Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Marylène Lévesque a été tuée en janvier par Eustachio Gallese, qui se trouvait en semi-liberté à ce moment-là.
Marylène Lévesque a été tuée en janvier par Eustachio Gallese, qui se trouvait en semi-liberté à ce moment-là.

Meurtre de Marylène Lévesque: l’enquête non prioritaire

CHRONIQUE / Un premier appel téléphonique à la Commission des libérations conditionnelles du Canada et un deuxième au Service correctionnel du Canada mardi n’ont pas permis d’apprendre quand reprendra l’enquête entourant le meurtre de Marylène Lévesque, tuée en janvier par Eustachio Gallese, qui se trouvait en semi-liberté à ce moment-là.

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«Reprendre» l’enquête? Beaucoup de gens l’ignorent, mais elle a été interrompue à la mi-mars en raison de la pandémie de la COVID-19. Cela peut se comprendre.

Mais ce qui demeure totalement incompréhensible est le fait que cette enquête interne pilotée par le Service correctionnel du Canada, à laquelle la Commission des libérations conditionnelles est partie prenante, n’ait pas repris dès le mois de mai ou même avant.

En mai, et même en avril, de très nombreuses organisations s’étaient déjà retournées. Elles avaient trouvé des manières de travailler à distance.

Ces deux bras de l’État à qui Ottawa a confié la responsabilité de déterminer pourquoi Eustachio Gallese détenait d’aussi larges permissions que celles qu’il possédait au moment du meurtre ont pourtant l’habitude des outils de visioconférence. Un rappel : seize ans avant le meurtre de Marylène Lévesque, Gallese avait déjà été reconnu coupable de celui de sa conjointe.

Il est évident que ces deux bras de l’État n’ont pas cessé toute activité à la mi-mars ni par la suite. L’un et l’autre ont de lourdes et difficiles missions de sécurité à assumer et des décisions importantes à prendre régulièrement.

Leurs activités à distance se sont probablement même multipliées depuis l’irruption de la pandémie. Mais pas pour cette enquête interne.

Ce que cette longue interruption nous indique est tout simplement que cette enquête ne constitue pas une priorité pour ces deux organisations. Ou qu’elle ne peut l’être en regard des urgences et des impératifs auxquels elles doivent faire face.

En raison de ce que cette longue interruption révèle — soit qu’il s’agit d’une enquête secondaire, non prioritaire pour elles —, on voit encore mieux aujourd’hui qu’avant que cette investigation n’aurait jamais dû leur être confiée.

Elle n’aurait jamais dû l’être parce que ces deux organisations sont juges et parties.

C’est de leur côté que des dysfonctionnements ayant conduit au meurtre de cette jeune femme se sont produits. 

Eustachio Gallese lors de son arrestation

Faut-il rappeler que le socle sur lequel repose tout le système des libérations conditionnelles est celui de la confiance de la population? Voilà pourquoi, surtout, et dès le départ, Ottawa n’aurait jamais dû confier au Service correctionnel du Canada et à la Commission des libérations conditionnelles cette enquête les concernant.

Celle-ci n’aurait jamais dû être interne, mais externe. Elle aurait dû être confiée à un tiers pour être totalement indépendante, y compris dans les apparences. Et afin qu’elle soit bel et bien la priorité de ceux chargés de cette mission.

Comparaison n’est pas raison, mais ce n’est pas la Direction de la protection de la jeunesse qui enquête sur les défaillances et les dysfonctionnements ayant conduit au décès de la jeune enfant de Granby l’an dernier. Cette tâche a été confiée à une commission d’enquête indépendante. Or, si la Commission Laurent a ralenti ses activités pendant un court moment à la mi-mars, elle ne les a jamais cessées. Elle a même très rapidement repris sa vitesse de croisière prépandémie.

Dévoilé mardi, le rapport sans complaisance et étoffé de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur le décès sordide de cette même enfant de la région de Granby rappelle l’importance que les enquêtes soient menées par des tiers.

Puisque celle, interne et conjointe, des Services correctionnels et de la Commission des libérations conditionnelles sur l’assassinat de Marylène Lévesque en début d’année à Sainte-Foy est interrompue depuis autant de temps, qu’elle n’avance toujours pas, il convient aujourd’hui (tout autant qu’au départ, sinon plus) de la confier à un tiers indépendant. Il en fera un dossier prioritaire.

Au Service correctionnel du Canada, on ne partage évidemment pas un tel point de vue. Dans une réponse écrite, on rappelle que les travaux du comité d’enquête ont été reportés «à la suite des restrictions des déplacements à l’intérieur et à l’extérieur [des provinces] mises en place par les gouvernements provinciaux liées à la pandémie». On assure qu’un «plan d’action visant la reprise des travaux a été élaboré» et que l’enquête sera conclue cet automne.

Un plan d’action visant la reprise des travaux a été élaboré... Les mots sont pesés. Mais on n’indique toujours aucune date de reprise comme telle de l’enquête.