Les fausses nouvelles tirent leur force dans les convictions profondes des gens; elles viennent les chercher dans leurs tripes, ce qui explique aussi leur important taux de partage.

Tout gober

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines, un membre de mon entourage a partagé une fausse nouvelle. Un contenu facile à démentir, cependant, pour peu qu’on connaisse le sujet.

Ça arrive.

Cette personne, comme plusieurs autres, a malheureusement tendance à relayer, plus souvent qu’à son tour, des contenus fallacieux.

Pas pour mal faire, loin de là. Mais à l’instar de bon nombre d’internautes sur les réseaux sociaux, cette personne a le réflexe de partager des liens sans d’abord s’assurer de l’authenticité du contenu relayé.

« Il vaudrait mieux vérifier la véracité d’un contenu avant de partager ce qui semble être une fausse nouvelle », l’ai-je mis en garde, comme je le fais régulièrement avec d’autres contacts en répondant sous leur publication.

La réponse que j’ai reçue m’a estomaquée.

« Désolé Marie-Ève, mais je ne vérifierai pas chaque fois que je veux partager quelque chose. Je fais comme tout le monde, je partage et les gens qui le reçoivent font ce qu’ils veulent avec ce partage. Comme moi je fais quand je reçois des choses. »

Une autre fois, un interlocuteur m’a mentionné que je ne devais pas censurer mon contact, car en insistant sur le fait que celui-ci avait partagé une fausse nouvelle, je pouvais brimer sa liberté d’expression. Qu’il était en droit de publier ce qu’il voulait, que ce soit vrai ou pas !

Réflexe dangereux

Je n’aurais pas dû être surprise.

Quand il a fait son entrée dans nos foyers, Internet nous promettait d’être une encyclopédie sans limites. Un haut lieu du savoir où l’absence de frontières permettrait à tous d’en apprendre à l’infini sur tous les sujets imaginables.

Disons que les visionnaires qui ont créé la Toile ont dû être déçus, à voir la quantité de conneries qu’on trouve en ligne.

On peut se faire prendre en croyant à une fausse nouvelle. Personne n’est à l’abri, surtout que certains créateurs de contenus sont très talentueux dans la manière de présenter des faussetés et de les faire passer pour des vérités.

Les fausses nouvelles tirent leur force dans les convictions profondes des gens; elles viennent les chercher dans leurs trippes, ce qui explique aussi leur important taux de partage.

Quand on mentionne à quelqu’un qu’il ou elle a partagé une fausse nouvelle, il n’est plus rare de se faire rétorquer : « Ce n’est pas grave, ça reflète le fond de ma pensée ! »

Bref, qu’importe si l’information est véritable ou non, pourvu qu’elle nous conforte dans nos opinions.

Il s’agit d’un réflexe commun de la part des usagers des réseaux sociaux, mais d’un réflexe dangereux.

Complice dans le partage

Il y a toutefois des limites à tout gober, d’où l’importance de vérifier ce qu’on lit, ne serait-ce qu’un petit peu, quand on ne sait pas d’emblée si la source est fiable.

Incidemment, je crois que dès qu’on devient diffuseur de contenu, en publiant directement ou en relayant ces contenus, on devient, en quelque sorte, responsable de la qualité de ceux-ci, et ça inclut leur véracité.

Il est irresponsable de propager, sciemment ou non, quelque chose qui contribue à la désinformation.

Irresponsable dans le sens de ne pas prendre quelques minutes pour vérifier si le message véhiculé est exact ou non.

Ça l’est encore plus, à mon avis, lorsque l’émetteur de ces contenus aspire à représenter ses concitoyens dans une fonction politique.

Ce candidat souhaite prendre des décisions au nom du bien public en fonction de ses valeurs. Pour ce faire, il faut s’informer adéquatement sur une situation afin de bien saisir les enjeux en cause.

Malheureusement, au cours de la campagne électorale qui vient de se terminer, plusieurs candidats de plusieurs partis différents, y compris dans la région, se sont fait prendre. Ils ont partagé des contenus issus de sites à la légitimité douteuse.

Des contenus qui sont parfois libérés dans le cyberespace avec l’intention délibérée de tromper, puis qui sont repris sans malice par des gens qui, malgré eux, ont nui.

Parfois, une demi-vérité ou une vérité déformée, mise hors de son contexte, suffit à changer notre perception d’un enjeu. Toute décision alimentée par la connaissance de fausses nouvelles peut donc être fortement biaisée.

C’est pour cela qu’il importe de se souvenir que la désinformation profite à quelqu’un, en fin de compte. Ne serait-ce que pour alimenter un certain chaos social, nuire à des causes que l’on n’appuie pas ou, à l’inverse, donner du poids à celles qu’on soutient.