchite sévère et même en pneumonie. Plus d’une fois, je me suis retrouvé à l’urgence pour une grippe trop forte, n’arrivant plus à respirer. Je n’ai pas envie d’essayer l’effet qu’aurait la COVID-19 sur mes bronches.

Je me prends en exemple parce que c’est facile de l’expliquer, mais je sais que je suis loin d’être le seul. Je pourrais évoquer des gens de mon entourage qui sont immunosupprimés, qui font du diabète de type 2, qui se remettent d’un cancer et qui, comme moi, évitent les lieux trop publics, même pendant un déconfinement. 

Une des craintes du gouvernement est d’augmenter les cas d’hospitalisation. La capacité du réseau a même diminué, a-t-on appris, mardi. La crainte est d’autant plus forte que les variants frappent plus fort, y compris les plus jeunes. C’est contradictoire de ne pas vacciner avant les autres une population considérée plus à risque de complications.

Ça soulève quelques questions. Soit on a exagéré les risques pour les personnes avec des maladies chroniques, soit on considère cette population à risque moins importante, soit on n’arrive pas à adapter la vaccination.

Après tout, prouver son âge, c’est facile. Prouver une maladie chronique, c’est plus dur. Je n’ai aucun papier qui m’identifie comme asthmatique chronique. Je n’ose pas imaginer le bordel de demander des billets de médecin pour authentifier les maladies, surtout pour les gens qui n’ont pas de médecin de famille – plusieurs personnes avec une maladie chronique n’ont pas de médecin de famille.

Néanmoins, pour un gouvernement qui demande de toujours faire un dernier effort, qui répète qu’avril est le mois de tous les dangers, j’ai l’impression de voir un raccourci, un relâchement de fin de parcours, malgré les risques.