Le terrain où a été construit le Casino du Lac-Leamy appartenait à Pierre Bourque qui l’a vendu à Loto-Québec.

Merci Monsieur Bourque

CHRONIQUE / Triste nouvelle. L’homme d’affaires franco-ontarien natif de la Basse-Ville d’Ottawa, Pierre Bourque, a rendu l’âme cette semaine à l’âge de 86 ans.

Cette annonce m’a ramené plus de 25 ans en arrière. 

En 1993, si ma mémoire est bonne. 

Loto-Québec avait annoncé son intention d’implanter un casino en Outaouais. 

Mais dans quelle ville ? À Hull ? Gatineau ? Aylmer ? On l’ignorait.

Chose certaine, tous les députés de la région voulaient cette maison de jeux dans leur circonscription. 

Loto-Québec promettait 1300 emplois permanents et 1500 emplois indirects une fois ce casino construit. 

Connaissez-vous un député qui lèverait le nez sur 2800 nouveaux emplois dans son patelin ? 

Une maison de jeux dans son comté équivalait à une réélection assurée.

Et la chicane était pognée entre les élus libéraux du coin. Surtout entre le député de Hull de l’époque, Robert LeSage, et son homologue d’Aylmer (de Pontiac), feu Robert Middlemiss. 

Ces deux-là étaient à couteaux tirés dans cette lutte pour l’obtention du casino. 

Et croyez-moi, les couteaux volaient bas par moments.

Je me souviens d’avoir écrit des dizaines de textes à l’époque sur cette guerre de coqs chez les libéraux et sur le mystère entourant le lieu du futur casino.

M. Middlemiss avait ciblé l’hippodrome Connaught et l’hôtel Château Cartier comme deux lieux potentiels pour la construction de ce troisième casino de la province, après ceux de Montréal et de Charlevoix.

M. LeSage voyait plutôt cette nouvelle maison de jeux sur le site du lac Leamy, là où se trouvait autrefois la carrière Ciment Lafarge.

La majorité des gens misait sur l’un des deux sites à Aylmer. 

Parce que l’idée de construire le casino dans une ancienne carrière semblait plutôt saugrenue et quasi irréalisable. 

Et qui était propriétaire de cette carrière ?

La réponse : un certain Franco-Ontarien prospère et visionnaire du nom de Pierre Bourque qui avait acquis cette carrière en 1984. 

Mais celui-ci était-il dans le coup ? 

Discutait-il avec le député LeSage et/ou Loto-Québec ? 

Était-il intéressé à vendre son immense terrain à Hull ?

Homme d’affaires rusé et aguerri qu’il était, M. Bourque n’abattait jamais ses cartes. 

J’avais beau l’appeler presque quotidiennement pour qu’il me donne ne serait-ce que quelques bribes d’information, rien à faire. 

Sa réponse était toujours la même : « Deniiiis, me disait-il d’un long soupir, si jamais j’ai quelque chose à annoncer, tu seras le premier à le savoir, promis ».

Il a tenu promesse.

Homme d’affaires rusé et aguerri qu’il était, M. Bourque n’abattait jamais ses cartes.

J’étais à la maison un soir de semaine lorsque le téléphone a sonné. Il était 22 h 30, à une trentaine de minutes de l’heure de tombée au Droit.

« Denis.

— Oui.

— Pierre Bourque ici. C’est fait.

— Qu’est-ce qui est fait, M. Bourque ?

— J’ai vendu mon terrain à Loto-Québec. Il y aura une conférence de presse demain matin pour annoncer la construction du casino à Hull.

— Merci beaucoup M. Bourque. Je vous en dois une.

— Bonne soirée, Denis. »

J’avais approximativement 30 minutes pour mettre ce scoop sur papier. 

Une minute de plus et il serait trop tard, les presses rouleraient. 

Je crois que je n’ai jamais écrit si vite de toute ma vie. 

Et les copies du Droit du lendemain matin se sont envolées comme des petits pains chauds.

C’est cette anecdote qui m’est revenue en tête en apprenant le décès de Pierre Bourque. 

Et bien que je lui « en devais une », il ne m’a jamais pris au mot. 

Il m’avait promis le scoop, il avait tenu promesse, tout simplement.

Un grand monsieur, ce Pierre Bourque. Un grand bâtisseur. Un grand Franco-Ontarien.

Mes sincères condoléances à son épouse, Barbara, à ses trois enfants et à tous les siens.